vendredi 13 juin 2014

Mélodies dans les tours

Ciel bleu, soleil radieux, nous arrivons à Blandy-les-Tours ce dimanche 8 juin. Ce lieu magique, jadis résidence des Contes de Melun, accueille, chaque saison, divers concerts organisés par l'Association "Les Concerts de Poche".
Château de Blandy-les-Tours
Nous sommes venus écouter le baryton autrichien Wolfgang Holzmair et le pianiste français Philippe Cassard dans un programme de lieder de Franz Schubert et de mélodies de Henri Duparc et Maurice Ravel.
Philippe Cassard
C'est donc avec "Le Roi des Aulnes" (Erlkönig) et toute la vaillance qu'il faut que les deux interprètes entament ce récital. Sous les doigts de Philippe Cassard, le piano mène avec ardeur cette sombre chevauchée et soutient la belle vocalité de Wolfgang Holzmair, très habité, qui nous emmène avec cet enfant dont le père n'entendra les appels que trop tard. La diction est parfaite (c'est Linda qui le dit... !), le chant bien nuancé et la voix porte haut dans la salle du château.
Wolfgang Holzmair


Les deux artistes sauront nous distiller, tout au long des 10 lieder (1) de cette première partie, l'entière sensibilité romantique du compositeur autrichien, tour à tour gracieux, léger, bucolique, sombre ou mélancolique.



Après un court entracte durant lequel certains firent un tour sur le chemin de ronde des remparts, nous avons repris nos places pour entendre quatre mélodies de Henri Duparc (2). Et là, c'est moi que le dit, la diction du baryton autrichien est parfaite. De même que le style et la voix, toujours très belle. Philippe Cassard se joue des arabesques pianistiques de Duparc pour notre plus grand bonheur.



Le concert se termine par cinq des "Histoires Naturelles" de Maurice Ravel. Sur les poèmes de Jules Renard, Ravel crée une atmosphère propre à chaque animal (3). C'est musical, drôle et émouvant. C'est, également, très bien servi par nos deux interprètes qui n'auront aucun mal à passer d'une ambiance à l'autre, d'un style à un autre, avec le même sérieux et le même talent.

Un concert pas si "poche" que ça puisque, en plus des 19 mélodies du programme, nous eûmes droit à un bis "der Musensohn" (Le fils des muses) de F. Schubert.

(1) Erlkönig (Le Roi des Aulnes), Geheimes (Confidence), Der Tod und das Mädchen (La Jeune fille et la Mort), Der Fischer (Le Pêcheur), Heidenröslein (Petite rose des bruyères), Der Wanderer an den Mond (Le Voyageur à la lune), Der König in Thule (Le Roi de Thulé), Der Wanderer (Le marcheur ou Le voyageur), Die Taubenpost (La Colombe messagère), Die Forelle (La Truite)

(2) Extase (Lahor), Le Manoir de Rosemonde (Bonnières), Soupir (Prudhomme), L'invitation au voyage (Baudelaire)

(3) Le paon, Le grillon, Le cygne, Le martin-pêcheur, La pintade.

dimanche 30 mars 2014

Le Chevalier à la Rose au Théâtre des Champs-Elysées

Nous avions laissé Sophie Koch samedi 15 en Charlotte au MET. Nous la retrouvions le 18 au TCE dans le rôle titre du Chevalier à la Rose de Richard Strauss.

Sans une salle comble d'un public averti, particulièrement attentif, c'est une version de concert de la production du Bayerische Staatsoper qui nous était proposée.

L'orchestre et les choeurs de l'Opéra de Munich étaient placés sous la direction de Kirill Petrenko, autrichien d'adoption. Très remarqué, cet été à Bayreuth où il a magnifiquement dirigé le Ring, ce chef de 42 ans est à présent le directeur musical de l'Opéra de Munich. Il nous offre ici une direction perlée et éblouissante, particulièrement attentive aux détails de la partition, en particulier les bois et les cuivres, très attentif aussi aux chanteurs.


Martin Gantner nous révèle un Faninal au beau timbre de baryton, personnage très vite dépassé par les évènements dont il est l'auteur dans sa quête d'une identité plus respectable.


Peter Rose
, basse britannique, est un magnifique baron Ochs.
La voix idéale d'abord, charnue et sonore
mais colorée, comme il convient. Il incarne avec justesse et cocasserie ce personnage un peu lourdaud mais qui, cependant, reste conscient de sa caste.






