jeudi 14 février 2013

L'Or du Rhin - Opéra Bastille

Représentation du 7 février 2013
Direction musicale : Philippe Jordan - Orchestre de l'Opéra National de Paris
Mise en scène : Günter Krämer - Lumières : Diego Leetz

Egil Silins : Wotan
Samuel Youn : Donner
Bernard Richter : Froh
Kim Begley : Loge
Lars Woldt : Fasolt
Günther Groissböck : Fafner
Peter Sidhom : Alberich
Wolfgang Ablinger-Sperrhacke : Mime
Sophie Koch : Fricka
Edith Haller : Freia
Qiu Lin Zhang : Erda
Caroline Stein : Woglinde
Louise Callinan : Wellgunde
Wiebke Lehmkuhl : Flosshilde

Pour la reprise de cette production du Ring - année Wagner oblige ! - il convient de reconnaître que les quelques allègements apportés par Günter Krämer à sa mise en scène, en font un prologue tout à fait convaincant. 

Car même s'il subsiste des scories, entre autres les gesticulations bruyantes des "Forces spéciales" et des "manifestants brandissant les drapeaux rouges", la cohésion de l'ensemble apparaît plus clairement et l'exposition des faits et des thèmes s'en trouve, dans sa simplicité, facilement déchiffrable. 


Nappées dans les superbes éclairages de Diégo Leetz, les scènes du Rhin et du Nibelheim rehaussent les moments moins aboutis que sont l'entrée en scène des dieux et la montée au Walhalla.

Dans la fosse, l'orchestre emmené par Philippe Jordan a conservé cette clarté, cette élégance et ce très beau phrasé des saisons passées, tout en gagnant en maturité.

Côté chanteurs, un plateau assez homogène, toutefois dominé par la très grande qualité vocale de Sophie Koch en Fricka, que j'ai hâte d'entendre dans Walkyrie puisque, là, elle sera présente également dans la première journée. Noblesse du timbre, élégance du chant, ampleur, tout y est.



Saluons également la performance de Kim Begley dans Loge, véritable meneur de jeu, manipulateur, dont le timbre particulier convient superbement dans ce rôle à la fois essentiel et soumis.

Peter Sidhom est repoussant de noirceur dans Alberich, Nibelung qui choisit la puissance à l'amour et dont la déchéance ne rend pas plus sympathique le personnage. Vocalement, je l'ai trouvé moins en verve qu'à la première vision, mais il sait tirer parti de ses moyens.

La jolie voix de Edith Haller, à la belle puissance, revêt et conforte Freia qui illumine les dieux en leur conférant leur éternelle jeunesse.

Par contre, Egils Silins ne parvient pas vocalement, malgré sa belle prestance, à s'imposer comme on le souhaiterait, dans cette distribution. Le timbre trop clair, la puissance limitée contribuent à ce manque d'envergure assez frustrant. Il conviendra, s'il doit être le Wotan de Walkyrie, qu'il soit infiniment plus incisif pour être convaincant.

A suivre donc... le 6 mars prochain !

vendredi 8 février 2013

Yuja Wang et Prokofiev

Yuja Wang à New York

Pour ce concert - et celui du lendemain - l'Orchestre de Paris s'offrait une cure de rajeunissement en confiant sa direction à Juraj Valcuha, jeune chef slovaque de trente-sept ans très prometteur, et le clavier de son Steinway à la très jeune et très jolie (mais pas seulement) pianiste chinoise Yuja Wang, vingt-cinq ans.

Entre "Les Danses de Galànta", tourbillonnantes danses du folklore slovaque, orchestrées par Zoltan Kodàly (1882-1967) (prononcer Kodaï), enlevées et joyeuses avec ce fond de mélancolie propre aux sonorités tziganes et les trois tonitruants mouvements de "La Petite Sirène" de Alexander von Zemlinsky (1871-1942) qui a perdu toute grâce dans la trop grande masse orchestrale de cette pièce, le charme de cette soirée est venu de l'interprétation du "Second Concerto pour piano" de Serge Prokofiev (1891-1953) que nous a offerte cette très séduisante et radieuse musicienne chinoise.

Silhouette longue à l'aspect délié, la jeune pianiste délivre dans son jeu une vigueur, une spontanéité, une force insoupçonnée en même temps qu'une virtuosité, un engagement de toute sa personne et dégage une force intérieure d'une belle intensité dans cette oeuvre qui ne laisse pas de place à la rêverie mais fait appel à toute la vitalité de l'interprète.

