mardi 5 mars 2013

Parsifal du MET samedi 2 mars

Acte III - J. Kaufmann, R. Pape, les chevaliers

ABSOLUMENT EXCEPTIONNEL !!

Ce samedi, le Metropolitan Opéra de New York retransmettait dans les salles de cinéma du monde entier le Parsifal le plus fantastique que j'aie vu au cours de ma longue vie d'opéramaniaque. Dans une mise en scène d'une clarté et d'un esthétisme achevé, les chanteurs de cette brillante distribution ont été, à niveau égal, très proches de la perfection et Daniele Gatti a su mener l'ensemble vers des niveaux d'où il fut très difficile de redescendre après ces quatre heures trente de musique sublime.

- A noter que l'on peut réécouter ce Parsifal qui était retransmis sur France Musique (mais là on ne peut pas réécouter), et sur la BBC3. Si vous êtes intéressé, suivez ce lien et cliquez sur le haut-parleur de la photo de la façade du MET. Si vous connaissez le synopsis ou ne comprenez pas l'anglais, passez les 10 premières minutes en avançant le curseur. C'est possible pendant encore 5 jours !

Parsifal a souvent été l'occasion, pour beaucoup de metteurs en scène, de s'approprier l'oeuvre pour y "fourrer" tous leurs tourments intellectuels, toutes leurs peurs viscérales et toute leur incohérence, jusqu'à nous faire avaler des inepties. Décoder Parsifal est une chose délicate et le décrypter dans le foisonnement des symboles nombreux n'est pas chose aisée.

Le canadien François Girard et son équipe ont su réaliser une mise en scène dont le dépouillement ne le cède en rien à la force dramatique qui doit rayonner dans cette oeuvre.
F. Girard entouré de J. Kaufmann et R. Pape
Acte I - 
Au premier acte, sur un terrain desséché jusqu'à la craquelure et partagé en deux parties par une mince rigole dans laquelle coule un filet parcimonieux d'une eau qui deviendra du sang à la fin de l'acte (celui de la blessure d'Amfortas), la confrérie des Chevaliers du Graal, en chemise blanche et pantalon gris, occupera la partie droite du ru qui circule de haut en bas, pendant que des femmes, voilées et vêtues de sombre, occupent l'autre partie. La faille partage donc un monde en perdition, sépare les communautés, la dégénérescence de la nature semble proche et, questions : Y aura-t-il une rémission ? Parviendront-ils à inverser ce courant ? et grâce à qui ?

Acte I - P. Mattei, R. Pape, les chevaliers
La souffrance de l'humanité, par le filtre de celle d'Amfortas dont la blessure saigne et dont rien ne soulage la douleur, la nécessité dans laquelle sont les chevaliers de communier par le Sang du Saint-Graal pour survivre, l'espérance et la désolation de Gurnemanz qui croit avoir reconnu dans ce jeune homme naïf, qui ne sait même pas comment il s'appelle, l'innocence qui guérira le monde, la curiosité, l'étonnement, la compassion puis l'indifférence de ce dernier qui assiste à la scène, tout cela baigne dans une atmosphère à la fois tendue, désespérée mais ardente que soulignent les éclairages en clair-obscur et les vidéos projetées en fond de scène. Les mouvements, presque chorégraphiques, des chevaliers assis en deux cercles concentriques suivent la musique, de même que les vidéos de nuages, les ciels d'orage et de tempête. Rien, jamais, n'est laissé au vide mais, contrairement à maintes productions agitées (en particulier celle de Bayreuth), ce qui habite l'espace ne gesticule pas, cela défile en fond (vidéos), se balance en rythme (mouvements des mains des chevaliers), s'illumine ou s'éteint (lumières), se vit (chanteurs magistralement dirigés) et nous invite à la réflexion tout en nous touchant profondément.
Acte II - J. Kaufmann
Acte II - E. Nikitin

Au second acte, la faille terrestre, sorte de crevasse entre deux rochers, est baignée à sa base dans un plan de sang où Klingsor déverse sa hargne et jette ses maléfices, tableau terrifiant compensé par des "filles" non pas "fleurs" mais plutôt danseuses de lieux de perdition. Tandis que leurs robes se tacheront de sang au fur et à mesure de leur évolution, elles apporteront le lit immaculé sur lequel Kundry, plus insidieuse que séductrice, devra conquérir la pureté de Parsifal sur ordre de Kingsor.
Acte II - J. Kaufmann, les Filles-Fleurs
Et comme rien n'est laissé au hasard, le jeune homme dont les filles ont dévêtu le torse, renfilera frileusement sa vareuse comme pressentant quelque maléfice. Le baiser de Kundry aura lieu dans un bain de sang (celui d'Amfortas, celui du Graal, celui de l'humanité souffrante, celui des femmes) tandis que la faille rougeoie jusqu'à ce que Parsifal ait subtilisé la lance sacrée et la brandisse en se retirant dans une clarté plus sereine et apaisante.


