samedi 26 mai 2012

Barbara de Christian Petzold

Une fois n'est pas coutume et, même s'il n'est que le septième, l'art du cinéma a droit de citer dans ce blog.

Sur le conseil d'une amie, je suis allée voir le film "Barbara" du réalisateur allemand Christian Petzold qui s'est vu décerner l'Ours d'Argent 2012 du Meilleur Réalisateur à Berlin.

Quelque part dans l'Allemagne de l'Est en 1980, Barbara (merveilleuse Nina Hoss), prend ses fonctions obligées de médecin dans un hôpital perdu dans une province profonde.

On ne saura pas grand chose d'elle avant, sinon qu'elle sort de prison et que cette affectation est une punition. Mais son beau regard velouté et ses silences profonds nous en diront assez sur ses souffrances, ses humiliations et sa révolte grave.

De fait, l'action du film est traitée à minima durant cette heure trois quart. Mais de ces chemins de campagne balayés par le vent, des couloirs ternes et lugubres de l'hôpital, des étreintes ardentes avec son amant et des échanges muets avec "André" (R. Zehrfeld), le docteur en poste, ressort une atmosphère glaçante, grave et profonde.

Quant à la conclusion du film, une belle fin lumineuse et triste, elle touche notre âme et nous laisse tout aussi silencieux que la fascinante Barbara.

A voir ABSOLUMENT !

dimanche 20 mai 2012

Dietrich Fischer-Dieskau chez les Séraphins

Que l'incomparable baryton allemand, Dietrich Fischer-Dieskau ait choisi de rejoindre le choeur céleste en plein Printemps se révèle d'un romantisme achevé pour cet infatigable interprète du "Wintereisse" (Voyage d'Hiver). Mais pour nous, pauvres voyageurs orphelins, ce départ laisse un vide vertigineux et nous plonge dans une profonde tristesse.

Je renvois tous mes lecteurs vers les sites de la presse française et internationale (pour les multilingues) qui rend, unanimement, hommage au grand chanteur qui nous laisse, heureusement, une immense discographie des lieder de Schubert (dont il grava l'intégralité des 600 lieder), Schumann, Wolf, Mahler, Brahms...

Je ne vais pas prétendre à une parfaite connaissance de ce chanteur que je n'ai jamais eu le bonheur d'entendre en direct, ni de l'art du chant de la mélodie allemande dont il s'est fait une spécialité, même si sa longue vie d'interprète l'a mené également vers l'opéra avec des rôles comme Amfortas, Wolfram, Wotan chez Wagner, Posa, Rigoletto et Falstaff chez Verdi, le Comte Almaviva des Nozze de Mozart et si sa curiosité musicale et ses rencontres lui ont permis de créer, en 1962, le "War Requiem" de Britten ou de "Lear" de Aribert Raimann en 1978. Beaucoup de spécialistes se sont déjà penchés sur son talent et des hommages nombreux lui seront certainement rendus sur les ondes, sur France Musique au moins, par d'éminents musicologues.

Je ne vous parlerai que de l'émotion toujours provoquée par son timbre ambré et léger à la fois, de cette voix qui m'a traversée jusqu'au coeur, d'emblée, et s'est installée dans ma mémoire musicale pour toujours et de ce phrasé qui "disait" des mots très doux sur cette musique aux intonations tellement mélancoliques que j'en oubliais cette défiance indéfinissable et inexplicable que j'avais, à l'époque, du chant en langue allemande.

J'en suis immédiatement restée béate et à chaque fois, depuis, cette voix devenue "intime" éveille en moi le même émoi, le même bonheur.

Grâce lui soit rendue pour ce patrimoine discographique phénoménal qu'il nous laisse. Sa disparition nous peine mais ce témoignage sonore nous console et nous consolera longtemps encore, jusqu'à notre propre fin.

mercredi 16 mai 2012

EXPO BUREN au SOLEIL !

Je prends dix minutes pour revenir sur l'exposition Monumenta sous la Nef. Je l'ai revue ce jour avec alternance soleil et nuages. Rien à voir avec l'autre soir sans soleil.

