dimanche 15 mars 2015

Opéra Garnier - "Le Chant de la Terre" - Mahler/Neumeier

Le mardi 3 mars dernier, j'assistais au spectacle de ballet chorégraphié, tout spécialement pour la troupe de l'Opéra de Paris, par le directeur du Ballet de Hambourg, John Neumeier, sur la musique du Chant de la Terre de Gutav Mahler.

Après la Troisième Symphonie du même G. Mahler en 2009, dont j'avais apprécié, entre autres, les portés audacieux, je n'attendais que le bonheur d'une belle soirée de ballet sur une musique sublime qui parle si bien à mon coeur. Ce ne fut qu'en partie le cas...
Oddur Jonsson
Nicolai Schukoff


C'est d'abord côté musique, justement, que je n'ai pas ressenti mon compte d'émotions. J'ai trouvé - et cela n'engage que moi - que l'orchestre ne restituait pas toute la beauté ni la profondeur de cette oeuvre sous la direction de Patrick Lange. De plus, si le baryton Oddur Jonsson a clairement exprimé toute la puissance de cette partition, le ténor Nicolai Schukoff ne m'a, lui, pas convaincue. Et puis, de toute façon, j'aurais préféré la version chantée par une contralto.


Quant aux moments de silence, voulus par le chorégraphe, qui ponctuent les différents chants et sur lesquels les danseurs continuent de s'exprimer, ils coupent la ligne mélodique et la continuité de l'oeuvre, la morcellent et la rendent inaudible. Et puis, bien sûr, vouloir le silence dans une salle de deux mille personnes en pleine épidémie de grippe... je n'insiste pas !!

Je vous laisse suivre le lien ci-après pour en savoir + sur Le Chant de laTerre. Sachez seulement que sa profondeur dramatique est très certainement liée à la mort de la fille du compositeur peu avant et que c'est la raison des accents déchirants de l'oeuvre. Le texte des poèmes chinois de la dynastie Tang ne rejoint pas toujours ces accents d'une profonde tristesse.




Scéniquement, le décor est minimaliste : un rectangle de gazon pour les vertes prairies un miroir au-dessus est un ciel où se copient la vie terrestre et, enfin, le cercle lumineux où se succèdent jour et nuit et où se densifient les quartiers de lune. Très beaux éclairages de l'ensemble.





La chorégraphie de Neumeier reprend ses portés audacieux habituels, magnifiés par les deux grands danseurs et excellents porteurs de la soirée : Fabien Révillon et Audric Bezard.



Audric Bézard

Fabien Révillon





   







Nolwenn Daniel
Sae Eun Park

Pour le reste - c'est à dire l'émotion - on est un peu sur sa faim. C'est propre, très bien dansé (trop bien ?), mais c'est lisse et, finalement, un peu ennuyeux par moment. Les pas se répètent et la gestuelle (que ne renierait pas un Bob Wilson) orientalisante glace davantage qu'elle n'émeut malgré tout le talent de Nolwenn Daniel, Sae Eun Park et tous les intervenants de notre magnifique Corps de Ballet national.
















dimanche 1 février 2015

Mort d'Aldo Ciccolini

Aldo Ciccolini

Triste nouvelle en ce dimanche pluvio-neigeux. Le grand Aldo Ciccolini, doyen des pianistes, s'est éteint à son domicile ce jour.
Pour en savoir + sur cet incomparable artiste, je vous invite à rejoindre la page Wikipedia qui lui est consacrée.


J'ai eu le bonheur de l'entendre jouer "Les Tableaux d'une Exposition" de Modeste Moussorgsky au TCE, il y a quelques années. J'en garde le souvenir d'une grande émotion pour cette interprétation à la fois forte et subtile, maîtrisée mais nous offrant des envolées colorées et sublimes.






Napolitain, naturalisé français en 1971, le monde musical perd un précieux témoin de son art et un
pédagogue forcené.




Nous ne vous oublierons pas Cher Aldo !

samedi 24 janvier 2015

"Les Mozart de l'Opéra" par Paris Opéra Compétition - TCE 23/01/15

Hier soir au TCE, s'affrontaient neuf jeunes chanteurs internationaux (huit nationalités) aux fins d'être récompensés par un "Mozart de l'Opéra" et quatre autres prix : 1er Prix, 2ème Prix, prix du public chanteuse et prix du public chanteur.