Acte II - J. Kaufmann, K. Dalayman

Acte III - J. Kaufmann, R. Pape
Lorsque montent les accords du début du III, le terrain n'est plus que désolation, aridité. Le sol semble gelé et aucune eau ne coule plus dans la rigole. Des emplacements de tombes fraîches et une tombe creusée nous indiquent le dépérissement des chevaliers. Gurnemanz parait accablé et fatigué. Lorsqu'arrive Parsifal, il ne reconnaît pas le jeune naïf dont il avait espéré le salut. Ce dernier présente un visage hâve, il est épuisé et sa chevelure a blanchi. Sans grands effets, l'un et l'autre narrent le déroulement de toutes ces années jusqu'à ce que monte la sublime musique de "l'Enchantement du Vendredi-Saint".
Acte III - J. Kaufmann, R. Pape
Arriveront alors les chevaliers, dépenaillés et sales, et les femmes, mêlées à eux. La vie d'Amfortas semble ne plus tenir qu'à un fil, sa souffrance intolérable le propulsera dans la tombe où l'on vient de déposer Titurel et où il appelle la mort de tous ses voeux. C'est alors que Parsifal tremple la lance dans le calice du Graal que Kundry vient d'apporter et touche la blessure du pécheur. 
Le ciel se colore, une vigueur nouvelle parcourt chacun et, après quatre heures trente de musique, hommes et femmes réunis, la paix et l'espérance renaissent. 

Acte III - R. Pape, J. Kaufmann, K. Dalayman
Le rééquilibrage et l'élargissement spirituel à la conception bouddhiste que propose François Girard ajoutent une force et une symbolique nouvelle à l'oeuvre sans nous imposer une quelconque pensée propre mais plutôt une ouverture plus large où chacun puisera ce qui lui convient le mieux.




Acte III - P. Mattei
Acte III 

Les choeurs du MET ont, pour l'occasion, beaucoup progressé et nous ont gratifiés d'une excellente prestation. 
Si, pour cette partition si exigeante, j'ai globalement été enchantée par l'orchestre du MET, j'émets cependant quelques réserves quant à la direction particulièrement lente, pesante même, de Daniele Gatti au I et au III. Mais j'ai pu noter également de belles sonorités et des solos (hautbois,cor...) d'une grande qualité, de même que la belle sonorité des cordes. 

Au niveau de la distribution, l'excellence de ce plateau de grands noms n'a pas déçu.

Acte II - E. Nikitin
  • Evgeny Nikitin est impressionnant de noirceur, dans son jeu et dans son timbre. Très belle prestation.




    Acte I - P. Mattei
  • Peter Mattei (notre Don Juan de Londres l'an passé), magnifiquement dirigé scéniquement, nous atteindra tant sa douleur force l'empathie. Son chant est empreint d'une vibrante chaleur et la ligne est sûre et vaillante.




Acte I - K. Dalayman
  • Katarina Dalayman déploie un chant d'une grande qualité, sans incertitude et convainc grâce à une parfaite maîtrise de son amplitude, son timbre et un très beau legato.







Acte I - R. Pape
  • René Pape est le plus brillant Gurnemanz que j'aie entendu. Malgré le tempo particulièrement lent imposé par Gatti, il dose avec science l'articulation du récit et chante avec une grande aisance les longues phrases lyriques, rendues interminables par le tempo. Chaque mesure est aboutie, charnue, habitée, tantôt piano, tantôt forte, toujours sans faille. C'est aussi le Gurnemanz le plus humain, le plus émouvant, aux accents les plus poignants jamais entendu dans ce rôle.
Acte II - J. Kaufmann, les Filles-Fleurs
  • Jonas Kaufmann est Parsifal, tant vocalement que scéniquement. Le chant est posé, large et ample, le timbre m'a paru moins sombre qu'à l'ordinaire, les aigus sont rayonnants et tout son art exprime le personnage. Scéniquement il est parfait, chaque geste, chaque expression est chargée d'émotion. La douleur d'Amfortas qui le frappe au baiser de Kundry nous ramène à la désespérance fatale et le regard qu'il échange au III avec la même Kundry est surprenant de douceur.
Acte III - J. Kaufmann

A noter que la réalisation cinématographique de Barbara Willis Sweete a énormément bonifié notre vision avec des plans moins saccadés, des choix plus recherchés de cadrages, moins de gros plans, un meilleur équilibre entre plans larges et détails, tout cela a contribué à l'émotion ressentie.