Des détails comme la bordure délimitant très concrètement les cercles en ombre lorsqu'il y a soleil, le reflet des vitres de la verrière peintes en bleu, des contrastes beaucoup plus marqués, des couleurs beaucoup plus franches... Bref, pour bien en profiter, à voir sous un ciel changeant. Et en ce moment, c'est possible !!

dimanche 13 mai 2012

"Lettres Intimes" rend hommage à Camille Maurane

J'ai passé ce samedi après-midi dans la Maison ronde de l'Avenue Kennedy où, comme chaque fois, un public passionné et attentif était venu assister à l'enregistrement de "Lettres Intimes", l'émission de Stéphane Goldet.

Ce numéro fut consacré à Camille Maurane, magnifique baryton qui illumina la mélodie française et le rôle de Pelléas.

Quelques enregistrements du grand chanteur agrémentèrent les propos de Stéphane Goldet qu'illustrèrent le baryton Thomas van Essen qu'accompagnait Emmanuel Reibel au piano, par des mélodies de Fauré, Poulenc et Ravel ainsi que des extraits lyriques.


Emmanuel Reibel                                                                                         Thomas van Essen

Les premières amours de Thomas van Essen se portèrent sur la musique baroque. Il en garde l'émission propre à cette technique vocale, parfaite dans les opéras du XVIIIème siècle. Elle me gêne un peu dans la mélodie fin XIX ou début XXème. Mais le parallèle avec Camille Maurane se retrouve au croisement du phrasé et de l'excellente diction du chanteur.

"Lettres Intimes" le dimanche de 18 h à 21 h sur France Musique.

"Ludique et colorée, mais pas seulement..."

Monumenta accueille, cette année, "Excentrique(s), travail in situ", installation haute en couleurs du créateur français Daniel Buren.

La première impression et, pour certains peut-être la seule, est ludique. On est frappés, dès l'entrée sous la Nef du Grand Palais par ces cercles aux couleurs acidulées, de différentes tailles, soutenus par une forêt de poteaux noir et blanc de 8,7 cm, les rayures Buren !


L'ensemble est destiné à évoluer au gré de l'ensoleillement ou de l'éclairage (pour ceux qui choisiront une entrée nocturne) et c'est, sans doute, son principal attrait. Sauf que la majorité des visiteurs n'auront qu'un aperçu des multiples facettes possibles s'ils se restreignent à une seule visite...

Au centre, une clairière de miroirs au sol, ronds également, offre - comme lors de la réouverture de la Nef après travaux - le reflet admirable de cette architecture de fer et de verre.

Passez faire un tour sur la passerelle au-dessus de la Cafétéria pour une vue panoramique sur les cercles de couleurs. Au sommet du bâtiment, le drapeau tricolore a été remplacé par l'emblème bleue du créateur, à sa demande. L'avoir permis ne me choque aucunement ; je trouve simplement la démarche quelque peu prétentieuse.




Vous pourrez traverser l'ensemble en dix minutes ou flâner plus longtemps en cogitant sur les motivations de l'artiste. Attention toutefois à ne pas vous cogner dans les très nombreux poteaux ! Et munissez-vous d'un appareil photo si vous souhaitez garder un souvenir.

jeudi 26 avril 2012

La Walkyrie, version concert

Audacieuse, de la part du Théâtre des Champs Elysées, cette programmation un mardi en plein milieu des vacances de Pâques, de cette Walkyrie en version concert. Audacieuse mais réussie et fort heureuse car, à part quelques rares fauteuils vacants, la salle était pleine et le public, débarrassé des touristes, tout à fait concerné et concentré.


Côté scène, c'est la distribution (à peu de chose près) de la production de l'Opéra de Munich et son orchestre emmené par son chef Kent Nagano, qui nous transporta sur les cimes du Walhalla.

Curieusement, cet orchestre bavarois n'est pas excempt de critiques. Si l'on savoure la couleur de ses cordes (surtout les violoncelles et les contrebasses) et les belles sonorités de ses bois (cor anglais, hautbois et clarinette), les cuivres ne sonnent pas toujours très juste et manquent singulièrement de modulation. Ken Nagano a su insuffler une belle énergie au premier acte mais quelques décalages furent perceptibles au II et le tempo très lent du finale a ajouté à la rigidité des "adieux de Wotan". Cependant, sur l'ensemble de la partition, cette direction nerveuse et sèche, sans avoir la limpidité et la légèreté de celle de Jordan à l'ONP, nous emporte souvent dans ses volutes sonores dynamiques et colorées.

