jeudi 28 juin 2012

Une étoile lyrique est née...

Je souhaite vous faire partager mon enthousiasme pour la très belle voix du très jeune (23 ans) baryton-basse canadien Philippe Sly qui vient de remporter le premier prix du Concours Musical International de Montréal.

Qu'un chanteur de cet âge possède à ce point une telle maturité vocale, stylistique et une telle ligne de chant, avec en prime un timbre d'une grande qualité est assez incroyable pour être signalé.

Je vous invite à écouter (et réécouter) l'émission du samedi 23/06 de Gaëlle Le Gallic sur France Musique "Concert de midi et demi, Jeunes Interprètes" en suivant le lien ci-après : http://sites.radiofrance.fr/francemusique/_c/php/emission/popupMP3.php?e=90000064&d=515000519.
Vous y entendrez également le second et le troisième prix de ce concours, une mezzo-soprano suisse et un baryton américain, excellents également tous les deux.

Ne manquez pas non plus la prochaine émission de samedi (30/06 à 12h30) qui sera consacrée au jeune chanteur Québecquois venu donner un concert dans les locaux de Radio-France.

Une "Perle" pêchée à l'Opéra Comique

Du très sobre décor tout en ciel et en plage, rappelant très vaguement une peinture de Zao Wou-ki (dans les moins colorées d'entre-elles) et plongeant du fond vers l'avant-scène en toboggan, rien ne vient distraire l'attention du spectateur de cette représentation des Pêcheurs de Perles.

Et ce n'est pas l'absence totale de direction d'acteurs ni l'utilisation des choristes comme "Choeur Antique" et non comme intervenants, qui nous distraient du texte de ce livret, somme toute assez banal : deux amis (Zurga et Nadir) amoureux de la même prêtresse (Léila).

De l'oeuvre de Bizet, composée en trois semaines dans sa vingt-cinquième année, je gardais un souvenir chargé de nostalgie et ma crainte d'un éventuel désenchantement me saisit aux premières notes. Mais non. Préludant l'écriture de sa Carmen, Bizet compose une partition où airs, duos, ensembles et surtout, le Choeur, nous proposent tout son art de la mélodie. L'orchestration n'est pas en reste et, quoique dirigé trop souvent trop lentement par le jeune chef britannique Leo Hussain, le Philharmonique de Radio-France sonne bien et l'ensemble est cohérent.

Il faut bien reconnaître, également, que la quarantaine de choristes qui compose l'ensemble "Accentus" manque là, singulièrement, de "punch", ou si vous préférez, de lyrisme. Certes plus habitués aux oratorios baroques et autres messes, ils ouvrent et ferment la bouche à l'unisson, produisent des sons uniformes, mais manquent totalement d'inspiration lyrique et de présence scénique.

Cette dernière ne leur est d'ailleurs pas demandée par le metteur en scène japonais, Yoshi Oida, pas plus qu'aux solistes. Et si la chorégraphie - à mi chemin du mime - propulsant en ralenti les danseurs-pêcheurs dans des plongeons expressifs, illustre la tâche des hâbitants de ce village de Ceylan, la répétition des mouvements ne comble pas le vide.

Les solistes occupent donc l'espace sonore avec des fortunes diverses. Le jeune ténor russe Dmitry Korchak n'est pas à la hauteur de la tâche dans le rôle de Nadir. Timbre clair (trop), technique insuffisante, manque d'engagement. Des rôles du baroque lui conviennent sans doute mieux, encore que les aigus soient souvent trop ouverts.

Le baryton français André Heyboer, lui, chante avec style, un beau timbre et une bonne prononciation. Le volume, dans cette salle aux dimensions pourtant tout à fait "humaines", est cependant un peu trop modeste.

Le bonheur de cette production vient, incontestablement de la perle venue de Bulgarie : Sonya Yoncheva. Jeune soprano au physique des plus agréables, elle parcourt cette partition avec une facilité déconcertante, son beau timbre se jouant des embûches, des vocalises, de la ligne, du style, des aigus...

Le tout est solide et ample et, pour le coup, on aimerait un collier tout entier... retenez son nom, je pense qu'on la reverra sur les scènes lyriques.