Roselyne Bachelot




La soirée nous fut présentée par Roselyne Bachelot qui sut, à la fois, nous présenter les chanteurs et les extraits programmés, d'une manière concise et claire, souvent drôle.





Moins drôles en revanche, les chorégraphies de Kamel Ouali. Cette gesticulation bruyante a parasité l'écoute de ce récital tout au long de la soirée. Ne peut-on décidément plus se contenter d'un interprète seul en scène ? Quant aux chanteurs, je pense que cette agitation a bien dû perturber leur concentration, même si l'on peut penser que c'est les habituer à un futur où des mises en scène plus ou moins idiotes - voire vulgaires - viendront distraire le public, faisant passer leur performance vocale bien en retrait.

A noter que pour les prix du public, nous avons été invités à donner nos préférences par SMS, ce que tout le monde s'est empressé de faire dès la fin du récital !

Venera Gimadieva



Le second prix a récompensé la très belle prestation de Venera Gimadieva dans "Ah, non credea mirarti", extrait de Sonnambula de Bellini. La première partie de l'air a été un délice de legato et de pianissimi. Le timbre est joli, le minois aussi. Belle agilité dans la cabalette.


Maren Favela



Le prix du public pour les femmes a été attribué à la soprano mexicaine Maren Favela dont le timbre, l'ampleur, la présence et la solidité vocale a emballé la salle dans l'air Meine Lippen sie küssen so heiss extrait de Giuditta de Lehar.








Julien Dran

Le Prix Dassault ou "Mozart de l'Opéra" est revenu à Julien Dran, seul français en lice. Cette récompense
est tout à fait méritée car ce jeune ténor chante avec un style d'un très grand raffinement. Son interprétation de l'air de Ferrando de Cosi fan Tutte fut excellente, de même que sa prestation dans le duo Nadir/Zourga des Pêcheurs de perles de Bizet.


Bogdan Volkov
Le grand triomphateur de la soirée fut le ténor ukrainien Bogdan Volkov qui rafla le 1er Prix et le Prix du public hommes. Et c'est parfaitement mérité ! Son air de Lenski (Eugène Oneguine de Tchaikovsky) fut un modèle de maîtrise et d'émotion. Sa réplique à la soprano Maren Favela dans un duo de Mireille de Gounod m'a permis de constater un beau phrasé en français et un style parfait de l'opéra français. C'est une belle qualité car beaucoup chanteurs d'Europe de l'Est s'adaptent difficilement aux manières de chanter différentes de celle des oeuvres de leur culture d'origine. Ce jeune homme n'a que 25 ans et je lui souhaite une belle et longue carrière !


lundi 12 janvier 2015

Je suis Charlie

Pas d'opéra ces derniers temps, bien que ces jours derniers aient été le théâtre d'une véritable tragédie lyrique.

Comme beaucoup, j'étais trop secouée par ces évênements, trop triste et, en même temps, trop en colère pour m'exprimer.

Et hier, comme les trois millions neuf cent quatre-vingt dix neuf mille autres citoyens, j'ai tenu à exprimer mon attachement à la Liberté en participant à la Marche Républicaine dans Paris.


Une action qui, par l'importance qu'elle a revêtue, a pu montrer un peuple français bien au-dessus des petites vilainies dont on se plait à l'accabler le plus souvent et qui sait très bien mesurer le sens profond des valeurs auxquelles il convient de ne pas toucher.



Sur cette partie du rassemblement, nous avons été des milliers à piétiner entre Bonne Nouvelle et République, pendant deux à trois heures, sans jamais réussir à atteindre la Place de la République ! (sauf à être resté très tard dans la soirée) Personne ne nous a vus, aucun média ne nous a filmés (sauf peut-être depuis les hélicos), mais nous étions là, femmes, hommes et enfants, jeunes et moins jeunes, de tous horizons et de toutes coyances, et je pense que, comme moi, une fois revenus chez eux, tous ces gens ont ressenti de la fierté d'y avoir participé.