Débarrassée des contingences scéniques plus ou moins biscornues, fruit de l'intellect tortueux de quelques metteurs en scène, cette version concert nous ramène à l'essentiel : la musique et l'action. Et les chanteurs sauront, pour la plupart, restituer toute l'émotion que leur rôle requiert. Et vocalement, si la sensibilité de chacun des spectateurs n'a pas été touchée avec la même radiation, l'impression générale sera illustrée par les ovations enthousiastes qui saluèrent ce concert.

Pour ma part, voici crescendo, ce qui résulte de cette audition passionnée :

La chevauchée des huit soeurs de Brunnhilde - les Walkyries - ne restera pas dans les annales par cette interprétation sans nuance.

Lance Ryan n'est pas avare de décibels. Son Siegmund est "vert" et s'il ne manque certes pas de vaillance, son timbre acide et nasal ne convainc pas dans le "Chant du printemps", pas plus que dans le duo d'amour.

Duo d'amour où Anja Kampe - Sieglinde - ne fait qu'une bouchée du ténor. Sa voix est ample et la soprano séduit par la juste émotion qu'elle imprime à son personnage.

Davantage en adéquation, le Hunding terrifiant de Ain Anger qui projette glorieusement son timbre sombre et ample.

La rayonnante mezzo Michaela Schuster dose avec justesse les effets, tous les tourments de Fricka, tour à tour séductrice, jalouse, dépitée, colérique et malveillante, persuasive en tout cas. La voix est lyrique et dense, le chant très stylé.

Elle écrase de sa stature le Wotan de Thomas J. Mayer dont la voix n'est pas très percutante et manque de volume. Le timbre, un peu clair, est dénué de la profondeur nécessaire au personnage pour l'expression de sa puissance et de ses affects. Ses "Adieux" glissent sur nous sans nous attendrir, doublés par un orchestre trop lent et trop sonore à ce moment-là.


Reste celle que l'on attendait et qui n'a pas déçu. Nina Stemme est, actuellement, une des meilleures Brunnhilde. Les "appels d'entrée" sur lesquels trébuchent nombre de sopranos, parfaitement exécutés jusqu'à l'ut très sûr, le luxe du trille et le dernier ho relevé... c'est parfait !
Tout le chant est empreint d'un grand lyrisme, les phrases longuement portées dans l'ampleur du souffle, la limpidité des mots sans que les écarts de tessiture de la partition n'affectent le son toujours très coloré et souple. Son interprétation parait à certains comme rigide. J'y trouve, moi, la majesté et la vaillance de la guerrière avant qu'elle ne devienne l'amoureuse du Crépuscule. Elle sera celle-là en juillet prochain à Munich. Y déploiera-t-elle la tendre sensualité nécessaire ? A suivre...

samedi 21 avril 2012

Debussy à l'Orangerie


Un très "impressionnant" moment de peinture auquel il ne manque que le son !





Lorsque, comme Debussy (1862-1918), on "aime les images presque autant que la musique", on ne peut pas rater l'exposition "Debussy, la musique et les arts" actuellement présentée au Musée de l'Orangerie (jusqu'au 11 juin).

Parcourir cet espace, très bien mis en scène d'ailleurs, en admirant les oeuvres éblouissantes créées, en même temps que les compositions de Debussy, par Degas, Whistler, Turner, Odilon Redon, Camille Claudel... c'est partager un peu le foisonnement de cette aspiration à la légèreté, à la lumière, à l'impression des choses davantage qu'aux choses elles-mêmes. C'est avoir envie, comme ses amis, le peintre Henry Lerolle et le compositeur Ernest Chausson, de collectionner Vuillard, Eugène Carrière, Bonnard ou Maurice Denis.

C'est surfer sur "La Vague" de Hokusai, revue par Utamaro pour illustrer "La Mer" (non pas de Charles Trénet mais de Claude Debussy).


C'est rejoindre l'Antique avec les poèmes de Pierre Louÿs (Chansons de Bilitis) mis si joliment en musique par le compositeur ou passer "un après-midi avec un faune" (1894) que les pas du grand Vaslav Nijinski animeront si scandaleusement en 1912.