Un plateau en tous points fantastique pour cette soirée de retransmission filmée qui nous a laissées dans un état second pendant longtemps après.


dimanche 17 février 2013

Ding Ding Dong à Notre Dame de Paris

Mieux qu'un long texte, j'espère que ce petit diaporama vous montrera l'essentiel de ce qu'il faut savoir sur les nouvelles cloches qui sonneront à Notre Dame de Paris à partir du dimanche des Rameaux.

N'oubliez pas le son (j'y ai passé beaucoup de temps...) en passant la souris sur l'écran du diaporama et en cliquant sur l'icône "haut-parleur" en bas à gauche. Pour le plein écran, même procédure en cliquant sur l'icône "écran large" en bas à droite.






jeudi 14 février 2013

Une Infante et un Enfant, un Nain et des Sortilèges

Le Nain de Zemlinsky et L'Enfant et les Sortilèges de Ravel
Représentation du 11 février au Palais Garnier
Direction musicale : Paul Daniel
Mise en scène, décors et costumes : Richard Jones et Antony McDonald
Orchestre et Choeur de l'Opéra National de Paris
Maîtrise des Hauts-de-Seine et Choeur d'Enfants de l'Opéra National de Paris
LE NAIN - DER ZWERG
Charles Workman : Der Zwerg
Nicola Beller Carbone : Die Infantin
Béatrice Uria-Monzon : Ghita
Vincent Le Texier : Don Estoban



L'ENFANT et les SORTILEGES
Gaëlle Méchaly : l'Enfant
Cornelia Oncioiu  : Maman, La Tasse chinoise, La Libellule
Valérie Condoluci : La Bergère, La Chauve-souris
Mélody Louledjian : Le Feu, Le Rossignol
Amel Brahim-Djelloul : La Princesse
...




De l'Infante terrible à l'Enfant coléreux, cette soirée était placée sous le signe de la méchanceté comme remède à la tristesse et à l'ennui.

Malheureusement pas traité avec le même bonheur dans Le Nain de Alexander von Zemlinsky que dans L'Enfant et les Sortilèges de Maurice Ravel. Si, littérairement, les deux oeuvres sont issues de deux auteurs de grand talent - Oscar Wilde et Colette - leur traitement musical, pourtant contemporain (1922 pour l'un et 1925 pour l'autre) ne séduit pas de manière équivalente.

La partition de Zemlinsky, tout en comportant quelques passages intéressants, ne parvient pas à me séduire avec l'opposition de ses grandes pages retentissantes, plus éclatantes que réellement mélodiques et les sonorités plus apaisantes du célesta.

L'histoire en bref : L'Infante d'une Espagne lointaine fête son anniversaire. En cadeau, un sultan lui offre un Nain. Ce dernier, difforme et laid mais ne le sachant pas, s'amourache de la princesse qui se joue de lui jusqu'à lui dévoiler sa laideur ce qu'il ne supportera pas. 

Béatrice Uria-Monzon, avec une grande justesse de ton, est une Ghita de choix. 
Sous sa chevelure rousse et dans sa large robe à paniers, Nicola Beller Carbone possède une jolie voix brillante et tient bien son rôle d'Infante, petite fille trop gâtée et méchante. Vincent Le Texier se sort bien du rôle de Don Estoban, Maître de cérémonie stylé.

En revanche, le ténor Charles Workman dans le rôle titre, ne parvient jamais à poser sa voix dans ce registre particulièrement tendu et il "craque" presque tous ses aigus. 

La direction de Paul Daniel manque de nuances.

Côté scénique, Richard Jones et Antony McDonald, aidés parle chorégraphe Amir Hosseinpour, ont opté pour le chatoiement de couleurs et des éclairages qui passent progressivement de l'ambiance chaleureuse de la matinée d'anniversaire à une atmosphère plus acide quand le drame avance. L'idée de la marionnette manipulée par le chanteur (qui n'a par ailleurs rien d'un nain) est intéressante et ne distrait aucunement de l'attention portée au sujet. Cependant, Charles Workman parait, par moments, bien encombré par cet appendice qui le précède et bouge à chacun de ses pas.


La même équipe a également superbement restitué toute la magie, tout le fantastique du conte de Colette. Les objets et les animaux règlent son compte à l'Enfant insupportable avec enchantement et une certaine cruauté, semblable à celle dont ce dernier peut faire preuve dans ses emportements.

Musicalement, la partition de Ravel est un bijou de légèreté, de délicatesse où se mêlent jazz, foxtrot, ragtime ou polka. Ce génie de l'orchestration mélange aux sonorités des instruments les bruits plus âpres de la crécelle, de la râpe à fromage ou du fouet.

Le chef - et l'orchestre - se tirent mieux de cette partition française que des accents viennois aux sonorités hispanisantes de celle de Zemlinsky. 

Largement issue de l'Atelier lyrique de l'ONP, la distribution tient ses promesses. Gaëlle Méchaly est l'enfant avec une belle présence. Autour d'elle, Maman, Maître d'école, Princesse (superbe Amel Brahim-Djelloul), Pastoureaux, Fauteuil, Feu de cheminée, Théière ou Tasse chinoise... forment une belle homogénéité. 