Mon grand et principal souhait, en cette période encore propice aux voeux, est que cette solidarité, cet élan,
cette détermination, cette volonté à vouloir vivre ensemble ne soit pas qu'un feu de paille dans l'hiver et que, dorénavant, chacun se souvienne lorsque la colère, le rejet ou la haine l'attise, qu'il ne doit utiliser cette force que pour défendre cette Liberté dont il dispose dans la démocratie dans laquelle il vit. Tout n'y est pas parfait, loin de là, mais c'est à chacun de nous d'essayer de parfaire le système pour parvenir à ne plus donner envie à personne de recommencer à tuer pour empêcher l'autre d'exprimer des idées qui ne sont pas en accord avec les siennes.

J'espère ne plus avoir à exprimer ici mes émotions que par rapport aux interprétations de nos chanteurs lyriques que j'aurais l'opportunité et le bonheur d'entendre sur la fin de cette saison et que rien ne viendra plus assombrir ces moments, d'exception pour la plupart, de partage toujours, qui comblent ma vie depuis longtemps déjà.

Je vous souhaite à tous une année 2015 pleine de musique, de productions éblouissantes. Sachez échapper aux virus et autres maladies, touver ou conserver le bonheur et pensez à apprécier votre chance de vivre libres dans un pays libre !

lundi 15 décembre 2014

TCE - 12 Décembre - Marie-Nicole Lemieux : Sacré Phénomène !

Comme vous le savez tous, la musique baroque n'est pas ce que je préfère, loin s'en faut... !

J'avais pourtant opté pour ce récital Vivaldi de Marie-Nicole Lemieux au TCE, le compositeur vénitien parvenant à capter mon intérêt au-delà du quart d'heure, là où les baroqueux allemands et français ne réussissent qu'à m'agacer passé cinq minutes !

Je me demandais néanmoins si j'allais tenir le coup en voyant le clavecin (grrrr...) et les deux violes de gambe déjà en place avant le début du concert...
Venice Baroque Orchestra
Mais dès que les quinze musiciens du Venice Baroque Orchestra ont joué le premier extrait, j'étais convaincue que oui, j'irais au bout ! Cet ensemble est, d'ailleurs, d'un excellent niveau et la musique de Vivaldi dégage une telle énergie qu'elle bouste l'écoute et dynamise l'émotion.

Et si, en prime, cette musique est servie par la contralto canadienne Marie-Nicole Lemieux, cette musique devient carrément passionnante !

Car la chanteuse, pour ses adieux à Vivaldi, nous a offert tout ce que son immense talent peut mettre au service de la musique, de cette musique-là.

Au fil des différents airs - extraits de Farnace, de Bajazet, d'Orlando Furioso, de Griselda, de La Fida Ninfa et d'Ottone in villa - MNL nous a généreusement gratifiés de son timbre fastueux, de sa musicalité accomplie, de sa virtuosité acrobatique et vertigineuse, de l'ampleur d'une voix somptueuse, de nuances incroyablement maîtrisées, d'un chant voluptueux dans lequel elle se roule et nous emporte avec elle, avec en plus, ce grain de folie qui n'appartient qu'à elle et qui nous réjouis...

Nous sommes passés, en un peu plus d'une heure de temps, du somptueusement triste au très attendrissant, de la douleur à la drôlerie, de la virtuosité au bonheur affiché, du numéro de haute voltige, de la cadence balancée à la plus naïve douceur.

Tout cela nous est advenu parce que Marie-Nicole Lemieux est profondément pénétrée par son art et qu'elle redistribue ses émotions qui atteignent notre coeur.

Je ne suis pas prêt d'oublier ce bis, si pur après toute cette déferlante mélodique : "Entre le boeuf et l'âne gris", chant minimaliste que la contralto nous a offert en cadeau de Noël, seulement souligné d'accords au luth ou théorbe (je ne saurais dire lequel des deux, je penche plutôt pour le second...) et de quelques coups d'archet sur la viole de gambe.

Un véritable moment de grâce ! Merci Madame ! Il va nous être très difficile de vous attendre jusqu'en 2016 à Paris !

dimanche 14 décembre 2014

TCE - 11 Décembre - Récital Olga Peretyatko et Dmitry Korchak

Parlons tout d'abord de l'orchestre, comme ça ce sera fait !