A noter dans vos tablettes que France Musique diffusera ce concert le 4 septembre prochain à 20 h 00.





dimanche 17 juin 2012

Ellene Masri au Sunset

Le célèbre club de la Rue des Lombards accueillait vendredi soir la très belle Ellene Masri, chanteuse au talent prometteur.

Si le physique de la belle brune au magnifique regard d'eau nous accroche dès le premier moment, ce n'est certes pas là son seul atout. Ellene Masri chante bien, très bien même et son timbre à la fois conquérant et doux nous charme tout au long des deux sets de son concert.

Les musiciens qui l'accompagnent sont très talentueux, surtout Benjamin Petit au saxophone et à la flûte traversière.

Ils ont interprèté l'ensemble des titres de l'album que vous trouverez bientôt dans les bacs.

De jeunes talents à suivre...

Du Lycée Henri IV à l'église Saint-Etienne-du-Mont

On ne rate pas l'opportunité de visiter un lieu habituellement fermé à la curiosité. J'ai donc suivi Agnès le long des cours et couloirs du très beau et vaste Lycée Henri IV à Paris.

A l'emplacement de l'actuelle rue Clovis - où se trouve situé l'entrée du Lycée - s'élevait l'ancienne abbatiale de l'Abbaye Sainte-Geneviève, instituée par Clovis et Clotilde en 502.

L'établissement d'enseignement actuel occupe ce qui subsiste des bâtiments des XIIème et XVIIIème siècles de l'Abbaye : l'ancien clocher - dit "Tour Clovis" aujourd'hui - surplombe l'ensemble, l'actuelle chapelle en était le réfectoire et les différentes bibliothèques du Lycée occupent une partie des bâtiments conventuels. Ceux-ci auraient d'ailleurs bien besoin d'être restaurés (plafonds, coupole et stucs...) ; sans doute les dons de mécènes généreux seraient-ils les bienvenus. Qu'on se le dise !



L'établissement accueille aujourd'hui près de 2500 élèves répartis entre le Collège et le Lycée + les classes Prépa. La moyenne de réussite au baccalauréat est spectaculaire puisqu'elle atteint 100 % presque tous les ans... !

De l'autre côté de la rue Clovis, s'élève l'église Saint-Etienne-du-Mont. La reconstruction de l'édifice d'origine s'impose au XVème siècle et les travaux de l'abside et du clocher sont ébauchés en 1494. Sa construction s'étalera jusqu'en 1626. Les Grandes Orgues sont installées en 1636 et une nouvelle chaire en 1651.




Le magnifique jubé - le seul subsistant dans une église parisienne - est construit entre 1530 et 1537. La première pierre de la façade est posée par Marguerite de Valois (la Reine Margot) en 1610.

L'église abrite la Châsse de Sainte-Geneviève, vide de ses restes brûlés sous la Révolution. On y trouve également les dépouilles de Pierre Perrault (le père du Conteur), du peintre Eustache Le Sueur, de Blaise Pascal, de Jean Racide et d'Isaac Lemaistre de Sacy.

La visite de cette église s'impose si vous sillonnez ce très ancien quartier de Paris.

samedi 16 juin 2012

Concert à Héricy


Il y a déjà une semaine, je suis allée assister au concert donné dans la très belle église du XIIIème, Sainte-Geneviève d'Héricy (Seine et Marne) par l'Orchestre Philharmonique du Pays de Fontainebleau et la Chorale "A Travers Chants" de Villiers sous Grez (toujours en Seine et Marne).

Le programme, entièrement consacré à Beethoven, nous offrait la Symphonie n° 3 dite "Héroïque". L'OPPF, emmené par la baguette énergique de son chef, Fabrice Fortin, nous a grattifiés d'une interprétation enlevée, aux accents tour à tour fougueux et mélodieux de la partition de L. Van Beethoven. Les tempi sont vifs et l'ensemble bien maîtrisé. Une belle performance pour cet orchestre dans les pupitres duquel on trouve des pro et des amateurs et qui ne répètent qu'une fois par semaine.