Depuis ma place élevée, ses deux grands bras nus se mouvant d'un bout à l'autre du clavier faisaient penser à deux ailes d'albatros en plein envol. Quant aux mains, elles prenaient à certains passages l'apparence de multiples feux follets dansant sur les touches ou, à d'autres accords martelés, s'abattaient, pleines de fougue et de vigueur, en accords lourds de sens et d'intensité.

Rien ne m'a jamais paru superflu dans son jeu. Son corps, sa tête, tout exprimait l'emballement dramatique déchaîné et ébouriffant de ce concerto de Prokofiev, oeuvre déjà très moderne.


Assurément, une artiste de grand talent, une pianiste très brillante à suivre car on en entendra encore parler !

Folle... ou pas... de Chaillot

La pièce de Jean Giraudoux, La Folle de Chaillot, colle - et collera sans doute longtemps encore malheureusement - à l'actualité. On rêve du moment où ce texte ne rappellera plus rien à personne... La troupe des dix-huit personnages nous en transmet le message avec un grand sens du texte.

La Folle de Chaillot - Comédie des C. Elysées


Sur la scène de la Comédie des Champs Elysées, les décors de Bernard Fau (le café "Chez Francis" élevé sous les toits de l'Alma et le sous-sol parisien encombré d'une lourde tuyauterie et d'escaliers) possèdent à la fois toute la dure réalité des lieux et leur suggestive poésie.

La Folle de Chaillot - Comédie des C. Elysées



La matérialité des costumes (Pascale Bordet) ne laisse aucune place au doute quant à l'état de chacun dans l'action : les profiteurs en costume sombre, tous les autres colorés et farfelus, à la limite de la "charge".




Tout le monde, parfaitement dirigé par Didier Long, tient parfaitement son emploi et sert très bien son personnage.

Anny Dupérey -
Folle de Chaillot - Février 2013

Quant aux deux principaux : le Chiffonnier de Dominique Pinon et la Contesse Aurélie (La Folle) de Anny Dupérey, ils sont incroyablement campés. La voix particulière - aiguë et éraillée - de Pinon s'oppose au beau timbre très posé de Dupérey. Et cette dernière parvient à donner tout le poids souhaité à "La Folle" sans jamais sombrer dans le ridicule ni l'exagération que son immense chignon roux-orange et son maquillage digne d'un portrait de Van Dongen pouvait le faire craindre de prime abord.

Cheveux chéris...

Les cheveux... y pensez-vous vraiment en brossant les vôtres le matin devant votre glace ? Oui, sans doute si vous avez la chance, contrairement à moi, d'être doté par la nature d'une belle chevelure épaisse, bouclée ou bien lisse et dont les reflets blonds, bruns, châtains ou roux scintillent sous le moindre rayon lumineux.



Et vous êtes-vous déjà extasié à la vue d'une savante coiffure nattée aux dessins géométriques parfaitement réguliers ? Moi oui car c'est très artistique. Et si l'évocation et un parcours au long de toute l'histoire du cheveux vous tente, rendez-vous au Musée du Quai Branly pour l'exposition "Cheveux chéris - Frivolités et Trophées".

Après l'entrée en matière de chaque côté de laquelle s'affrontent les "Têtes Noires" de Charles Cordier, si intensément expressives, et les têtes blanches meringuées des XVIIIème et XIXème siècles, si élégamment raffinées, vous traverserez tout à tour le monde occidental et ses codes de mode au travers des stars du Showbiz (entre autres deux magnifiques portraits d'Ava et de Gina rivalisent de sensualité et de beauté affrontée)


et les civilisations lointaines où les rites religieux ou guerriers ont gardé longtemps toute la symbolique du cheveux, de la chevelure comme trophée essentiel à la panoplie de l'homme aguerri.


Entre les deux, on aura rasé des malheureuses au nom de la trahison et d'autres se seront parés d'objets colorés et légers dans un grand souci d'esthétique.



Un seul regret : il manque à cette exposition un portrait de l'Impératrice Elisabeth d'Autriche dont la légendaire chevelure, si longue et si épaisse d'un beau châtain doré, pesait si lourd au cou gracile de la tête de Sissi, que pour soulager ses névralgies persistantes, elle faisait suspendre les longues mèches au lustre de sa chambre !