La soprano allemande, Christiane Karg, remplaçante, nous a réjouis dans le rôle de Sophie, par sa très belle voix, légère, aux aigus très sûrs et au médium sonore et bien timbré.






Soile Isokoski est une Maréchale de choix. Son timbre et son style font penser à la grande Schwarzkopf. Son interprétation est bouleversante et c'est avec une grande émotion qu'on la voit sortir après le trio final, mêlant fiction et réalité, en quittant une scène où, peut-être, nous ne l'entendrons plus aussi performante à beaucoup d'occasion.

Sophie Koch, une des spécialistes du rôle d'Octavian actuellement, a été en tout point parfaite tant vocalement qu'émotionnellement. La voix se déploie sur toute la tessiture du rôle, sans faille, et toutes les intonations, tout le style, à la fois la jeunesse du personnage et la force de ses sentiments, les forte, les aigus, les piani... Plus aucune réserve par rapport à la Charlotte du MET.

Il convient de préciser que cette version de concert valait et de beaucoup, certaines des versions scéniques auxquelles j'ai assisté. Chaque chanteur était investi et sut, sans aucun artifice ni accessoire, représenter la juste émotion, la réelle incarnation de son personnage. Les secondes d'un silence TOTAL avant les premiers accords du trio final et celles qui on suivi les dernières notes à la fin, sont significatives de la densité de concentration et d'émotion du public.


            Un grand bravo à tous les artistes de cette soirée !

A réécouter sur France Musique en suivant ce lien : http://www.francemusique.fr/emission/soiree-lyrique/2013-2014/le-chevalier-la-rose-de-richard-strauss-03-29-2014-19-08 

D'une journée pour les Femmes au "Galop Infernal" en passant par le MET... !

L'actualité musicale en ce mois de mars a été dense en ce qui me concerne.

Pour commencer, un Printemps des Poètes fêté le Jour des Femmes réunissait dans un spectacle commun un Cercle de poésie et quelques membres du Coeur des Voix dans la salle Jean Renoir de Bourron-Marlotte (Seine et Marne).
Les chanteurs du Coeur des Voix
Sur une conception originale d'Alix Asséré, son choix judicieux des poésies et des prestations chantées, l'illustration littéraire et musicale fêtant simultanément la Femme et la Poésie, ont fait de cette soirée une parenthèse enchantée.

Les récitantes


Ce fut l'occasion d'une très agréable soirée au cours de laquelle se succédèrent rimes légères, tendres ou profondes et mélodies entraînantes, joyeuses ou espiègles, à la gloire des femmes.





Le tout était rythmé, au piano bien sûr mais aussi par le texte, grâce au talent musical d'Hélène Boscheron, mais pas seulement. La musicienne nous a aussi révélé son don caché de diseuse en nous régalant des plus machos des meilleurs "mots" de Sacha Guitry.
Hélène Boscheron et les chanteurs
Un moment de partage que les deux groupes ont bien l'intention de renouveler ensemble !


Le week-end dernier (22 et 23 mars), Le Coeur des Voix produisait son spectacle annuel dans la salle Jean Renoir de Bourron-Marlotte. Un grand stress précéda les deux représentations, personne ne se sentant véritablement prêt pour le grand saut, surtout que cette année Alix Asséré, à la fois professeure de chant, metteuse en scène, décoratrice, habilleuse..., avait prévu un changement de décor entre les deux parties et, même, un supplément de changement "à vue" après la prestation  chorégraphiée par Iris Tonnoir-Zodio et
dansée en compagnie de nos plus jeunes artistes. Notre chère pianiste, Hélène Boscheron, assura avec patience et indulgence, l'accompagnement délicat de tous ces chanteurs amateurs, peu respectueux de la mesure ou de la justesse... Merci mille fois à elles trois !



Mais le Coeur des Voix a assuré et chacun de ses participants a chanté avec talent, qui son grand air d'opéra, qui sa chanson douce ou rythmée, qui sa mélodie française, qui son duo de comédie musicale, qui sa parodie de lyrique italien... Le tout s'est terminé de façon effrénée sur le Galop Infernal d'Orphée aux Enfers de Jacques Offenbach !




Une pluie de compliments, de la part du nouveau Maire de Bourron-Marlotte et de beaucoup de spectateurs
de l'une ou l'autre des soirées, s'est retrouvée dans la boîte courriel de l'association. Nous avons seulement regretté qu'une telle dépense d'énergie et autant d'investissement ne puisse générer que 2 spectacles...