L'Orchestre de chambre de Paris est une petite formation qui se place, au gré des invitations et des concerts, sous la baguette de différents chefs d'orchestre. Cela explique peut-être son manque de professionnalisme. Jeudi soir, sous la direction de Manuel Lopez-Gomez, sa prestation releva davantage de la fanfare que de l'accompagnement bel-cantiste.

Pour ce qui est des chanteurs, Paris accueillait pour la première fois (enfin pas tout à fait puisqu'elle fut sur le podium du 14 juillet dernier à la Tour Eiffel) cette toute jeune soprano russe, Olga Peretyatko. Joli minoi, tempérament et belle silhouette que trois robes, bien différentes, ont habillée (la première étant la seule élégante).

Son compatriote, le ténor Dmitry Korchak, s'est déjà produit à Paris (Les Puritains à l'Opéra Bastille). Jeune également, il a un côté "alagnien" dans l'allure. Mais pas dans la voix...
Olga Peretyatko               Dmitry Korchak 
Pour ne pas détailler le programme, un peu touffu, de cette soirée, je résumerais ainsi la soirée :

- Le récital a débuté par des extraits de Don Giovanni de Mozart. Olga Peretyatko a chanté son air de Dona Anna avec beaucoup de nuances, une grande tenue du souffle et une grande sûreté dans les aigus, à défaut d'un style purement mozartien.
La soprano possède, avant toute chose une technique vocale déjà très aboutie sur laquelle elle va pouvoir appuyer l'évolution de sa voix. Son timbre est très agréable et elle a de grandes facilités dans les aigus ainsi qu'une agilité déconcertante et un souffle confondant dans les vocalises.
On peut espérer que la voix prenne du volume car, actuellement, c'est parfois un peu juste. Il est vrai que l'orchestre sonnait comme une fanfare...
D'autre part, si l'on excepte "La Villanelle" (J'ai vu passer l'hirondelle...), qui mit ses qualités en avant sans nécessité d'exprimer davantage qu'une mélodie gracieuse, Olga Peretyatko a beaucoup minaudé mais sans convaincre véribablement. Peut-être est-elle plus à l'aise dans les productions scéniques qu'en récital ?
Ce qui est certain, c'est que vu sa jeunesse, ses qualités vont s'épanouir et que la marge de progression est encore très importante. Après tout, lorsque j'ai entendu La Netrebko pour la première fois dans ce même théâtre, je n'ai pas été subjuguée ! Et maintenant, je le suis...

- Débutant, lui aussi, par Don Giovanni (air de Don Ottavio), son timbre très ingrat, malmenant la ligne de chant, il s'avère ne pas être, lui non plus un chanteur mozartien.
C'est un ténor vaillant dont le timbre très cuivré hérisse mes oreilles.
Sa technique vocale est déplorable ; il chante tout en force, la ligne de chant est heurtée, le vibrato pas toujours bien contrôlé. Ses aigus sont tous poussés, toujours "sur le fil" et on souffre avec lui.
Je crains qu'à malmener ainsi ses cordes vocales, ce chanteur ne fasse, malheureusement, pas une longue carrière. J'espère me tromper... (pour une fois !).

La salle, aux trois-quarts pleine, a manifesté son enthousiasme, même après les piètres extraits orchestraux... Indiscipliné aussi, ce public applaudissait tout pareil et souvent avant la fin des morceaux !

Globalement une bonne soirée qui ne marquera pas mes souvenirs de lyricomane.

mardi 25 novembre 2014

"Elles-Mêmes" !

Dans le petit théâtre de l'Ane Vert à Fontainebleau, la fin d'après-midi de dimanche fut un super moment de musique, d'émotion et de légèreté.

Le trio amateur "Elles-Mêmes", créé dans les années 2000, une alto, une mezzo-soprano et une soprano, présente actuellement sa dernière production : A nos Amours !

Carole Letessier, enseignante et professeure de piano, Marie Tuvache, enseignante, auteur, metteur en scène... et Marion Villaneau, pianiste et arrangeuse de toutes les polyphonies du trio nous ont grattifiés d'un peu plus d'une heure de chanson française d'avant-hier, d'hier et de maintenant.