En seconde partie, le chef et l'orchestre, augmenté de la chorale "A Travers Chants" et d'un quatuor de chanteurs solistes, nous interprétaient "La Messe en Ut" op.86.

Jasmina Varallo, soprano, Pauline Leroy, mezzo-soprano, Florent Thioux, ténor et Jérémie Delvert, basse, ont mis tout leur talent au service de cette partition de Beethoven qui, dans toute son oeuvre n'a pas vraiment favorisé les voix.
Je salue l'excellente interprétation de l'ensemble choral, résultat du travail effectué sous la direction de son chef, Bernard Leroy.

Fabrice Fortin a, là encore, su mettre en évidence les qualités de ses musiciens, des chanteurs et des solistes dans l'exécution des cinq parties de cette oeuvre.

                                                                         Bravo à tous !

samedi 26 mai 2012

Barbara de Christian Petzold

Une fois n'est pas coutume et, même s'il n'est que le septième, l'art du cinéma a droit de citer dans ce blog.

Sur le conseil d'une amie, je suis allée voir le film "Barbara" du réalisateur allemand Christian Petzold qui s'est vu décerner l'Ours d'Argent 2012 du Meilleur Réalisateur à Berlin.

Quelque part dans l'Allemagne de l'Est en 1980, Barbara (merveilleuse Nina Hoss), prend ses fonctions obligées de médecin dans un hôpital perdu dans une province profonde.

On ne saura pas grand chose d'elle avant, sinon qu'elle sort de prison et que cette affectation est une punition. Mais son beau regard velouté et ses silences profonds nous en diront assez sur ses souffrances, ses humiliations et sa révolte grave.

De fait, l'action du film est traitée à minima durant cette heure trois quart. Mais de ces chemins de campagne balayés par le vent, des couloirs ternes et lugubres de l'hôpital, des étreintes ardentes avec son amant et des échanges muets avec "André" (R. Zehrfeld), le docteur en poste, ressort une atmosphère glaçante, grave et profonde.

Quant à la conclusion du film, une belle fin lumineuse et triste, elle touche notre âme et nous laisse tout aussi silencieux que la fascinante Barbara.

A voir ABSOLUMENT !

dimanche 20 mai 2012

Dietrich Fischer-Dieskau chez les Séraphins

Que l'incomparable baryton allemand, Dietrich Fischer-Dieskau ait choisi de rejoindre le choeur céleste en plein Printemps se révèle d'un romantisme achevé pour cet infatigable interprète du "Wintereisse" (Voyage d'Hiver). Mais pour nous, pauvres voyageurs orphelins, ce départ laisse un vide vertigineux et nous plonge dans une profonde tristesse.

Je renvois tous mes lecteurs vers les sites de la presse française et internationale (pour les multilingues) qui rend, unanimement, hommage au grand chanteur qui nous laisse, heureusement, une immense discographie des lieder de Schubert (dont il grava l'intégralité des 600 lieder), Schumann, Wolf, Mahler, Brahms...

Je ne vais pas prétendre à une parfaite connaissance de ce chanteur que je n'ai jamais eu le bonheur d'entendre en direct, ni de l'art du chant de la mélodie allemande dont il s'est fait une spécialité, même si sa longue vie d'interprète l'a mené également vers l'opéra avec des rôles comme Amfortas, Wolfram, Wotan chez Wagner, Posa, Rigoletto et Falstaff chez Verdi, le Comte Almaviva des Nozze de Mozart et si sa curiosité musicale et ses rencontres lui ont permis de créer, en 1962, le "War Requiem" de Britten ou de "Lear" de Aribert Raimann en 1978. Beaucoup de spécialistes se sont déjà penchés sur son talent et des hommages nombreux lui seront certainement rendus sur les ondes, sur France Musique au moins, par d'éminents musicologues.

Je ne vous parlerai que de l'émotion toujours provoquée par son timbre ambré et léger à la fois, de cette voix qui m'a traversée jusqu'au coeur, d'emblée, et s'est installée dans ma mémoire musicale pour toujours et de ce phrasé qui "disait" des mots très doux sur cette musique aux intonations tellement mélancoliques que j'en oubliais cette défiance indéfinissable et inexplicable que j'avais, à l'époque, du chant en langue allemande.