L'Or du Rhin - Opéra Bastille

Représentation du 7 février 2013
Direction musicale : Philippe Jordan - Orchestre de l'Opéra National de Paris
Mise en scène : Günter Krämer - Lumières : Diego Leetz

Egil Silins : Wotan
Samuel Youn : Donner
Bernard Richter : Froh
Kim Begley : Loge
Lars Woldt : Fasolt
Günther Groissböck : Fafner
Peter Sidhom : Alberich
Wolfgang Ablinger-Sperrhacke : Mime
Sophie Koch : Fricka
Edith Haller : Freia
Qiu Lin Zhang : Erda
Caroline Stein : Woglinde
Louise Callinan : Wellgunde
Wiebke Lehmkuhl : Flosshilde

Pour la reprise de cette production du Ring - année Wagner oblige ! - il convient de reconnaître que les quelques allègements apportés par Günter Krämer à sa mise en scène, en font un prologue tout à fait convaincant. 

Car même s'il subsiste des scories, entre autres les gesticulations bruyantes des "Forces spéciales" et des "manifestants brandissant les drapeaux rouges", la cohésion de l'ensemble apparaît plus clairement et l'exposition des faits et des thèmes s'en trouve, dans sa simplicité, facilement déchiffrable. 


Nappées dans les superbes éclairages de Diégo Leetz, les scènes du Rhin et du Nibelheim rehaussent les moments moins aboutis que sont l'entrée en scène des dieux et la montée au Walhalla.

Dans la fosse, l'orchestre emmené par Philippe Jordan a conservé cette clarté, cette élégance et ce très beau phrasé des saisons passées, tout en gagnant en maturité.

Côté chanteurs, un plateau assez homogène, toutefois dominé par la très grande qualité vocale de Sophie Koch en Fricka, que j'ai hâte d'entendre dans Walkyrie puisque, là, elle sera présente également dans la première journée. Noblesse du timbre, élégance du chant, ampleur, tout y est.



Saluons également la performance de Kim Begley dans Loge, véritable meneur de jeu, manipulateur, dont le timbre particulier convient superbement dans ce rôle à la fois essentiel et soumis.

Peter Sidhom est repoussant de noirceur dans Alberich, Nibelung qui choisit la puissance à l'amour et dont la déchéance ne rend pas plus sympathique le personnage. Vocalement, je l'ai trouvé moins en verve qu'à la première vision, mais il sait tirer parti de ses moyens.

La jolie voix de Edith Haller, à la belle puissance, revêt et conforte Freia qui illumine les dieux en leur conférant leur éternelle jeunesse.

Par contre, Egils Silins ne parvient pas vocalement, malgré sa belle prestance, à s'imposer comme on le souhaiterait, dans cette distribution. Le timbre trop clair, la puissance limitée contribuent à ce manque d'envergure assez frustrant. Il conviendra, s'il doit être le Wotan de Walkyrie, qu'il soit infiniment plus incisif pour être convaincant.

A suivre donc... le 6 mars prochain !

vendredi 8 février 2013

Yuja Wang et Prokofiev

Yuja Wang à New York

Pour ce concert - et celui du lendemain - l'Orchestre de Paris s'offrait une cure de rajeunissement en confiant sa direction à Juraj Valcuha, jeune chef slovaque de trente-sept ans très prometteur, et le clavier de son Steinway à la très jeune et très jolie (mais pas seulement) pianiste chinoise Yuja Wang, vingt-cinq ans.

Entre "Les Danses de Galànta", tourbillonnantes danses du folklore slovaque, orchestrées par Zoltan Kodàly (1882-1967) (prononcer Kodaï), enlevées et joyeuses avec ce fond de mélancolie propre aux sonorités tziganes et les trois tonitruants mouvements de "La Petite Sirène" de Alexander von Zemlinsky (1871-1942) qui a perdu toute grâce dans la trop grande masse orchestrale de cette pièce, le charme de cette soirée est venu de l'interprétation du "Second Concerto pour piano" de Serge Prokofiev (1891-1953) que nous a offerte cette très séduisante et radieuse musicienne chinoise.

Silhouette longue à l'aspect délié, la jeune pianiste délivre dans son jeu une vigueur, une spontanéité, une force insoupçonnée en même temps qu'une virtuosité, un engagement de toute sa personne et dégage une force intérieure d'une belle intensité dans cette oeuvre qui ne laisse pas de place à la rêverie mais fait appel à toute la vitalité de l'interprète.