Qu'à cela ne tienne, admirez-le avant ou après la visite de l'exposition "Cheveux chéris - Frivolités et Trophées" - Musée du Quai Branly jusqu'au 14 juillet 2013.http://www.quaibranly.fr/fr/programmation/expositions/a-l-affiche/cheveux-cheris.html

jeudi 31 janvier 2013

Fresque grandiose à l'opéra !

La Khovantchina de Modeste Moussorgski
Drame musical historique en cinq actes (1886), orchestré par Dimitri Chostakovitch

Pour ce qui est de la gestation de l'oeuvre, je vous invite à cliquer ici.

Andrei Serban
Pour ce qui concerne la très belle soirée d'opéra à laquelle nous avons assisté ce lundi 28 janvier 2013, je vous parlerai - une fois n'est pas coutume - d'abord de la mise en scène de Andrei Serban.

Production de 2001 reprise ici avec bonheur, la reconstitution de la Russie de Pierre Le Grand, tout en couleurs et en mouvements  - mais sans gesticulation - est une réussite. Des éclairages à la chorégraphie, des costumes, à la fois somptueux des princes et simples des chasubles des "Vieux Croyants", aux décors représentatifs des lieux, tout est excellent.

Réussie également la direction d'acteurs ; chaque chanteur campe un personnage dont il est véritablement imprégné et à qui il restitue une réelle personnalité.

Il est vrai aussi qu'ils sont bien aidés en cela par la grande qualité vocale dont ils sont tous dotés. Car c'est également dans la très belle homogénéité de la distribution que réside tout le plaisir pris tout au long de ces quelques trois heures et demie de spectacle.

Larissa Diadkova
Des voix magnifiques donc, desquelles je relève le chant somptueux de Larissa Diadkova dont le timbre si bien coloré sert admirablement, d'un bout à l'autre de la tessiture, le très beau rôle de Marfa. Du second balcon, on percevait chaque inflexion de cette voix aux intonations sombres et aux aigus sonores sans perte de couleur.

Avant de passer aux rôles masculins - de loin les plus nombreux - un mot sur les deux sopranos : Marina Lapina, éblouissante de volume et de clarté dans le très court rôle de Susanna et Nataliya Tymchenko dont le timbre un peu acide ne laissera qu'un souvenir assez incolore du rôle - pâle lui aussi - de Emma.

Orlin Anastassov

Intense et prodigieuse, la voix de basse de Orlin Anatassov qui, d'un bout à l'autre du registre, sert le rôle de Dosifei, le prêtre qui guide les "Vieux Croyants". Le timbre est riche, lumineux et ample et chacune de ses apparitions tout au long de l'oeuvre est un vrai bonheur.




Gleb Nikolsky

Drapé dans son magnifique manteau écarlate chamarré d'or, Gleb Nikolsky est ce Prince Ivan Khovanski, chef du complot qui donnera son titre à l'opéra, que l'âge ancre dans ses traditions ancestrales auxquelles il s'accroche avec acharnement et fébrilité. Tout cela est extraordinairement rendu par la voix encore ample et cependant fragilisée de cette grande basse qui restitue toute la grandeur friable du rôle.

Sergey Murzaev




Et, dans ce florilège de voix graves, il convient de louer Sergey Murzaev qui nous éblouit au IIIème acte dans un monologue brillant de Chakloviti où ses qualités vocales nous laissent pantois.



Vladimir Galouzine



Après ce concert de louanges à la clé de fa, rendons hommage à Vladimir Galouzine, ténor au timbre d'airain sans défaillance dans le rôle épisodique du Prince Andrei Khovanski (le fils du comploteur...), de même qu'à Vasily Efimov dans celui de Kouzka.





Tous les autres rôles sont de haute tenue et concourent à l'équilibre de cette belle épopée.

Les Choeurs de l'Opéra de Paris restituent la partition dans toute sa splendeur dépaysante, déployant des trésors de netteté et de sonorités slaves.








Michail Jurowski




Sous sa baguette précise, inspirée et enflammée, Michail Jurowski emmène et contient tout ce plateau sans jamais se laisser déborder et en insufflant à l'ensemble tout le lyrisme de cette délirante partition.

vendredi 18 janvier 2013

Du côté de chez...

Jacques Emile Blanche est un portraitiste français qui peignit tout ce qui se mouvait dans la vie parisienne artistique et mondaine du début du XXème siècle.