Après un début tout en douceur accompagné au piano, émotion, respect des textes dans les arrangements absoluments géniaux de Marion Villaneau, les trois chanteuses dont les timbres de voix s'harmonisent si parfaitement, les trois personnalités s'ébrouent et n'hésitent pas la forme "a cappella" pour nous livrer une série désopilante, grivoise juste ce qu'il faut et si drôle que toute la salle s'exclafe ! C'est magique !

Dans une mise en scène de Maud Verger-Marchand (comédienne qui signe là sa première expérience d'un spectacle musical) et dans des tenues scintillantes de Catherine Alhinc, le rythme est soutenu et cela semble si facile qu'on en oublierait presque tout ce que cela a supposé de travail à la fois vocal, musical et scénique. Nous n'avons pas vu le temps passer et lorsque les trois chanteuses nous offrent deux bis, on en redemanderait bien si ce n'était abuser de leur fatigue.

Encore une session dimanche 30 novembre à 15 h ! Courrez-y ! 

samedi 22 novembre 2014

Récital Angela Denoke, soprano - Amphitéâtre Bastille 20 novembre 2014

Dans un ordre ponctué par les lieder du cycle "Les Qautre chants sérieux", de J. Brahms, les derniers composés peu avant sa mort, le récital de la soprano Angela Denoke est parfaitement construit.

Il étire une large période musicale qui va de Stölzel avec le délicieux "Bist du bei mir" (1718), longtemps attribué à J.S. Bach, jusqu'à Richard Strauss, butine A. Zemlinsky et nous mène jusqu'à quelques-uns des lieder du jeune A. Berg (1904-1908).
Angela Denoke
Ces poèmes mélangés dispersent avec bonheur les ambiances qui passent, avec beaucoup de subtilité, de la gravité à la mélancolie, à la douceur, au lyrisme, à la simplicité, à la poésie fleurie et amoureusement romantique.

La soprano allemande possède un timbre d'une belle couleur ambrée, un magnifique velouté, un moelleux incomparable. D'un bout à l'autre de la tessiture, la voix est large, la ligne se déploie avec facilité, sans jamais se déformer. Cela pouvait suffire très largement à nous faire passer un très beau moment de chant.

Mais Angela Denoke nous propose, de surcroît, une véritable interprétation de ces lieder. Chaque poème a été parfaitement travaillé, compris, chaque phrase est justement exprimée, chaque mot énoncé nous atteint, nous touche.

Très habités, le corps et le visage de la chanteuse nous emmènent et nous portent sur les vers et sur la mélodie. Un sourire, un émerveillement, l'esquisse d'un geste, un regard lumineux... tout nous emporte avec son chant !

On passe, à sa suite, de la gravité à l'amour, du bonheur à la tristesse, du lyrisme à la sérénité, avec le sentiment d'avoir en sa compagnie traversé des émotions d'une profonde douceur.



Karola Theill, la jeune pianiste qui l'accompagne se défend mieux sur Berg et Strauss que sur les partitions romantiques où elle a le toucher un peu lourd m'a-t-il semblé.



Une très belle soirée de chant pur avec deux bis en prime (R. Strauss et Brahms) !

Dès que la chanteuse est reprogrammée à Paris, courrez l'entendre ! C'est la Salomé du moment, il faut en profiter.


vendredi 21 novembre 2014

Cléopâtre de Jules Massenet au TCE - 18 Novembre 2014

C'est avec curiosité que je me retrouvai, mardi soir, au TCE pour cette version concert de la "Cléopâtre" de Jules Massenet.

Crée en 1914 - quelques mois après la mort du compositeur - l'oeuvre n'a plus été représentée à Paris, ni ailleurs non plus si l'on excepte les quelques représentations américaines (Chicago 1916 et New York 1919).

Ce n'est qu'en 1990 que l'opéra est produit à Saint-Etienne (ville natale du compositeur), puis en 2004 à Barcelone  et, récemment à Marseille en 2013 avec Béatrice Uria-Monzon.

Après coup, je ne peux que me poser la question : était-il vraiment utile de ressusciter cet ouvrage ?

Car, enfin, très loin de ses plus belles pages lyriques (Hérodiade, Thaïs, Manon et Werther, pour ne citer que celles-là), le compositeur n'a pas su, à mon sens, négocier le tournant du XXème siècle. L'oeuvre m'est apparue clinquante et tapageuse, dans une orchestration qui manque de consistance et de lien, dénuée de lyrisme sans jamais effleurer la modernité ambiante de l'époque.