C'est traverser l'univers des préraphaélites en entendant "Pelléas et Mélisande" autre climat où la discrète simplicité l'emporte sur l'émotion déployée.








C'est s'emplir les yeux d'un rayonnement merveilleux en ayant en mémoire les morceaux les plus beaux de Debussy. Et comme la musique, en définitive, vous manquera, munissez-vous de votre baladeur sur lequel vous aurez enregistré vos passages favoris.





Le plaisir sera alors complet si en outre vous ajoutez avant ou après, et pourquoi pas en prélude ET en finale, un passage par les salles réservées aux "Nymphéas" pour vous gaver des bleus, des verts, des saules et des touches rosées. Il n'est pas de plus grand bonheur !!

mercredi 11 avril 2012

Des Halles au MET en passant par Le Louvre...

Encore beaucoup de choses vues et entendues depuis mon dernier article.

Je tiens à vous parler de Eliette Tardres qui rend hommage à "Notre Grande Mère" la Terre selon sa propre expression. Elle nous montre, à travers ses toiles, une terre tour à tour en failles, éclatée, en ébulition... le tout comme si nous le voyions depuis un satellite ou, pour le moins, depuis une fusée.
Des strates colorées, lumineuses ou au relief écorché, des camaïeux de bleu-vert ou de bruns dont la technique utilise le pastel, l'huile et l'acrylique mais aussi le papier, le sable, le tissu... "Mémoires de la Terre", à voir jusqu'au 14 avril à l'Institut de Physique du Globe, 1 rue Jussieu à Paris Vème.

Pour peupler les ravins de la Terre d'Eliette, on pourrait "lâcher" les toiles et sculptures de la "Beauté animale" actuellement exposées au Grand Palais. Je ne suis pas parvenue à m'extasier devant les oeuvres zoologiques de Dürer, Goya, Van Gogh, Rubens ou Géricault, pas plus que face aux rondeurs de "l'Ours blanc" de Pompon ou l'excentrique "Caniche" de Jeff Koons...

Tous ces grands noms ne suffisent pas à rendre attrayante cette exposition sur le thème duquel on aurait - il me semble - pu faire beaucoup mieux.

De l'autre côté du bâtiment, la file d'attente s'étire pour cet hommage rendu au célèbre photographe Helmut Newton qui. sévit longtemps à Paris. Deux cents clichés de celui qui révolutionna la photo de mode en se disant "voyeur professionnel". Les mannequins filiformes nus et habillés dans la même mise en scène, la mode Courrège et YSL des années 70/80. L'Art de la photographie à un haut niveau.


En photo toujours, rendez-vous aux Halles avec Robert Doisneau.
Cent cinquante clichés retracent une quarantaine d'années de l'atmosphère, la

vitalité, la gouaille au travers des "Forts des Halles", des légumes, de la viande ou des fleurs, des métiers, des passants, des cafés et des restos de ce quartier populaire. A l'Hôtel de Ville jusqu'au 28 avril. Entrée libre mais avec file d'attente !

Les critiques américains, puritains, ont beaucoup reproché le parti pris de Laurent Pelly de nous montrer une Manon avide de plaisirs faciles, sa futilité et l'argent obtenu grâce à son corps. Mais Manon est-elle autre chose, même si on pardonne tout à sa faiblesse car "par la beauté elle est Reine !" ?


Et moi, j'approuve totalement le metteur en scène et sa décoratrice Chantal Thomas qui ont créé une atmosphère un peu grise dans laquelle défilent les élégants costumes aux couleurs chatoyantes et sensuelles. Les maisons en trompe-l'oeil à échelle réduite, les rampes et escaliers, les lignes obliques et jeux d'échelle où l'on glisse... les contrastes jusque dans l'austérité de Saint-Sulpice où se déroule la scène torride de l'acte IV. C'est ce qui a le plus choqué le puritanisme
conservateur : le lit dans l'église. Mais par quel moyen Manon récupère-t-elle son amant de Chevallier si ce n'est par les sens ? Et dans la réalité, la luxure n'est-elle pas souvent proche de l'Autel ? On peut toujours se voiler la face mais la nature humaine demeure ce qu'elle est et j'approuve Laurent Pelly de l'avoir montrée ainsi.