Presque autodidacte, Blanche nous livre la personnalité la plus sensible de ses modèles, qu'il s'agisse de Barrès, Montesquiou, Gide, Cocteau, Stravinsky et, bien sûr, Proust.
Marcel Proust

Agencée en quelques lieux feutrés (salon, jardin d'hiver...), à l'ambiance surannée qui nous restitue un parfum de "temps perdu" et nous plonge au coeur de "la Recherche", c'est un délice que de croiser les regards ou les attitudes de ces personnages historiques qui appartiennent à notre patrimoine, que ce soit par leur oeuvre ou par la trace qu'ils ont laissée dans l'oeuvre de Proust.

A ne pas manquer si vous avez un peu de temps jusqu'au 27 janvier !!!

De Wagner à Renoir en passant par Venise

Les journées défilent aussi vite en 2013 qu'en 2012 ! Nous voilà déjà à la mi-janvier et j'ai des tas de choses à partager avec vous...

Concert de l'Orchestre Philharmonique de Radio-France, direction Marek Janowski
Un premier concert à Pleyel, le dimanche après-midi 6 janvier, où l'Orchestre Philharmonique de R.F. se retrouvait face à Marek Janowski, son ancien chef, pour ouvrir l'année Wagner.
Comme vous le savez, les concerts le week end ne sont pas de mon goût, mais un cadeau ne se refuse pas et surtout pas un cadeau musical.

Marek Janowski est un excellent chef. Le "Philhar" lui doit les grandes qualités techniques qu'il a su lui transmettre durant les années qu'il a passées à sa tête. Il est reconnu comme un bon chef wagnérien. Cependant, ce n'est pas avec un enthousiasme débordant que je suis sortie de Pleyel ce dimanche soir, malgré une seconde partie de programme beaucoup plus libératrice que la première.

Erreur de programmation à mon sens que ce début de concert, à 16 heures un dimanche, avec une entrée en matière qui tenait du plat de résistance. Personne n'était prêt - ni les spectateurs en fin de digestion, tout juste sortis des transports en commun ou des circuits de recherche de parking, ni les musiciens et chanteurs pour lesquels le défit était grop grand de créer, en quelques minutes, l'atmosphère de "l'Enchantement du Vendredi Saint", extirpé du monumental Parsifal. On n'entre pas dans l'essence d'une oeuvre pareille en quelques mesures, enfin, pas moi dans tous les cas.
L'orchestre se contente de jouer la partition, bien, mais sans le souffle à la fois liturgique et poétique que requièrent ces instants qui doivent tenir, presque, du miracle.
Stephen Gould


Albert Dohmen
Le ténor américain Stephen Gould projette un chant consistant et coloré mais dénué de l'émotion qu'il devrait contenir. Le léger vibrato de la basse Albert Dohmen n'a pas entamé le très beau timbre de sa voix, ce qui ne suffira pas à nous restituer le climat de ce moment musical.



Au final, ce passage si important dans l'oeuvre est resté au stade du morceau bien exécuté.
D'autant plus dommage que le programme s'enchaînait avec une interprétation tout à fait banale de "Siegfried-Idyll" qui, pour le coup aurait, bien évidemment, dû entamer le concert.Fort heureusement, les trois extraits du "Crépuscule des dieux" ont réveillé musiciens et spectateurs. "Le voyage de Siegfried sur le Rhin", "La Marche funèbre" et "l'Immolation de Brunhilde" nous donnèrent à entendre un Wagner d'une toute autre tenue. Sains atteindre à la magique clarté des couleurs de la fosse de l'Opéra de Paris sous la baguette de Jordan, ni aux profondes rondeurs de l'Orchestre de Bayreuth, le "Philhar, emmené avec précision et lyrisme a su se hausser à la hauteur des meilleurs.
Violetta Urmana a, quant à elle, empli Pleyel de toute la largeur de sa voix, sans écorcher les notes extrêmes.

Ouf ! Ce second concert (il y en avait eu un deux jours avant) ouvrait, en définitive, glorieusement la porte aux célébrations du bicentenaire de la naissance de Wagner.