Le livret déroule des épisodes historiques plus ou moins fiables sur la relation Marc-Antoine/Cléopâtre et se termine sur la mort de la Reine.




Malgré la direction, certainement précise et passionnée de Michel Plasson, ni l'Orchestre Symphonique de Mulhouse, ni le Chœur de l'Orchestre de Paris ne parviendront à élever mon intérêt.






La soirée s'inscrivait dans le cadre de la Fondation "Coline Opéra" dont Sophie Koch est la marraine. La mezzo-soprano française a donc défendu, avec panache, cette partition. Le timbre, la ligne, la diction, l'ampleur... rien n'y a manqué.

A ses côtés, Frédéric Goncalves remplaçait Ludovic Tézier dans le rôle de Marc-Antoine. Diction parfaite, engagement, professionnalisme. Le timbre n'est pas d'une grande richesse mais le baryton honore bien la partition.

Cassandre Berthon est une Octavie à la voix douce au timbre velouté.

Le jeune ténor Benjamen Bernheim sert le rôle de Spakos (personnage ajouté, amant jaloux de Cléopâtre) avec aisance. Cependant, le chant manque de nuances, la voix est un peu dure.

Une soirée dont je ne garderai pas le souvenir très longtemps...

samedi 1 novembre 2014

Un "Enlèvement" pas très "enlevé" !

L'Enlèvement au Sérail - Garnier 2014
Il est intéressant de constater, à une semaine d'intervalle, l'exact contraire dans la production nouvelle de l'Enlèvement au Sérail actuellement donnée à Garnier comparativement à celle du Barbier de Séville à Bastille.

En effet, si à Bastille, le "Barbier" souffre d'une trop grande agitation, cet "Enlèvement" est bien trop sage.

Zabou Breitman
Dans son joli écrin que forme le décor coloré de J.M. Stehlé, qui nous emmène dans un Orient onirique un brin naïf, cette turquerie manque d'allant, de badinerie. On a l'impression que Zabou Breitman, dont c'est le premier essai à l'Opéra, n'a pas osé un peu plus de farce, de joyeuseté. Tout cela reste trop sage, trop appliqué et on s'ennuie un peu...

Il est vrai que ce "singspiel", oeuvre d'un jeune Mozart, s'il contient de beaux airs, manque un peu, à mon sens, de corps dans le propos.

Et ce ne sont, malheureusement pas, les chanteurs qui vont relever l'éclat. Une distribution jeune, certes homogène, se partageant le bon et le moins bon, surtout la petitesse des voix.




C'est, globalement, joliment chanté, avec style, mais le niveau sonore se laisse vite dissoudre dans les sonorités orchestrales pourtant parfaitement maîtrisées par Philippe Jordan



Erin Morley


La jolie Erin Morley possède toute l'agilité requise pour les vocalises des airs de Constance et pourrait
être parfaite avec un peu plus d'ampleur.



Son bel amoureux - Belmonte - possède un timbre sonore et léger. Le ténor Bernard Richter montre ses limites dans son dernier air et a une fâcheuse tendance à "savonner" les vocalises, preuve d'un manque sérieux d'agilité vocale.




Lars Woldt quant à lui, manque par trop de médium et de grave pour impressionner dans son personnage d'Osmin. Dommage car la présence scénique est la mieux maîtrisée.







Quant à Anna Prohaska (Blonde) et Paul Schweinester (Pedrillo), il leur faudra gagner en ampleur et en projection car, hormis les suraigus de la première, on perd vite leur émission dans le médium.





En résumé, une production esthétique, un charmant divertissement, une face facile et de bon ton mais à laquelle il manque du pétillant. Le plaisir des yeux ne suffit pas.

Un court extrait de "Le premier homme" d'Albert Camus

Si je tiens à recopier ici ce passage du livre d'Albert Camus, c'est avant tout parce qu'il m'a émue. Mais, également, parce que j'ai trouvé que ces quelques lignes résumaient terriblement bien la condition humaine dans la guerre, dans n'importe quelle guerre.