Malgré quelques passages trop ralentis, la direction d'orchestre de Fabio Luisi est bonne. Côté chant, saluons la bonne prestation de Christophe Mortagne dans le rôle de Guillot de Mortefontaine. Plus tout jeune, son phrasé et sa diction parfaite, sa verve ont apporté la juste fantaisie qu'il fallait.


Le baryton David Pittsinger (issu de la comédie musicale) a fait forte impression dans le rôle du Comte des Grieux (père du Chevallier) et Bradley Garvin s'est bien défendu dans celui de Brétigny. Dans le cousin de Manon, Lescaut, le baryton Paulo Szot chante avec bravoure mais pas toujours avec raffinement ce personnage ambivalent et douteux.

Reste nos tourteraux : le ténor polonais Piotr Beczala possède une technique très sûre mais son chant manque d'élégance et de raffinement ; il force beaucoup dans la scène de St-Sulpice. Son timbre est d'une grande banalité mais force est de reconnaître qu'il fait tout !

Quant à la belle Anna Netrebko, quelques rondeurs ajoutées n'ont pas gâché sa beauté mais la voix s'aloudit quelque peu aussi... Il semble - à la lecture des critiques post première - qu'elle ait raté ses contre ré ce soir-là. Ce ne fut pas le cas lors de cette retransmission de samedi mais je pense qu'il va falloir qu'elle songe à évoluer vers un répertoire plus lourd (certains Verdi, Berlioz...) où la rondeur de sa voix et la belle chaleur de son timbre pourront s'épanouir bien mieux que dans ce rôle de Manon qui demande plus de légèreté, de l'agilité pour l'acte du "Cours la Reine" et une tessiture plus aérienne.


Qu'à cela ne tienne, la soprano débordait de sensualité, de passion et de séduction et malgré une prononciation approximative parfois, son timbre merveilleusement ambré nous ravit du premier au cinquière acte !



Mais assez d'égarements ! Revenons, après ce week end pascal à davantage de vertu.
Le musée du Louvre présente actuellement une magnifique exposition sur le dernier tableau de Léonard de Vinci "La Sainte-Anne". Outre la possibilité d'admirer l'oeuvre ultime du peintre, complètement restaurée, toutes les représentations de ce thème ponctuent les vingt années durant lesquelles le peintre a travaillé ce tableau, de ses dessins préparatoires "au carton de Londres" en passant par les nombreuses copies effectuées par les élèves de son atelier.


En détail également, les explication des travaux de la restauration du tableau. Sur ce même sujet, si vous ne les avez pas vues en direct, ARTE rediffuse les deux émissions consacrées au tableau et à son auteur le 14 avril à 2h55 "La vie cachée des oeuvres" et à 3h40 "Léonard de Vinci : la restauration du siècle". Si vous côtoyez Morphée à ces heures-là, branchez vos enregistreurs !

mardi 27 mars 2012

Des doubles, une Veuve, un atelier, des miniatures et La Loingtaine...

I - Miniatures Flamandes 1404-1482


La BNF (site F. Mitterrand) propose, jusqu'au 10 juin, une très importante et très belle exposition sur les maniatures flamandes du XVème siècle.
Les manuscrits sont produits sous Jean-sans-Peur, Philippe le Bon et Charles le Téméraire, les ducs de Bourgogne qui ont alors la main sur les anciens Pays-Bas méridionaux. Les foyers artistiques se situent en Flandre, Artois, Hainaut et Brabant. Les manuscrits enluminés voient le jour à Bruges, Gand, Anvers ou Bruxelles mais aussi à Hesdin, Lille et Valenciennes. L'héritage est donc commun à la France et à la Belgique, et les fonds sont partagés entre la Bibliothèque royale de Belgique et la Bibliothèque nationale de France.

De la "Vie de Catherine d'Alexandrie" aux livres de chasse en passant par les
épopées chevaleresques et les romans courtois, le meilleur de la production des meilleurs enlumineurs du moment est proposé à nos yeux émerveillés. En effet, la Cour des Ducs de Bourgogne passera des commandes tout au long du XVème siècle et les plus grands enlumineurs de l'époque produiront des manuscrits fabuleux de créativité et de richesse, des ateliers d'où sortiront des oeuvres collectives ou des techniques particulières comme la "grisaille".