  De Canaletto à Canaletto-Giardi ou de Maillol à Jacquemart-AndréEn l'espace de quelques jours, je parcourrai les salles des deux expositions consacrées au peintre vénitien de la Veduta.
Disons-le tout net : les deux expos se valent en qualité. Si Maillol se concentre sur le seul Antonio Canal dit Canaletto et nous offre, en plus des grandes toiles issues des collections italiennes, le précieux carnet de dessins conservé à Venise et "la chambre optique" - l'appareil qui lui servait à tracer les perspectives - Jacquemart-André quant à lui nous propose de mettre en parallèle les presque mêmes vues réalisées par Canaletto et par Francesco Guardi.
Si les ciels de Canaletto sont plus lumineux et les éclairages plus éclatants, Guardi décale légèrement les perspectives et anime davantage le Canal Grande et la Piazza San Marco.
Canaletto
Guardi


En résumé, entre deux visites de la Sérénissime, contempler les toiles de Canaletto ou de Guardi reste le meilleur moyen de respirer l'air de Venise !...


Les "Renoir" au cinéma : d'Auguste à Jean

Après ce déferlement d'art, j'attendais beaucoup du film "Renoir" de G. Bourdos, sorti récemment.
Trop sans doute pour ne pas être déçue par des dialogues assez pauvres et, surtout, rendus souvent incompréhensibles par la très mauvaise diction de certains interprètes, en particulier de la jeune Christa Theret. Anachroniques également, certaines expressions n'appartenant pas au vocabulaire courant de cette époque, même dans les cuisines.

A garder, la brillante démonstration de Michel Bouquet, formidable, la photo magistrale qui nous place au coeur des tableaux de Renoir.
Allez ! L'année ne démarre pas si mal...

vendredi 28 décembre 2012

mardi 27 novembre 2012

Bharatanatyam à Guimet

Alors voilà, je pouvais essayer de vous expliquer le Bharatanatyam... mais c'est très compliqué alors je vous laisse cliquer ici pour rejoindre le site qui va vous initier à tous les rites de cette danse de l'Inde du Sud.

Pour ma part, je ne vous raconte que le plaisir pris au Musée Guimet lors du spectacle qui nous fut donné par la danseuse Lavanya Ananth. 
Cette danseuse possède son art et l'exprime au plus haut niveau. C'est un régal de la voir exprimer les sentiments et illustrer par les gestes les symboliques des attitudes exigées par cet art, sur les rythmes saccadés du tambour et des petites cymbales (ça ne s'appelle sûrement pas comme ça, mais je ne sais pas !). Tout est précision et grâce.

Quatre musiciens dont un chanteur à la voix haut perchée (proche du Haut de Contre européen) qui vocalise une mélopée aux sonorités sinueuses que souligne le violon et qui nous raconte "l'histoire". Les deux autres musiciens - percussionnistes - impriment les rythmes très syncopés menant les pas de la danseuse.

Ci-dessous, un extrait par notre danseuse Lavanya Ananth.


samedi 24 novembre 2012

Générale de "La Cenerentola" à Garnier

Avec une invitation (encore), un plaisir musical ce lundi soir - 19 novembre - pour la répétition générale de "La Cenerentola" de Rossini dans la mise en scène de Jean-Pierre Ponnelle, reprise déjà la saison passée et dont vous avez pu lire mes réflexions dans mon papier de décembre 2011.

Toujours beaucoup de plaisir à entendre la gaité communicative de la partition de Rossini où airs, ensembles et choeurs succèdent à une ouverture enlevée dont le Maître avait le secret.

Un plaisir aussi de voir se dérouler le conte de Perrault dans la délicieuse et très charmante mise en scène du regretté J.P. Ponnelle. Les trouvailles et bonnes idées se succèdent, drôles sans jamais être vulgaires ni cérébrales. Et, surtout, sans jamais gêner la musique ni les chanteurs !

Les chanteurs qui, malheureusement, n'ont pas comblé mes oreilles.

Tous plutôt jeunes si on excepte Bruno de Simone dans le rôle de Don Magnifico, vieux routier, chanteur et bon comédien, l'ensemble de la distribution est en-dessous de ce que l'on est en droit d'attendre à l'Opéra National de Paris.

Je sors du lot la basse roumaine - Adrian Sampetrean, beau timbre et vois vaillante ; malheureusement pas à sa place dans le rôle de Alidoro, plus généralement dans l'opéra bouffe tout simplement.

La mezzo Marianna Pizzolato possède un joli timbre, vocalise plutôt bien mais peine un peu dans les aigus. Elle n'est pas très convaincante.