Depuis ma place élevée, ses deux grands bras nus se mouvant d'un bout à l'autre du clavier faisaient penser à deux ailes d'albatros en plein envol. Quant aux mains, elles prenaient à certains passages l'apparence de multiples feux follets dansant sur les touches ou, à d'autres accords martelés, s'abattaient, pleines de fougue et de vigueur, en accords lourds de sens et d'intensité.

Rien ne m'a jamais paru superflu dans son jeu. Son corps, sa tête, tout exprimait l'emballement dramatique déchaîné et ébouriffant de ce concerto de Prokofiev, oeuvre déjà très moderne.


Assurément, une artiste de grand talent, une pianiste très brillante à suivre car on en entendra encore parler !

Folle... ou pas... de Chaillot

La pièce de Jean Giraudoux, La Folle de Chaillot, colle - et collera sans doute longtemps encore malheureusement - à l'actualité. On rêve du moment où ce texte ne rappellera plus rien à personne... La troupe des dix-huit personnages nous en transmet le message avec un grand sens du texte.

La Folle de Chaillot - Comédie des C. Elysées


Sur la scène de la Comédie des Champs Elysées, les décors de Bernard Fau (le café "Chez Francis" élevé sous les toits de l'Alma et le sous-sol parisien encombré d'une lourde tuyauterie et d'escaliers) possèdent à la fois toute la dure réalité des lieux et leur suggestive poésie.

La Folle de Chaillot - Comédie des C. Elysées



La matérialité des costumes (Pascale Bordet) ne laisse aucune place au doute quant à l'état de chacun dans l'action : les profiteurs en costume sombre, tous les autres colorés et farfelus, à la limite de la "charge".




Tout le monde, parfaitement dirigé par Didier Long, tient parfaitement son emploi et sert très bien son personnage.

Anny Dupérey -
Folle de Chaillot - Février 2013

Quant aux deux principaux : le Chiffonnier de Dominique Pinon et la Contesse Aurélie (La Folle) de Anny Dupérey, ils sont incroyablement campés. La voix particulière - aiguë et éraillée - de Pinon s'oppose au beau timbre très posé de Dupérey. Et cette dernière parvient à donner tout le poids souhaité à "La Folle" sans jamais sombrer dans le ridicule ni l'exagération que son immense chignon roux-orange et son maquillage digne d'un portrait de Van Dongen pouvait le faire craindre de prime abord.

Cheveux chéris...

Les cheveux... y pensez-vous vraiment en brossant les vôtres le matin devant votre glace ? Oui, sans doute si vous avez la chance, contrairement à moi, d'être doté par la nature d'une belle chevelure épaisse, bouclée ou bien lisse et dont les reflets blonds, bruns, châtains ou roux scintillent sous le moindre rayon lumineux.



Et vous êtes-vous déjà extasié à la vue d'une savante coiffure nattée aux dessins géométriques parfaitement réguliers ? Moi oui car c'est très artistique. Et si l'évocation et un parcours au long de toute l'histoire du cheveux vous tente, rendez-vous au Musée du Quai Branly pour l'exposition "Cheveux chéris - Frivolités et Trophées".

Après l'entrée en matière de chaque côté de laquelle s'affrontent les "Têtes Noires" de Charles Cordier, si intensément expressives, et les têtes blanches meringuées des XVIIIème et XIXème siècles, si élégamment raffinées, vous traverserez tout à tour le monde occidental et ses codes de mode au travers des stars du Showbiz (entre autres deux magnifiques portraits d'Ava et de Gina rivalisent de sensualité et de beauté affrontée)


et les civilisations lointaines où les rites religieux ou guerriers ont gardé longtemps toute la symbolique du cheveux, de la chevelure comme trophée essentiel à la panoplie de l'homme aguerri.


Entre les deux, on aura rasé des malheureuses au nom de la trahison et d'autres se seront parés d'objets colorés et légers dans un grand souci d'esthétique.



Un seul regret : il manque à cette exposition un portrait de l'Impératrice Elisabeth d'Autriche dont la légendaire chevelure, si longue et si épaisse d'un beau châtain doré, pesait si lourd au cou gracile de la tête de Sissi, que pour soulager ses névralgies persistantes, elle faisait suspendre les longues mèches au lustre de sa chambre !





Qu'à cela ne tienne, admirez-le avant ou après la visite de l'exposition "Cheveux chéris - Frivolités et Trophées" - Musée du Quai Branly jusqu'au 14 juillet 2013.http://www.quaibranly.fr/fr/programmation/expositions/a-l-affiche/cheveux-cheris.html

jeudi 31 janvier 2013

Fresque grandiose à l'opéra !

La Khovantchina de Modeste Moussorgski
Drame musical historique en cinq actes (1886), orchestré par Dimitri Chostakovitch

Pour ce qui est de la gestation de l'oeuvre, je vous invite à cliquer ici.