La plupart des pages présentées datent pour l'essentiel des années 1404 à 1477 (année de la mort de Charles le Téméraire), les plus belles et les plus intéressantes. Après 1480, cet art dégénère rapidement, les lavis bleus ou verts meublent l'espace et le dessin devient moins précis et bien moins détaillé. Personnellement, les miniatures tardives me captivent moins. Le relais est pris par les peintres primitifs flamands entre autres, qui s'inspireront des enlumineurs.

II - La Veuve Joyeuse - Opéra Garnier le 22 mars

Après tout ce sérieux, je filai m'encanailler à l'Opéra Garnier en assistant à "La Veuve Joyeuse" de Franz Lehar. Enfin, m'encanailler, c'est beaucoup dire car la production de Jorge Lavelli (reprise) n'offre pas trop l'occasion de s'esclaffer.

La légèreté a pris du plomb dans ce grand décor abstrait et grandiloquent et ces éclairages à contre-jour qui assombrissent le devant de la scène, là où chantent les interprètes qui se trouve à l'ombre d'une lumière blafarde bien tristounette. On est loin de la fantaisie débridée d'un Pelly (oui. Encore !)

La direction d'Asher Fisch est plan-plan et la belle voix de Susan Graham a du mal, elle aussi, à alléger son chant. Alors, bien sûr, c'est très beau mais il faut bien reconnaître qu'il ne se passe pas grand chose.


En revanche, Bo Skovhus campe un Danilo virevoltant, soutenu par un beau timbre à la diction parfaite. Un vrai séducteur d'opérette !

Ana Maria Labin, Daniel Behle, Franois Piolino, Franz Mazura, Claudia Galli composent une distribution honnête et homogène. Harald Serafin n'arrive plus à chanter mais à plus de 80 ans on lui reconnaît l'interprétation scénique d'un Baron Mirko désopilant.


Seul le magnifique can-can final réussira à réveiller la salle et à nous ramener dans l'atmosphère de l'opérette ! ça c'est Paris !!

III - A Paris toujours, en plein centre, le Centre Pompidou nous entraîne, jusqu'au 18 juin, dans l'univers de Henri Matisse au travers de ses "paires et séries".


Quelques-uns des tableaux les plus connus, faits et refaits par l'artiste en deux, trois ou quatre exemplaires (voire +). Le doute, la remise en cause, l'exploration de la peinture elle-même, nous sont proposés dans toutes leurs variantes : le cadre, le dessin, la touche ou les couleurs. Une même idée plusieurs fois exprimée. L'occasion pour ceux qui ne connaissent pas de s'imprégner du cheminement du peintre. Pour les autres,le plaisir de voir ou revoir le même tableau confronté à ses doubles


IV - A ceux qui, comme moi, n'y étaient jamais entré, l'Atelier Brancusi présenté sur la Piazza du Centre (côté Rambuteau), libre d'accès, vous permettra de voir le leg fait à l'Etat Français par Constantin Brancusi, de l'intégralité de son atelier avec tout le contenu, sous réserve de le reconstituer tel qu'il se présentera le jour de son décès.

Une intéressante visite en quatre parties où sont disposées les oeuvres, les matériaux et les outils, dans l'atmosphère du créateur. Indépendamment ou en complément d'une visite au Centre Pompidou, un moment hors du temps dont l'accès, je le répète, est libre... !

V - Enfin, par ce superbe soleil printanier, c'est sur les bords du Loing et en lisière de la Forêt de Fontainebleau que je me suis rendue pour un concert à "La Loingtaine".

Le programme initial a été fortement bousculé par la défection du pianiste Alexander Taylor, malade.
Les deux jeunes solistes - Sander Geerts, alto et Yasuko Takahashi, piano - débarqués du Thalis après un concert le matin même à Bruxelles, juste quelques minutes avant le concert, nous ont joué une pièce de de Falla pour alto et piano et une oeuvre d'un compositeur belge dont je vous communiquerai le nom dès que les organisateurs nous l'auront indiqué. Ces deux oeuvres remplaçaient celles prévues initialement par le trio maison (Aki Saulière, violon, Raphael Bell, violoncelle et Alexandre Taylor, piano) à savoir le Scherzo de la sonate F-A-E pour violon et piano et la Sonate de Franck en la majeur pour violon et piano également.