J'en suis immédiatement restée béate et à chaque fois, depuis, cette voix devenue "intime" éveille en moi le même émoi, le même bonheur.

Grâce lui soit rendue pour ce patrimoine discographique phénoménal qu'il nous laisse. Sa disparition nous peine mais ce témoignage sonore nous console et nous consolera longtemps encore, jusqu'à notre propre fin.

mercredi 16 mai 2012

EXPO BUREN au SOLEIL !

Je prends dix minutes pour revenir sur l'exposition Monumenta sous la Nef. Je l'ai revue ce jour avec alternance soleil et nuages. Rien à voir avec l'autre soir sans soleil.

Des détails comme la bordure délimitant très concrètement les cercles en ombre lorsqu'il y a soleil, le reflet des vitres de la verrière peintes en bleu, des contrastes beaucoup plus marqués, des couleurs beaucoup plus franches... Bref, pour bien en profiter, à voir sous un ciel changeant. Et en ce moment, c'est possible !!

dimanche 13 mai 2012

"Lettres Intimes" rend hommage à Camille Maurane

J'ai passé ce samedi après-midi dans la Maison ronde de l'Avenue Kennedy où, comme chaque fois, un public passionné et attentif était venu assister à l'enregistrement de "Lettres Intimes", l'émission de Stéphane Goldet.

Ce numéro fut consacré à Camille Maurane, magnifique baryton qui illumina la mélodie française et le rôle de Pelléas.

Quelques enregistrements du grand chanteur agrémentèrent les propos de Stéphane Goldet qu'illustrèrent le baryton Thomas van Essen qu'accompagnait Emmanuel Reibel au piano, par des mélodies de Fauré, Poulenc et Ravel ainsi que des extraits lyriques.


Emmanuel Reibel                                                                                         Thomas van Essen

Les premières amours de Thomas van Essen se portèrent sur la musique baroque. Il en garde l'émission propre à cette technique vocale, parfaite dans les opéras du XVIIIème siècle. Elle me gêne un peu dans la mélodie fin XIX ou début XXème. Mais le parallèle avec Camille Maurane se retrouve au croisement du phrasé et de l'excellente diction du chanteur.

"Lettres Intimes" le dimanche de 18 h à 21 h sur France Musique.

"Ludique et colorée, mais pas seulement..."

Monumenta accueille, cette année, "Excentrique(s), travail in situ", installation haute en couleurs du créateur français Daniel Buren.

La première impression et, pour certains peut-être la seule, est ludique. On est frappés, dès l'entrée sous la Nef du Grand Palais par ces cercles aux couleurs acidulées, de différentes tailles, soutenus par une forêt de poteaux noir et blanc de 8,7 cm, les rayures Buren !


L'ensemble est destiné à évoluer au gré de l'ensoleillement ou de l'éclairage (pour ceux qui choisiront une entrée nocturne) et c'est, sans doute, son principal attrait. Sauf que la majorité des visiteurs n'auront qu'un aperçu des multiples facettes possibles s'ils se restreignent à une seule visite...

Au centre, une clairière de miroirs au sol, ronds également, offre - comme lors de la réouverture de la Nef après travaux - le reflet admirable de cette architecture de fer et de verre.

Passez faire un tour sur la passerelle au-dessus de la Cafétéria pour une vue panoramique sur les cercles de couleurs. Au sommet du bâtiment, le drapeau tricolore a été remplacé par l'emblème bleue du créateur, à sa demande. L'avoir permis ne me choque aucunement ; je trouve simplement la démarche quelque peu prétentieuse.




Vous pourrez traverser l'ensemble en dix minutes ou flâner plus longtemps en cogitant sur les motivations de l'artiste. Attention toutefois à ne pas vous cogner dans les très nombreux poteaux ! Et munissez-vous d'un appareil photo si vous souhaitez garder un souvenir.

jeudi 26 avril 2012

La Walkyrie, version concert

Audacieuse, de la part du Théâtre des Champs Elysées, cette programmation un mardi en plein milieu des vacances de Pâques, de cette Walkyrie en version concert. Audacieuse mais réussie et fort heureuse car, à part quelques rares fauteuils vacants, la salle était pleine et le public, débarrassé des touristes, tout à fait concerné et concentré.