Andrei Serban
Pour ce qui concerne la très belle soirée d'opéra à laquelle nous avons assisté ce lundi 28 janvier 2013, je vous parlerai - une fois n'est pas coutume - d'abord de la mise en scène de Andrei Serban.

Production de 2001 reprise ici avec bonheur, la reconstitution de la Russie de Pierre Le Grand, tout en couleurs et en mouvements  - mais sans gesticulation - est une réussite. Des éclairages à la chorégraphie, des costumes, à la fois somptueux des princes et simples des chasubles des "Vieux Croyants", aux décors représentatifs des lieux, tout est excellent.

Réussie également la direction d'acteurs ; chaque chanteur campe un personnage dont il est véritablement imprégné et à qui il restitue une réelle personnalité.

Il est vrai aussi qu'ils sont bien aidés en cela par la grande qualité vocale dont ils sont tous dotés. Car c'est également dans la très belle homogénéité de la distribution que réside tout le plaisir pris tout au long de ces quelques trois heures et demie de spectacle.

Larissa Diadkova
Des voix magnifiques donc, desquelles je relève le chant somptueux de Larissa Diadkova dont le timbre si bien coloré sert admirablement, d'un bout à l'autre de la tessiture, le très beau rôle de Marfa. Du second balcon, on percevait chaque inflexion de cette voix aux intonations sombres et aux aigus sonores sans perte de couleur.

Avant de passer aux rôles masculins - de loin les plus nombreux - un mot sur les deux sopranos : Marina Lapina, éblouissante de volume et de clarté dans le très court rôle de Susanna et Nataliya Tymchenko dont le timbre un peu acide ne laissera qu'un souvenir assez incolore du rôle - pâle lui aussi - de Emma.

Orlin Anastassov

Intense et prodigieuse, la voix de basse de Orlin Anatassov qui, d'un bout à l'autre du registre, sert le rôle de Dosifei, le prêtre qui guide les "Vieux Croyants". Le timbre est riche, lumineux et ample et chacune de ses apparitions tout au long de l'oeuvre est un vrai bonheur.




Gleb Nikolsky

Drapé dans son magnifique manteau écarlate chamarré d'or, Gleb Nikolsky est ce Prince Ivan Khovanski, chef du complot qui donnera son titre à l'opéra, que l'âge ancre dans ses traditions ancestrales auxquelles il s'accroche avec acharnement et fébrilité. Tout cela est extraordinairement rendu par la voix encore ample et cependant fragilisée de cette grande basse qui restitue toute la grandeur friable du rôle.

Sergey Murzaev




Et, dans ce florilège de voix graves, il convient de louer Sergey Murzaev qui nous éblouit au IIIème acte dans un monologue brillant de Chakloviti où ses qualités vocales nous laissent pantois.



Vladimir Galouzine



Après ce concert de louanges à la clé de fa, rendons hommage à Vladimir Galouzine, ténor au timbre d'airain sans défaillance dans le rôle épisodique du Prince Andrei Khovanski (le fils du comploteur...), de même qu'à Vasily Efimov dans celui de Kouzka.





Tous les autres rôles sont de haute tenue et concourent à l'équilibre de cette belle épopée.

Les Choeurs de l'Opéra de Paris restituent la partition dans toute sa splendeur dépaysante, déployant des trésors de netteté et de sonorités slaves.








Michail Jurowski




Sous sa baguette précise, inspirée et enflammée, Michail Jurowski emmène et contient tout ce plateau sans jamais se laisser déborder et en insufflant à l'ensemble tout le lyrisme de cette délirante partition.

vendredi 18 janvier 2013

Du côté de chez...

Jacques Emile Blanche est un portraitiste français qui peignit tout ce qui se mouvait dans la vie parisienne artistique et mondaine du début du XXème siècle.

Presque autodidacte, Blanche nous livre la personnalité la plus sensible de ses modèles, qu'il s'agisse de Barrès, Montesquiou, Gide, Cocteau, Stravinsky et, bien sûr, Proust.
Marcel Proust

Agencée en quelques lieux feutrés (salon, jardin d'hiver...), à l'ambiance surannée qui nous restitue un parfum de "temps perdu" et nous plonge au coeur de "la Recherche", c'est un délice que de croiser les regards ou les attitudes de ces personnages historiques qui appartiennent à notre patrimoine, que ce soit par leur oeuvre ou par la trace qu'ils ont laissée dans l'oeuvre de Proust.

A ne pas manquer si vous avez un peu de temps jusqu'au 27 janvier !!!

De Wagner à Renoir en passant par Venise

Les journées défilent aussi vite en 2013 qu'en 2012 ! Nous voilà déjà à la mi-janvier et j'ai des tas de choses à partager avec vous...