Il s'agit, ici, de la guerre de 1914 où le père de l'écrivain est tombé, comme tellement d'autres. Il était venu d'Algérie combattre les allemands sur le sol français dont il ignorait absolument tout.

J'espère que vous serez aussi sensibles que moi à cette belle écriture. Ce livre a été publié post mortem par l'épouse de Camus. Il ne s'agissait que d'un premier jet d'une oeuvre dont on peut facilement imaginer ce qu'elle aurait été au final. On sent que ces lignes sont écrites d'un trait, dans la fièvre qui mène le stylo pendant le l'esprit pousse les mots.

"Tout se passait là-bas en effet où les troupes d'Afrique et parmi elles H. Cormery, transportées aussi vite que l'on pouvait, menées telles quelles dans une région mystérieuse dont on parlait, la Marne, et on n'avait pas eu le temps de leur trouver des casques, le soleil n'était pas assez fort pour tuer les couleur comme en Algérie, si bien que des vagues d'algériens arabes et français, vêtus de tons éclatants et pimpants, coiffés de chapeaux de paille, cibles rouges et bleues qu'on pouvait apercevoir à des centaines de mètres, montaient par paquets au feu, étaient détruits par paquets et commençaient d'engraisser un territoire étroit sur lequel pendant quatre ans des hommes venus du monde entier, tapis dans des tanières de boue, s'accrocheraient mètre par mètre sous un ciel hérissé d'obus éclairants, d'obus miaulant pendant que tonitruaient les grands barrages qui annonçaient les vains assauts. Mais pour le moment, il n'y avait pas de tanière, seulement les troupes d'Afrique qui fondaient sous le feu comme des poupées de cire multicolores, et chaque jour des centaines d'orphelins naissaient dans tous les coins d'Algérie, arabes et français, fils et filles sans père qui devraient ensuite apprendre à vivre sans leçon et sans héritage. Quelques semaines et puis un dimanche matin, sur le petit palier intérieur de l'unique étage, entre l'escalier et les deux cabinets sans lumière, trous noirs ménagés à la turque dans la maçonnerie, sans cesse nettoyés au cre
syl et sans cesse puant, Lucie Cormery et sa mère étaient assises sur deux chaises basses, triant des lentilles sous la lumière de l'imposte au-dessus de l'escalier, et le bébé dans une petite corbeille à linge suçait une carotte pleine de sa bave, quand un monsieur, grave et bien habillé, avait surgi dans l'escalier avec une sorte de pli. Les deux femmes surprises avaient posé les assiettes où elles triaient les lentilles qu'elles prenaient dans une marmite placée entre elles et s'essuyaient les mains quand le monsieur, qui s'était arrêté sur l'avant-dernière marche, les avait priées de ne pas bouger, avait demandé Madame Cormery, "la voilà, avait dit la grand-mère, je suis sa mère", et le monsieur avait dit qu'il était le maire, qu'il apportait une douloureuse nouvelle, que son mari était mort au champ d'honneur et que la France qui le pleurait en même temps qu'elle était fière de lui. Lucie Cormery ne l'avait pas entendu, mais s'était levée et lui tendait la main avec beaucoup de respect, la grand-mère s'était dressée, la main sur la bouche, et répétait "mon dieu" en espagnol. Le monsieur avait gardé la main de Lucie dans sa main, puis l'avait encore serrée dans ses deux mains, avait murmuré des paroles de consolation et puis lui avait donné son pli, s'était retourné et avait descendu les escaliers d'un pas lourd. "Qu'est-ce qu'il a dit ? avait demandé Lucie. -Henri est mort. Il a été tué" Lucie regardait le pli qu'elle n'ouvrait pas, ni elle ni sa mère ne savaient lire, elle le retournait, sans mot dire, sans une larme, incapable d'imaginer cette mort si lointaine, au fond d'une nuit inconnue. Et puis elle avait mis le pli dans la poche de son tablier de cuisine, était passée près de l'enfant sans le regarder et était allée dans la chambre qu'elle partageait avec ses deux enfants, avait fermé la porte et les persiennes de la fenêtre qui donnait sur la cour et s'était étendue sur son lit, où elle était restée muette et sans larmes pendant de longues heures à serrer dans sa poche le pli qu'elle ne pouvait lire et à regarder dans le noir le malheur qu'elle ne comprenait pas."