Côté scène, c'est la distribution (à peu de chose près) de la production de l'Opéra de Munich et son orchestre emmené par son chef Kent Nagano, qui nous transporta sur les cimes du Walhalla.

Curieusement, cet orchestre bavarois n'est pas excempt de critiques. Si l'on savoure la couleur de ses cordes (surtout les violoncelles et les contrebasses) et les belles sonorités de ses bois (cor anglais, hautbois et clarinette), les cuivres ne sonnent pas toujours très juste et manquent singulièrement de modulation. Ken Nagano a su insuffler une belle énergie au premier acte mais quelques décalages furent perceptibles au II et le tempo très lent du finale a ajouté à la rigidité des "adieux de Wotan". Cependant, sur l'ensemble de la partition, cette direction nerveuse et sèche, sans avoir la limpidité et la légèreté de celle de Jordan à l'ONP, nous emporte souvent dans ses volutes sonores dynamiques et colorées.

Débarrassée des contingences scéniques plus ou moins biscornues, fruit de l'intellect tortueux de quelques metteurs en scène, cette version concert nous ramène à l'essentiel : la musique et l'action. Et les chanteurs sauront, pour la plupart, restituer toute l'émotion que leur rôle requiert. Et vocalement, si la sensibilité de chacun des spectateurs n'a pas été touchée avec la même radiation, l'impression générale sera illustrée par les ovations enthousiastes qui saluèrent ce concert.

Pour ma part, voici crescendo, ce qui résulte de cette audition passionnée :

La chevauchée des huit soeurs de Brunnhilde - les Walkyries - ne restera pas dans les annales par cette interprétation sans nuance.

Lance Ryan n'est pas avare de décibels. Son Siegmund est "vert" et s'il ne manque certes pas de vaillance, son timbre acide et nasal ne convainc pas dans le "Chant du printemps", pas plus que dans le duo d'amour.

Duo d'amour où Anja Kampe - Sieglinde - ne fait qu'une bouchée du ténor. Sa voix est ample et la soprano séduit par la juste émotion qu'elle imprime à son personnage.

Davantage en adéquation, le Hunding terrifiant de Ain Anger qui projette glorieusement son timbre sombre et ample.

La rayonnante mezzo Michaela Schuster dose avec justesse les effets, tous les tourments de Fricka, tour à tour séductrice, jalouse, dépitée, colérique et malveillante, persuasive en tout cas. La voix est lyrique et dense, le chant très stylé.

Elle écrase de sa stature le Wotan de Thomas J. Mayer dont la voix n'est pas très percutante et manque de volume. Le timbre, un peu clair, est dénué de la profondeur nécessaire au personnage pour l'expression de sa puissance et de ses affects. Ses "Adieux" glissent sur nous sans nous attendrir, doublés par un orchestre trop lent et trop sonore à ce moment-là.


Reste celle que l'on attendait et qui n'a pas déçu. Nina Stemme est, actuellement, une des meilleures Brunnhilde. Les "appels d'entrée" sur lesquels trébuchent nombre de sopranos, parfaitement exécutés jusqu'à l'ut très sûr, le luxe du trille et le dernier ho relevé... c'est parfait !
Tout le chant est empreint d'un grand lyrisme, les phrases longuement portées dans l'ampleur du souffle, la limpidité des mots sans que les écarts de tessiture de la partition n'affectent le son toujours très coloré et souple. Son interprétation parait à certains comme rigide. J'y trouve, moi, la majesté et la vaillance de la guerrière avant qu'elle ne devienne l'amoureuse du Crépuscule. Elle sera celle-là en juillet prochain à Munich. Y déploiera-t-elle la tendre sensualité nécessaire ? A suivre...

samedi 21 avril 2012

Debussy à l'Orangerie


Un très "impressionnant" moment de peinture auquel il ne manque que le son !