Si l'on peut regretter le contretemps, je tiens à saluer le professionnalisme et les risques pris par les deux musiciens qui nous ont interprété deux oeuvres difficiles dans des conditions particulièrement périlleuses : arrivés sur les lieux dix minutes avant le début du concert pour jouer, dans une ambiance certe conviviale, mais dans une salle qu'ils ne connaissaient peut-être pas, même si elle est de petite taille.

En seconde partie, nous avons eu droit à une triple performance. La jeune pianiste Yasuko Takahashi, après seulement une petite demie-heure de répétition, jouait la réduction d'orchestre pour piano du Concerto pour violon et violoncelle de Brahms dont, vraisemblablement, elle découvrait la partition. C'est avec applomb et beaucoup de brio qu'lle a accompagné les deux solistes. La performance de ces derniers tient dans la première audition publique qu'ils donnaient de ce Concerto, avec une accompagnatrice de secours et après tous le stress qu'ont dû engendrer les avatars de la recherche d'artistes libres et compétents dans les dernières heures d'avant-concert et de leur acheminement
C'est néanmoins avec beaucoup de talent et de style, de musicalité et d'engagement que Aki Saulière et Raphaël Bell nous ont offert cette interprétation de ce Concerto..


Nous avons quitté ce lieu enchanteur dans la douceur de cette soirée ensoleillée.

dimanche 18 mars 2012

Pêle-mêle artistique

Des émotions artistiques diverses ont émaillé ces derniers jours ; en voici le récit.

Je commence par la plus récente, un merveilleux moment de musique pure, vécu lors de l'enregistrement, à Radio-France, de l'émission de Stéphane Goldet "Lettres Intimes".
La partie concert à laquelle nous assistions, mettait en miroir les quintettes pour clarinette et quatuor à cordes de W.A. Mozart et de J. Brahms, deux oeuvres majeures du répertoire.

Dans l'ambiance à la fois feutrée et fervente du Studio 106, les musiciennes du Quatuor Ardeo, plus talentueuses et plus jolies les unes que les autres (voir site avec le lien) et le jeune clarinettiste suisse Reto Bieri, nous ont offert une interprétation exceptionnelle de ces deux monuments que sont le Quintette K581 en la Majeur de Mozart et celui de Brahms op115.

Ces oeuvres sont, pour les deux compositeurs et à un siècle de distance (1789 - 1891), le résultat de leur rencontre avec un clarinettiste et de leur coup de foudre pour les sonorités de cet instrument. Chez Mozart, le catalogue est presque achevé et Brahms pensait sa veine créatrice tarie. Les similitudes ne s'arrêtent pas là car Brahms, fervent admirateur du Quintette de Mozart, cherchera à reproduire une atmosphère équivalente avec une composition de son époque.

Voilà pour l'essentiel sur les oeuvres ; vous en apprendrez beaucoup plus en écoutant l'émission des "Lettres Intimes" du dimanche 1er avril (18 h - 21 h) sur France Musique.

Pour en revenir aux interprètes, leur installation en arc de cercle avec, en son centre, le clarinettiste, a favorisé une osmose entre les instruments et entre les musiciens quasi divine. Alliée à leur talent, cette disposition leur a permis d'exposer toutes les palettes de nuances tour à tour joyeuses, facétieuses, tendres et charmeuses, douces et graves, optimistes et enlevées dans le Mozart. J'ai, pour ma part, été tellement touchée par les modulations de Reto Bieri dans la sublime cantilène du Larghetto que des larmes ont perlé à mes paupières.

Tout aussi riche fut l'interprétation du Brahms : dans l'Allegro, une succession d'exposés divers tourne autour du motif d'entrée. L'Adagio est un "Chant d'amour" que le son moelleux de la clarinette de Reto Bieri a développé en prenant des risques inouïs sur des modulations filées d'un extrême pianissimo ; j'étais en apnée ! Les deux mouvements suivants nous ont offert des variations furtives, menant mon esprit d'une idée à l'autre tour à tour pressée, fiévreuse ou nocturne pour finir. Un enchantement que je vous souhaite de ressentir lorsque vous écouterez l'émission en direct le 1er avril ou, en différé pendant un mois, sur le site de France Musique.