Concert de l'Orchestre Philharmonique de Radio-France, direction Marek Janowski
Un premier concert à Pleyel, le dimanche après-midi 6 janvier, où l'Orchestre Philharmonique de R.F. se retrouvait face à Marek Janowski, son ancien chef, pour ouvrir l'année Wagner.
Comme vous le savez, les concerts le week end ne sont pas de mon goût, mais un cadeau ne se refuse pas et surtout pas un cadeau musical.

Marek Janowski est un excellent chef. Le "Philhar" lui doit les grandes qualités techniques qu'il a su lui transmettre durant les années qu'il a passées à sa tête. Il est reconnu comme un bon chef wagnérien. Cependant, ce n'est pas avec un enthousiasme débordant que je suis sortie de Pleyel ce dimanche soir, malgré une seconde partie de programme beaucoup plus libératrice que la première.

Erreur de programmation à mon sens que ce début de concert, à 16 heures un dimanche, avec une entrée en matière qui tenait du plat de résistance. Personne n'était prêt - ni les spectateurs en fin de digestion, tout juste sortis des transports en commun ou des circuits de recherche de parking, ni les musiciens et chanteurs pour lesquels le défit était grop grand de créer, en quelques minutes, l'atmosphère de "l'Enchantement du Vendredi Saint", extirpé du monumental Parsifal. On n'entre pas dans l'essence d'une oeuvre pareille en quelques mesures, enfin, pas moi dans tous les cas.
L'orchestre se contente de jouer la partition, bien, mais sans le souffle à la fois liturgique et poétique que requièrent ces instants qui doivent tenir, presque, du miracle.
Stephen Gould


Albert Dohmen
Le ténor américain Stephen Gould projette un chant consistant et coloré mais dénué de l'émotion qu'il devrait contenir. Le léger vibrato de la basse Albert Dohmen n'a pas entamé le très beau timbre de sa voix, ce qui ne suffira pas à nous restituer le climat de ce moment musical.



Au final, ce passage si important dans l'oeuvre est resté au stade du morceau bien exécuté.
D'autant plus dommage que le programme s'enchaînait avec une interprétation tout à fait banale de "Siegfried-Idyll" qui, pour le coup aurait, bien évidemment, dû entamer le concert.Fort heureusement, les trois extraits du "Crépuscule des dieux" ont réveillé musiciens et spectateurs. "Le voyage de Siegfried sur le Rhin", "La Marche funèbre" et "l'Immolation de Brunhilde" nous donnèrent à entendre un Wagner d'une toute autre tenue. Sains atteindre à la magique clarté des couleurs de la fosse de l'Opéra de Paris sous la baguette de Jordan, ni aux profondes rondeurs de l'Orchestre de Bayreuth, le "Philhar, emmené avec précision et lyrisme a su se hausser à la hauteur des meilleurs.
Violetta Urmana a, quant à elle, empli Pleyel de toute la largeur de sa voix, sans écorcher les notes extrêmes.

Ouf ! Ce second concert (il y en avait eu un deux jours avant) ouvrait, en définitive, glorieusement la porte aux célébrations du bicentenaire de la naissance de Wagner.


  De Canaletto à Canaletto-Giardi ou de Maillol à Jacquemart-AndréEn l'espace de quelques jours, je parcourrai les salles des deux expositions consacrées au peintre vénitien de la Veduta.
Disons-le tout net : les deux expos se valent en qualité. Si Maillol se concentre sur le seul Antonio Canal dit Canaletto et nous offre, en plus des grandes toiles issues des collections italiennes, le précieux carnet de dessins conservé à Venise et "la chambre optique" - l'appareil qui lui servait à tracer les perspectives - Jacquemart-André quant à lui nous propose de mettre en parallèle les presque mêmes vues réalisées par Canaletto et par Francesco Guardi.
Si les ciels de Canaletto sont plus lumineux et les éclairages plus éclatants, Guardi décale légèrement les perspectives et anime davantage le Canal Grande et la Piazza San Marco.
Canaletto
Guardi


En résumé, entre deux visites de la Sérénissime, contempler les toiles de Canaletto ou de Guardi reste le meilleur moyen de respirer l'air de Venise !...


Les "Renoir" au cinéma : d'Auguste à Jean

Après ce déferlement d'art, j'attendais beaucoup du film "Renoir" de G. Bourdos, sorti récemment.
Trop sans doute pour ne pas être déçue par des dialogues assez pauvres et, surtout, rendus souvent incompréhensibles par la très mauvaise diction de certains interprètes, en particulier de la jeune Christa Theret. Anachroniques également, certaines expressions n'appartenant pas au vocabulaire courant de cette époque, même dans les cuisines.

A garder, la brillante démonstration de Michel Bouquet, formidable, la photo magistrale qui nous place au coeur des tableaux de Renoir.
Allez ! L'année ne démarre pas si mal...

vendredi 28 décembre 2012

mardi 27 novembre 2012

Bharatanatyam à Guimet

Alors voilà, je pouvais essayer de vous expliquer le Bharatanatyam... mais c'est très compliqué alors je vous laisse cliquer ici pour rejoindre le site qui va vous initier à tous les rites de cette danse de l'Inde du Sud.