Les autres chanteurs sont nettement insuffisants, surtout le jeune ténor russe Maxim Mironov au physique de danseur mais qui possède un filet de voix, noyé dès que chantent choeurs, partenaires ou que l'orchestre joue un peu fortissimo.

Mais mes amis et moi étions ravis d'avoir passé cette soirée car on est toujours mieux à Garnier que devant son téléviseur... !

Les Antiques à Versailles

Par un soir d'automne, humide et venteux, la grille et la Cour d'Honneur du Château s'est ouverte pour nous accueillir. La nuit, le Château illuminé, le chemin balisé de lanternes... Nous avions l'impression d'être Cendrillon...

Nappées donc dans la nuit, nous avons admiré les "Antiques" - pour la plupart venus du Louvre - de retour dans leur écrin d'origine.


                                                                                                                                         
Isis
Vénus d'Arles
De galeries marbrées et "colonnées" en salles aux plafonds enluminés, jetant un oeil depuis les portes ouvertes sur la Chapelle, nous avons croisé la "Vénus d'Arles", Isis deux fois, Diane chasseresse en marbre et en bronze, Antinoüs, Hermès... et nombre de statues drapées ou dévêtues, éclatantes de blancheur et un peu intimidées de se retrouver face aux peintures et tapisseries des XVIIème et XVIIIème siècles où Apollon, Vénus et les Amours poupins batifolaient dans des décors verdoyants et fleuris.
                                                                                                  

                                                                                                                                                                   
Le tout sous l'oeil royal de Louis Le Grand, le XIVème du nom.

Un véritable bonheur que de croiser ces oeuvres dans ce décor, même si on les connaît bien pour les avoir visitées régulièrement dans le palais qui les abrite habituellement.



Un plaisir qui nous mena trop tardivement dans la belle salle où le cocktail était servi. A défaut de quelques canapés, nous avons bien profité des bulles dorées... avant de reprendre notre carrosse pour rejoindre la simplicité de notre décor personnel.


"Versailles et l'Antique" - Château de Versailles jusqu'au 17 mars 2013.

lundi 19 novembre 2012

Linda Ladurner s'expose Galerie Hip

Vous vous promènerez dans Paris le Week End prochain ? Passez donc voir les deux pendentifs que Linda Ladurner expose sans le second Salon des Artistes Joailliers du 23 au 25 novembre dans la

Galerie Hip 8 rue Saint-Roch 75001 Paris (Métro Tuileries) - 11 h - 19 h 

Un aperçu :



samedi 3 novembre 2012

Luxe et raffinement

Alertée par des amis et par un entrefilet dans le supplément "SORTIR" de Télérama, je me suis rendue à la Galerie J. Kugel au 25 Quai Anatole France, pour parcourir l'exposition consacrée aux tabatières de l'orfèvre et minéralogiste de la Cour de Saxe : Johann Christian Neuber (1732-1808).

Une merveille de raffinement et de préciosité que cette série de tabatières réalisées selon la technique de la mosaïque de pierre en cloisonné dont l'aristocratie européenne a raffolé.

L'occasion, également, d'admirer cette fameuse "Table de Breteuil", véritable bijou insensé, chef-d'oeuvre du mobilier occidental du XVIIIème siècle. Rien que le plateau de ce meuble compte cent vingt huit échantillons des plus belles pierres fines et dures de Saxe !

Jusqu'au 10 novembre - 10 h 30/19 h 00 sauf le dimanche - Entrée gratuite.

Courez-y !!!

samedi 27 octobre 2012

Sublissime Garanca au TCE

Une quinzaine, déjà, s'est écoulée depuis le récital d'Elina Garanca au TCE, sans que je trouve le temps d'en faire le récit. La faute en revient aux avant-spectacle, spectacle et après-spectacle du "Coeur des Voix" à Bourron-Marlotte. Mais tout cela est passé - et bien passé, merci - m'y voici donc !
Depuis sa Carmen au MET, filtrée par micros et médias, je n'avais qu'un désir... écouter la mezzo lettone en salle. Je m'y trouvais donc le 13 octobre dernier.

Avant de proclamer mes louanges pour la belle voix de la mezzo, je dirais ma légère déception devant le programme boîteux et incohérent où les trois grands airs de la première partie sont suivis par des espagnolades diverses, tant à l'orchestre - au demeurant fort bon - que dans les bis, qui ouvrent et ferment la seconde partie consacrée aux airs et intermezzi de Carmen. J'aurais préféré un ou deux grands airs de mezzo plus lyriques à Granada (!) & Co.

