dimanche 14 juin 2026

BRITTEN - War requiem

 A la Philharmonie vendredi soir 12 juin : la grande salle Pierre Boulez est pleine à craquer. Ce sera, tout l'indique, un grand soir musical !

Le War requiem est une commande passée, en 1955, à Benjamin Britten à l'occasion de la consécration de la nouvelle cathédrale Saint-Michel de Coventry, la précédente ayant été détruite lors d'un bombardement allemand en 1940. L'œuvre est créée dans la cathédrale le 30 mai 1962.

Cette messe des morts comporte les six parties du texte latin, augmentées - ou commentées - par les rimes du poète Wilfred Owen. Pour nous délivrer ces deux messages si différents, la puissance orchestrale traditionnelle avec soprano soliste, chœur mixte et chœur d'enfants est "opposée" à une formation chambriste de douze musiciens et deux solistes, un ténor et un baryton. 

Benjamin Britten était objecteur de conscience et présente son œuvre comme une réparation. Une musique aux accents, selon le cas, verdiens, mahleriens, aux rythmes empruntés à Stravinsky et aux sonorités parfois même orffiennes. C'est puissant, vertigineux, c'est large, les fortissimi éclatants, les piani lumineux. Un critique du Times écrira lors de la création : "Ce n'est pas un requiem qui console les vivants ; et parfois il n'aide même pas les morts à mourir en paix. ...". Ce qui est certain, c'est qu'on est emportés par le déferlement sonore et le lyrisme du requiem proprement-dit. Cette force m'a transportée comme me transporte la puissance du Requiem de Verdi. Et lorsque s'intercalent les vers du texte anglais d'Owen que nous délivrent les deux solistes masculins, l'attention se porte davantage sur le propos de ces textes qui nous bousculent car ils sont plus menaçants que consolateurs.

Le Libera me ne nous délivre pas vraiment dans sa marche sonore funèbre puis militaire, s'intensifiant dans les folies de la guerre. La voix du ténor, enfin, réconcilie deux soldats dans un apaisement plus serein. Mais les cloches sonnent encore nous parlant d'un avenir glaçant...

L'Orchestre Philharmonique, les Chœurs et la Maîtrise de Radio France ont superbement restitué toute l'essence emblématique de cette œuvre. 

Elena Stikhina

La soprano russe Elena Stikhina a prêté sa voix ample et chaleureuse aux sections du requiem traditionnel. 


Florian Boesch
Julien Behr

Les belles voix de Julien Behr, ténor français et Florian Boesch, baryton autrichien, nous ont conté avec talent, engagement et justesse les textes en anglais de Owen, soutenus par la formation de chambre. 


Sofi Jeannin


Les enfants de la Maîtrise, qui ont chanté, magnifiquement, depuis une salle séparée, étaient placés sous la direction de leur cheffe et directrice musicale Sofi Jeannin.



Mirga Grazinyté-Tyla

Et toutes les forces en présence étaient dirigées par "un-petit-bout-de-bonne-femme" bourrée de talent, d'une puissance et d'une clarté magnifiques, qualités auxquelles s'ajoute une grande modestie. J'ai nommé la cheffe lituanienne Mirga Grazinyté-Tyla.