Pour ma part, je ne vous raconte que le plaisir pris au Musée Guimet lors du spectacle qui nous fut donné par la danseuse Lavanya Ananth. 
Cette danseuse possède son art et l'exprime au plus haut niveau. C'est un régal de la voir exprimer les sentiments et illustrer par les gestes les symboliques des attitudes exigées par cet art, sur les rythmes saccadés du tambour et des petites cymbales (ça ne s'appelle sûrement pas comme ça, mais je ne sais pas !). Tout est précision et grâce.

Quatre musiciens dont un chanteur à la voix haut perchée (proche du Haut de Contre européen) qui vocalise une mélopée aux sonorités sinueuses que souligne le violon et qui nous raconte "l'histoire". Les deux autres musiciens - percussionnistes - impriment les rythmes très syncopés menant les pas de la danseuse.

Ci-dessous, un extrait par notre danseuse Lavanya Ananth.


samedi 24 novembre 2012

Générale de "La Cenerentola" à Garnier

Avec une invitation (encore), un plaisir musical ce lundi soir - 19 novembre - pour la répétition générale de "La Cenerentola" de Rossini dans la mise en scène de Jean-Pierre Ponnelle, reprise déjà la saison passée et dont vous avez pu lire mes réflexions dans mon papier de décembre 2011.

Toujours beaucoup de plaisir à entendre la gaité communicative de la partition de Rossini où airs, ensembles et choeurs succèdent à une ouverture enlevée dont le Maître avait le secret.

Un plaisir aussi de voir se dérouler le conte de Perrault dans la délicieuse et très charmante mise en scène du regretté J.P. Ponnelle. Les trouvailles et bonnes idées se succèdent, drôles sans jamais être vulgaires ni cérébrales. Et, surtout, sans jamais gêner la musique ni les chanteurs !

Les chanteurs qui, malheureusement, n'ont pas comblé mes oreilles.

Tous plutôt jeunes si on excepte Bruno de Simone dans le rôle de Don Magnifico, vieux routier, chanteur et bon comédien, l'ensemble de la distribution est en-dessous de ce que l'on est en droit d'attendre à l'Opéra National de Paris.

Je sors du lot la basse roumaine - Adrian Sampetrean, beau timbre et vois vaillante ; malheureusement pas à sa place dans le rôle de Alidoro, plus généralement dans l'opéra bouffe tout simplement.

La mezzo Marianna Pizzolato possède un joli timbre, vocalise plutôt bien mais peine un peu dans les aigus. Elle n'est pas très convaincante.

Les autres chanteurs sont nettement insuffisants, surtout le jeune ténor russe Maxim Mironov au physique de danseur mais qui possède un filet de voix, noyé dès que chantent choeurs, partenaires ou que l'orchestre joue un peu fortissimo.

Mais mes amis et moi étions ravis d'avoir passé cette soirée car on est toujours mieux à Garnier que devant son téléviseur... !

Les Antiques à Versailles

Par un soir d'automne, humide et venteux, la grille et la Cour d'Honneur du Château s'est ouverte pour nous accueillir. La nuit, le Château illuminé, le chemin balisé de lanternes... Nous avions l'impression d'être Cendrillon...

Nappées donc dans la nuit, nous avons admiré les "Antiques" - pour la plupart venus du Louvre - de retour dans leur écrin d'origine.


                                                                                                                                         
Isis
Vénus d'Arles
De galeries marbrées et "colonnées" en salles aux plafonds enluminés, jetant un oeil depuis les portes ouvertes sur la Chapelle, nous avons croisé la "Vénus d'Arles", Isis deux fois, Diane chasseresse en marbre et en bronze, Antinoüs, Hermès... et nombre de statues drapées ou dévêtues, éclatantes de blancheur et un peu intimidées de se retrouver face aux peintures et tapisseries des XVIIème et XVIIIème siècles où Apollon, Vénus et les Amours poupins batifolaient dans des décors verdoyants et fleuris.
                                                                                                  

                                                                                                                                                                   
Le tout sous l'oeil royal de Louis Le Grand, le XIVème du nom.

Un véritable bonheur que de croiser ces oeuvres dans ce décor, même si on les connaît bien pour les avoir visitées régulièrement dans le palais qui les abrite habituellement.



Un plaisir qui nous mena trop tardivement dans la belle salle où le cocktail était servi. A défaut de quelques canapés, nous avons bien profité des bulles dorées... avant de reprendre notre carrosse pour rejoindre la simplicité de notre décor personnel.


"Versailles et l'Antique" - Château de Versailles jusqu'au 17 mars 2013.