Difficile, après le sublime, de narrer l'à-peu-près ; encore que le moins bon soit nécessaire pour que nous reconnaissions le sublime...

L'Opéra Comique faisait "son Cinéma" le 10 mars dernier. Sur une idée (plutôt bonne) et une présentation (plutôt dynamique) de
Benoît Duteurtre, l'histoire de l'Opéra Comique défilait sur l'écran au gré des extraits de films (muets le plus souvent) illustrant le propos. Quelques airs sortis de derrière les fagots et chantés par Clémence Barrabé (soprano), Julien Dran (ténor) et Lionel Peintre (baryton) ponctuaient le tout avec plus ou moins de bonheur. La première partie fut plaisante. La seconde, une fois passée l'intervention savoureuse de Gabriel Bacquier (baryton)
qui fit les belles heures de cette scène, manqua furieusement d'intérêt et, surtout, "zappa" les années entre 1954 et 1968 comme si rien ne s'était plus déroulé dans la Salle Favart. Or, c'est à cette époque et dans ce lieu bénit que je découvris l'opéra et que presque chaque soir j'allais écouter, dans le désordre : Mady Mesplé, Michel Dens, Jean-Pierre Laffage, Monique Depondeau, Yves Bisson, Michèle Herbé, Christiane Castelli, Suzanne Sarroca, Andrée Esposito, Rita Gorr, Jacques Mars, Denise Monteil, Alain Vanzo, Albert Lance, Robert Massart, Eliane Manchet, Marie-Luce Bellary, Jane Rhodes, Christiane Eda-Pierre, Christiane Stutzmann, Michel Sénéchal... En même temps, Maurice André jouait trompette solo dans la fosse et cette scène voyait la création en France d'oeuvres comme : Zoroastre (Rameau), l'Ange de Feu (Prokofiev), la Fille du Far-West (Puccini), Lulu (Berg), etc... Bref, espérons que la prochaine édition de cette série reviendra sur cette période trop vite éludée ce 10 mars et qui remplissait la salle à 80 %, pourcentage supérieur à celui de la Comédie Française à la même époque. Le "zapping" m'est resté sur l'estomac !

Sinon, grâce à la générosité d'une amie, j'ai participé à l'inauguration de la nouvelle exposition du Musée d'Orsay : Degas et le nu. Très intéressant parcours sur "le corps comme inspiration" dans l'oeuvre du peintre, qui nous rappelle qu'il ne s'est pas intéressé qu'aux petites danseuses et qu'il a, au fil des années, enrichi sa palette (surtout ses craies à pastel) de tons surprenants, nuancés et chatoyants. Beaucoup de dessins d'études et préparations de belle qualité. Musée d'Orsay jusqu'au 1er juillet.

Enfin, le 15 mars, l'Atelier Lyrique de l'ONP nous proposait un hommage à Jules Massenet en un concert à Garnier. L'Atelier Lyrique accueille de jeunes chanteurs (25-30 ans environ) en fin de cursus. Ils sont mi-élèves/mi-professionnels et l'Atelier Lyrique leur apporte un perfectionnement, en particulier sur le chant français.

Les ouvrages choisis et la qualité des chanteurs ont présenté un intérêt variable. Pour ma part, j'ai retenu deux excellents barytons :

- le français Florian Semper qui a interprété l'air de Lescaut (Manon, acte III) avec vaillance, une voix bien timbrée et beaucoup de style.

- le polonais Michal Partyka doté d'un très beau timbre alié à un legato impeccable, des aigus vaillants et bien placés. Il a interprété, avec beaucoup de style, l'air d'Hérode (Hérodiade, acte II)


ainsi qu'une excellente mezzo-soprano française, Mariane Crebassa
qui s'est illustrée dans le rôle du Prince (Cendrillon, acte III) avec beaucoup de style, une belle ligne de chant et de beaux aigus bien timbrés.


Pour Cyrille Dubois, ténor français au volume un peu restreint, je relève les qualités suivantes : un beau style, une belle vaillance, un engagement scénique certain et un aigu sans faille dans l'air de Lentulus (Roma, acte III).

Une semaine écoulée en grande partie sous le soleil printanier et qui, bien que terminée sous la pluie, fut ensoleillée par les Quintettes avec clarinette de Mozart et de Brahms !