Lorsque, comme Debussy (1862-1918), on "aime les images presque autant que la musique", on ne peut pas rater l'exposition "Debussy, la musique et les arts" actuellement présentée au Musée de l'Orangerie (jusqu'au 11 juin).

Parcourir cet espace, très bien mis en scène d'ailleurs, en admirant les oeuvres éblouissantes créées, en même temps que les compositions de Debussy, par Degas, Whistler, Turner, Odilon Redon, Camille Claudel... c'est partager un peu le foisonnement de cette aspiration à la légèreté, à la lumière, à l'impression des choses davantage qu'aux choses elles-mêmes. C'est avoir envie, comme ses amis, le peintre Henry Lerolle et le compositeur Ernest Chausson, de collectionner Vuillard, Eugène Carrière, Bonnard ou Maurice Denis.

C'est surfer sur "La Vague" de Hokusai, revue par Utamaro pour illustrer "La Mer" (non pas de Charles Trénet mais de Claude Debussy).


C'est rejoindre l'Antique avec les poèmes de Pierre Louÿs (Chansons de Bilitis) mis si joliment en musique par le compositeur ou passer "un après-midi avec un faune" (1894) que les pas du grand Vaslav Nijinski animeront si scandaleusement en 1912.



C'est traverser l'univers des préraphaélites en entendant "Pelléas et Mélisande" autre climat où la discrète simplicité l'emporte sur l'émotion déployée.








C'est s'emplir les yeux d'un rayonnement merveilleux en ayant en mémoire les morceaux les plus beaux de Debussy. Et comme la musique, en définitive, vous manquera, munissez-vous de votre baladeur sur lequel vous aurez enregistré vos passages favoris.





Le plaisir sera alors complet si en outre vous ajoutez avant ou après, et pourquoi pas en prélude ET en finale, un passage par les salles réservées aux "Nymphéas" pour vous gaver des bleus, des verts, des saules et des touches rosées. Il n'est pas de plus grand bonheur !!

mercredi 11 avril 2012

Des Halles au MET en passant par Le Louvre...

Encore beaucoup de choses vues et entendues depuis mon dernier article.

Je tiens à vous parler de Eliette Tardres qui rend hommage à "Notre Grande Mère" la Terre selon sa propre expression. Elle nous montre, à travers ses toiles, une terre tour à tour en failles, éclatée, en ébulition... le tout comme si nous le voyions depuis un satellite ou, pour le moins, depuis une fusée.
Des strates colorées, lumineuses ou au relief écorché, des camaïeux de bleu-vert ou de bruns dont la technique utilise le pastel, l'huile et l'acrylique mais aussi le papier, le sable, le tissu... "Mémoires de la Terre", à voir jusqu'au 14 avril à l'Institut de Physique du Globe, 1 rue Jussieu à Paris Vème.

Pour peupler les ravins de la Terre d'Eliette, on pourrait "lâcher" les toiles et sculptures de la "Beauté animale" actuellement exposées au Grand Palais. Je ne suis pas parvenue à m'extasier devant les oeuvres zoologiques de Dürer, Goya, Van Gogh, Rubens ou Géricault, pas plus que face aux rondeurs de "l'Ours blanc" de Pompon ou l'excentrique "Caniche" de Jeff Koons...

Tous ces grands noms ne suffisent pas à rendre attrayante cette exposition sur le thème duquel on aurait - il me semble - pu faire beaucoup mieux.

De l'autre côté du bâtiment, la file d'attente s'étire pour cet hommage rendu au célèbre photographe Helmut Newton qui. sévit longtemps à Paris. Deux cents clichés de celui qui révolutionna la photo de mode en se disant "voyeur professionnel". Les mannequins filiformes nus et habillés dans la même mise en scène, la mode Courrège et YSL des années 70/80. L'Art de la photographie à un haut niveau.


En photo toujours, rendez-vous aux Halles avec Robert Doisneau.
Cent cinquante clichés retracent une quarantaine d'années de l'atmosphère, la

vitalité, la gouaille au travers des "Forts des Halles", des légumes, de la viande ou des fleurs, des métiers, des passants, des cafés et des restos de ce quartier populaire. A l'Hôtel de Ville jusqu'au 28 avril. Entrée libre mais avec file d'attente !