A noter tout de même que la troupe se produira dans le cadre du Téléthon 2014 en décembre prochain, même lieu, même Galop Infernal !


Le samedi 15 mars, le MET retransmettait la représentation de Werther en direct dans les cinémas. J'étais impatiente de retrouver Jonas Kaufman dans ce rôle où le ténor m'avait enchantée à Bastille en 2010.

Jonas Kaufman - Werther au MET - mars 2014
Je n'ai pas été déçue ! Tous les superlatifs ne permettraient pas de restituer l'émotion que le chanteur munichois a suscité d'un bout à l'autre de la partition. Le style est incomparable. Chaque note, qu'elle soit forte ou piano, du grave à l'aigu, tout est performance. Rien n'échappe à sa technique irréprochable. Et si l'on ajoute que, de la première à la dernière minute, le beau Jonas EST Werther de la racine des cheveux à la plante des pieds, qu'il habite chaque phrase, prononcée avec une parfaite diction du français, on aura compris qu'on touche, là, à l'exceptionnel.

Pour un enchantement complet, il faut à ses côtés une Charlotte incomparable. L'osmose entre les deux chanteurs qui avait habité les trois représentations de Bastille auxquelles j'avais assisté en 2010, ne s'est pas tout à fait ressentie sur cette soirée.
J. Kaufman et S. Koch
Ici, Sophie Koch n'a pas totalement répondu à mes attentes. Première fois au MET et première mondiovision, l'explication est peut-être là. On sentait la mezzo française plus préoccupée de sa vocalité que de son personnage. De son chant, on mesurait toute l'ampleur, les beaux graves, un médium solide. Certains aigus, malheureusement trop "couverts" - pour en préserver la rondeur ?? - manquèrent des quelques harmoniques nécessaires à leur plein épanouissement. Mais la prestation d'ensemble fut d'un grand niveau.

L'excellent Albert de David Bizic ne nous a pas fait oublier celui de Ludovic Tézier à Paris. Mais la prestation du baryton serbe 
est très honnête.


Quant à la Sophie de Lisette Oropesa,
elle fut parfaite vocalement et scéniquement. 
Après la mise en scène dépouillée de Benoît Jacquot à Bastille, on se trouvait au MET, dans celle de Richard Eyre avec un trop plein de décors auquel s'ajoutaient de fausses bonnes idées comme la mort de la mère en prélude, avec vol de corbeaux... et la statue de la même mère dans le jardin du Bailly... et le pistolet dans la main de Charlotte avant l'extinction finale ! Autant de détails qui n'apportent rien au drame.

Bonne direction de Alain Altinoglu, précise mais pas complètement convaincante.

A suivre Le Chevalier à la Rose au Théâtre des Champs-Elysées, au milieu de tous ces évènements !



samedi 22 février 2014

Une fille sans Far West

J'ai toujours aimé le western, ce cinéma où les scénarios d'une grande simplicité - des bons, des méchants, des indiens, des bandits...  le tout dans de grands espaces poussiéreux que je suis d'ailleurs allée voir sur place ! Ces récits ne sont, tout comme la plupart des livrets d'opéra, qu'un prétexte à mettre devant la caméra de belles images, des chevauchées éperdues, de l'héroïsme, des caractères bien trempés... l'ensemble nappé dans une mélodie forte et mélancolique.

Puccini avait dû avoir la prescience de ce que le cinéma américain produirait dans le futur, lorsqu'il composa en 1910 son opéra La Fanciulla del West. Il jeta les ingrédients dans son piano et, avec un savant dosage de créativité, il en ressortit la partition d'une oeuvre qui s'ancre magistralement dans ce début de XXème siècle. Son goût des sonorités exotiques l'entraîne à utiliser les ressorts rythmiques du cru en y superposant une magistrale orchestration chatoyante, énergique et lumineuse. S'y ajoutent les belles pages de choeurs mélodiques rappelant les grands espaces et les interventions sporadiques comme Puccini seul sut les composer.


Nikolaus Lehnhoff a effacé l'imagerie des grandes plaines balayées par le vent - vent pourtant bien présent dans la partition au second acte - et installe l'action dans un bar louche new-yorkais en lieu et place du saloon au I, dans un mobil-home au décor fuchsia-groseille très Walt Disney qui remplace la cabane de Minnie au II et dans une casse automobile où l'amoncellement grandeur nature des Chevrolets détrône la forêt californienne et se transformera magistralement en décor rutilant et scintillant de superproduction hollywoodienne au final.