Les critiques américains, puritains, ont beaucoup reproché le parti pris de Laurent Pelly de nous montrer une Manon avide de plaisirs faciles, sa futilité et l'argent obtenu grâce à son corps. Mais Manon est-elle autre chose, même si on pardonne tout à sa faiblesse car "par la beauté elle est Reine !" ?


Et moi, j'approuve totalement le metteur en scène et sa décoratrice Chantal Thomas qui ont créé une atmosphère un peu grise dans laquelle défilent les élégants costumes aux couleurs chatoyantes et sensuelles. Les maisons en trompe-l'oeil à échelle réduite, les rampes et escaliers, les lignes obliques et jeux d'échelle où l'on glisse... les contrastes jusque dans l'austérité de Saint-Sulpice où se déroule la scène torride de l'acte IV. C'est ce qui a le plus choqué le puritanisme
conservateur : le lit dans l'église. Mais par quel moyen Manon récupère-t-elle son amant de Chevallier si ce n'est par les sens ? Et dans la réalité, la luxure n'est-elle pas souvent proche de l'Autel ? On peut toujours se voiler la face mais la nature humaine demeure ce qu'elle est et j'approuve Laurent Pelly de l'avoir montrée ainsi.

Malgré quelques passages trop ralentis, la direction d'orchestre de Fabio Luisi est bonne. Côté chant, saluons la bonne prestation de Christophe Mortagne dans le rôle de Guillot de Mortefontaine. Plus tout jeune, son phrasé et sa diction parfaite, sa verve ont apporté la juste fantaisie qu'il fallait.


Le baryton David Pittsinger (issu de la comédie musicale) a fait forte impression dans le rôle du Comte des Grieux (père du Chevallier) et Bradley Garvin s'est bien défendu dans celui de Brétigny. Dans le cousin de Manon, Lescaut, le baryton Paulo Szot chante avec bravoure mais pas toujours avec raffinement ce personnage ambivalent et douteux.

Reste nos tourteraux : le ténor polonais Piotr Beczala possède une technique très sûre mais son chant manque d'élégance et de raffinement ; il force beaucoup dans la scène de St-Sulpice. Son timbre est d'une grande banalité mais force est de reconnaître qu'il fait tout !

Quant à la belle Anna Netrebko, quelques rondeurs ajoutées n'ont pas gâché sa beauté mais la voix s'aloudit quelque peu aussi... Il semble - à la lecture des critiques post première - qu'elle ait raté ses contre ré ce soir-là. Ce ne fut pas le cas lors de cette retransmission de samedi mais je pense qu'il va falloir qu'elle songe à évoluer vers un répertoire plus lourd (certains Verdi, Berlioz...) où la rondeur de sa voix et la belle chaleur de son timbre pourront s'épanouir bien mieux que dans ce rôle de Manon qui demande plus de légèreté, de l'agilité pour l'acte du "Cours la Reine" et une tessiture plus aérienne.


Qu'à cela ne tienne, la soprano débordait de sensualité, de passion et de séduction et malgré une prononciation approximative parfois, son timbre merveilleusement ambré nous ravit du premier au cinquière acte !



Mais assez d'égarements ! Revenons, après ce week end pascal à davantage de vertu.
Le musée du Louvre présente actuellement une magnifique exposition sur le dernier tableau de Léonard de Vinci "La Sainte-Anne". Outre la possibilité d'admirer l'oeuvre ultime du peintre, complètement restaurée, toutes les représentations de ce thème ponctuent les vingt années durant lesquelles le peintre a travaillé ce tableau, de ses dessins préparatoires "au carton de Londres" en passant par les nombreuses copies effectuées par les élèves de son atelier.


En détail également, les explication des travaux de la restauration du tableau. Sur ce même sujet, si vous ne les avez pas vues en direct, ARTE rediffuse les deux émissions consacrées au tableau et à son auteur le 14 avril à 2h55 "La vie cachée des oeuvres" et à 3h40 "Léonard de Vinci : la restauration du siècle". Si vous côtoyez Morphée à ces heures-là, branchez vos enregistreurs !