Ce parti-pris moqueur, parfois kitschissime, a le mérite d'être esthétiquement inattaquable et de permettre le déroulement de l'action sans indécence vis-à-vis de l'oeuvre. La ficelle est parfois un peu grosse et les clichés frisent le mauvais goût. Une chose est sûre, que l'on adhère ou non au concept, on ne s'ennuie pas !


La direction de Carlo Rizzi est efficace et rayonnante de tous les timbres que nécessite l'oeuvre. Il évite le clinquant et parvient, autant que faire se peut, à ne pas couvrir les voix. L'admirable orchestre de l'ONP nous enchante une fois encore.

Les nombreux rôles secondaires sont tous très convaincants. Une mention particulière à Alexandre Duhamel dans la balade de Jake Wallace - seule note blanche dans tout ce noir, rappelant un peu Joe Dassin. Egalement à Roman Sadnik pour sa prestation dans Nick le barman.

Claudio Sgura



Le shérif Jack Rance est incarné, avec une belle noirceur, par le baryton Claudio Sgura. Son chant est élégant et fluide, peut-être un peu trop, et son émission vocale ne parvient pas toujours à emplir le vaisseau Bastille.





Marco Berti



Dans le rôle du bandit au grand coeur, Marco Berti est un Dick Johnson à l'ampleur fracassante qui ne s'embarrasse pas trop de style. Mais c'est efficace, il ne manque pas une note, et s'il reste un peu figé en chantant, son air
"ch'ella mi creda libero et lontano" ("qu'elle me croit libre et loin") au troisième acte ne manque pas de panache.




Nina Stemme
Reste le rôle titre. La soprano suédoise Nina Stemme ne déçoit pas ceux qui, comme moi, sont venus pour l'entendre. A l'exception du contre-ut au premier acte, elle se joue des écueils nombreux de cette partition. Son timbre garde sa rondeur et son velouté même en passant le son volumineux de l'orchestre. Sa Minnie sait être vaillante, courageuse et déterminée tout en conservant charme et tendresse.


En résumé, une oeuvre trop méconnue à découvrir ou à redécouvrir, une production kitsch non dépourvue de créativité ni d'intérêt même si tout n'est pas réussi et une distribution d'un excellent niveau.




mercredi 19 février 2014

Pelléas et Mélisande à l'Opéra Comique - 17 février 2014

Ce lundi, je retrouvai avec, comme toujours, une certaine émotion, la Salle Favart qui vit mes premiers émois lyriques.

A l'affiche : Pelléas et Mélisande de Claude Debussy, dans la reprise de la production de 2010. Un bonheur musical auquel participèrent la distribution homogène de grande qualité et la direction d'orchestre très étudiée de Louis Langrée.

Stéphane Braunschweig
Grâce à la très précise direction d'acteurs de Stéphane Braunschweig, chacune des scènes se hisse à un excellent niveau et la rend dramatiquement captivante. Le plateau en ellipse figurant tous les éléments extérieurs, avec phare pour construction ou sans phare laissant place à la très profonde fontaine, est une bonne idée puisqu'il permet le déroulement fluide des différentes scènes : parc et fontaine, grotte et souterrain. Etait-il, cependant, utile d'utiliser le modèle réduit du décor pour la scène "de la chevelure" ? Cela oblige les deux chanteurs à des contorsions multiples pour parvenir à se maintenir ensemble sur un si petit espace, au risque d'ôter à la scène sa magie... On échappe au ridicule de justesse.

Pour les intérieurs, les hauts murs à claire-voie, filtrant l'éclairage en lamelles lumineuses sont, eux, du meilleur effet.

Sylvie-Brunet-Grupposo (Geneviève), Phillip Addis (Pelléas) et Karen Vourc'h (Mélisande) sont les seuls chanteurs subsistant de la production de 2010.
Sylvie Brunet-Grupposo




La mezzo française est un véritable luxe dans la rôle de Geneviève et sa lecture de la lettre du premier acte
est un réel bonheur, même si le timbre est encore un peu trop jeune pour cet emploi.


Jérôme Varnier



Jérôme Varnier a ébloui le public par la qualité de son phrasé, sa présence scénique et vocale imposante, son large timbre de basse au chant d'un style impeccable. Son Arkel est un grand cru.



Laurent Alvaro




Laurent Alvaro nous a livré un Golaud tourmenté, au timbre sombre d'une belle ampleur.






Karen Vourc'h - Phillip Addis

Le couple Addis/Vourc'h fonctionne admirablement. 


La belle voix du baryton canadien et son excellente prononciation façonnent un Pelléas un peu onirique, un peu envoûté, qui semble ne pas réaliser vraiment ce qui lui arrive et ce qui risque d'en advenir.
Phillip Addis
Karen Vourc'h est une Mélisande charmeuse par essence, troublante, femme-enfant juste ce qu'il faut mais dont on perçoit parfaitement la mélancolie persistante qu'elle porte en elle. Vocalement, elle parvient à "dire" les phrases courtes et un peu infantiles des dialogues et à "chanter" les lignes mélodiques plus lyriques. Cela donne consistance à ce personnage éthéré et permet à la chanteuse de s'exprimer pleinement avec les moyens vocaux qui sont les siens.
Karen Vourc'h
Louis Langrée
L'impeccable direction de Louis Langrée laisse s'exprimer pleinement les divers climats de la musique si riche de cette oeuvre de Debussy. Il en souligne parfaitement les élans, les charmes et les sonorités. J'ai cependant un peu regretté que ces sonorités n'aient pas pu être mieux mises en valeur par cet Orchestre des Champs-Elysées dont les instruments "d'époque" ne livrent pas à mes oreilles toute la brillance qu'elles en attendaient.



Une très belle soirée d'opéra dans tous les cas ! Si vous le pouvez, allez à l'Opéra Comique voir Pelléas et Mélisante : 19, 21 et 25 février à 20 h, 23 février à 15 h.






samedi 1 février 2014

"Ah ! Qu'il est loin ce jour plein d'intime douceur..."

Oh oui, il est très loin ce souvenir extasié du Werther fantastique de 2010 ! Plusieurs raisons à cette grande déception.

La première et la principale, Roberto Alagna ne chantait pas ce 29 janvier à Bastille. Il n'était pas malade, il s'était simplement rendu auprès de son épouse qui accoucha, à 13 h 44 très précises, de Maléna. Heureuse vie au bébé et félicitations aux parents.

Cependant, s'il m'est permis une remarque sans choquer, une naissance on sait sauf incident neuf mois avant, à quelle période elle aura lieu. Il était donc possible de prévoir cet accouchement à Paris où d'excellentes maternités pouvaient accueillir la maman... Le papa, dans ce contexte, aurait pu tenir son engagement vis à vis de l'ONP et, surtout, vis à vis de son public. Mais non. Cela s'est passé trop loin (Pologne ?), suffisamment en tout cas pour que Roberto ne puisse pas revenir assurer son contrat.

Il a donc manqué l'essentiel à cette soirée et cela s'est ressenti jusque dans l'inattention du public.

Hélène Guillemette
Le talent d'Hélène Guillemette, Sophie au timbre aérien et à la présence joyeuse,


celui tout en style et en phrasé de Jean-François
Jean-François Lapointe
Lapointe
donnant au rôle d'Albert une grande élégance




et l'excellente prestation de Karine Deshayes, Charlotte aux volumineux aigus et au timbre plein de douceur, a qui il manque peut-être un peu d'ampleur dans les graves... tout cela n'a pas suffit pour ne pas regretter le lyrisme, le phrasé et le timbre ensoleillé de Roberto.
Karine Deshayes
Luca Lombardo



Car si Luca Lombardo, qui assuma vaillamment le périlleux remplacement du ténor français dans ce rôle si écrasant, a donné le meilleur de lui-même, ce meilleur était à des lieues des qualités requises et attendues à l'ONP.







Michel Plasson et l'Orchestre ont, lorsqu'ils n'avaient pas à s'adapter aux accélérations de tempo du ténor à bout de souffle, réussi à restituer une partie de l'atmosphère sonore qui avait su sublimer cette partition en 2010.

Quant à la très belle mise en scène de Benoît Jacquot, elle avait perdu sa rigoureuse direction d'acteurs, faite de frôlements de mains, de regards éperdus, d'attitudes passionnées et d'infinie douleur.

L'alchimie du quatuor Jacquot-Plasson-Koch-Kaufmann n'est pas transposable et je n'espérais pas revivre les mêmes sensations enivrantes. Mais je pensais en savourer d'autres, différentes et chargées de quelques émotions fortes.

L'arrivée de Maléna m'en a privée !

Benoît Jacquot
             
                      Michel Plasson












Sophie Koch

Jonas Kaufmann