L'orchestre, très nettement supérieur aux habituelles cliques et autres orphéons que l'on entend dans ces récitals, tombe alors dans le clinquant, ce qu'il ne fait absolument pas dans les airs de répertoire. Bonne prestation donc du Prague Philharmonica lorsque son Chef, Karel Mark Chichon, dirige les pages lyriques, très attentif et à l'écoute de la soliste, mais qui se perd un peu en voulant faire du bruit et du rythme dans les morceaux plus légers.

Quant à la belle - admirablement belle - Elina, je n'ai à ma disposition que des superlatifs pour vous la présenter. La démonstration vocale est éblouissante de perfection : timbre somptueux, charnu, d'une grande tenue sur toute la tessiture (graves profonds, aigus resplendissants) ; le chant est nuancé, expressif, du piano au forte, les sons filés admirables, la voix d'une grande musicalité et le chant parfaitement articulé.

Avec un tel "matériel", ce fut un bonheur d'entendre le rare et vaillant extrait de La Pucelle d'Orléans de Tchaïkovski, l'onctueux Mon Coeur s'ouvre à ta voix de Samson et Dalila de Saint-Saëns et le très rare, également, air de la Reine de Saba de Gounod, trois grands airs qui mettent en valeur le phrasé, l'ampleur et la sensualité de cette voix magnifique.

Consacrée aux différents extraits de Carmen de Bizet, la seconde partie nous emporte avec LA Carmen du moment. On oublie très vite les trois pasodobles qui précèdent les quatre airs - habanera (avec sa première version heureusement recomposée par Bizet), les remparts de Séville, les Cartes et la Chanson Bohème - car Garanca possède la voix, le tempérament, la suavité, la sensualité... Il ne manque rien et on est sous le charme de cette voix ensorcelante.

Charme rompu, malheureusement, par les bis : Granada qui fait exulter le public (?) et deux autres espagnolades sans intérêt. Quel dommage de rester sur cette impression de gâchi !

Reste une Grande Chanteuse qui va aborder Verdi - on rêve de son Eboli, de son Azucena...
Et, comme elle semble apprécier notre langue, la Marguerite de la Damnation, entre autres, devrait être magistrale... A suivre donc !

dimanche 19 août 2012

Mon Bayreuth 2012 - 2 Les Mises en Scènes

Merci de lire les articles sur Bayreuth dans l'ordre des numéros



Les Mises en Scène

Pour ne pas vous accabler de ma colère à chaque spectacle, je vais, brièvement, traiter des mises en scènes de façon globale, mon écoute ayant été perturbée lors des trois représentations.

Du Lohengrin avec ses rats au Parsifal à trois lectures en passant par l'usine de retraitement des déchets de Tannhäuser, il n'y eut pas une seule soirée épargnée.


Le pire est atteint dans le Tannhäuser (Sebastian Baumgarten) avec son décor unique bariolé, suréclairé et surcolorié, aux costumes vulgairement criards et où, finalement, rien dans l'esprit ne nous ramène, à quelque moment que ce soit, à ne serait-ce que frôler la quintessence de l'oeuvre.

J'ai assisté à la quasi totalité de la représentation les yeux fermés, d'autant plus que la scène ne bénéficie d'aucun moment de calme, n'est jamais sans mouvement et que ces déplacement incessants nuisent à la concentration. Si Wagner - qui a lui même écrit ses livrets - a laissé des "blancs", il me semble que c'est pour que le spectateur profite au mieux de son génie musical... ?

Dans Lohengrin (Hans Neuenfels), une fois passée la première répulsion pour les rats et décroché à la diffusion des vidéos tentant de nous expliquer la mutation de l'espèce "rongeurs", on s'habitue à la présence très ordonnée des bestioles, l'ensemble n'étant pas totalement dénué d'esthétique. Heureusement, le plateau de chanteurs était d'un tel niveau ce soir-là que j'aie pu ne retenir que des sonorités magnifiques malgré, là également, beaucoup trop de remue-ménage.

Mon avis sur le Parsifal est très mitigé. Il est fort dommage que Stéfan Herheim ait à ce point surchargé de débris ses trois idées (c'était déjà deux de trop !) principales : l'Histoire allemande de l'avant-première guerre mondiale à l'après-seconde, le wagnérisme parallèle et la relation mère-fils avec ses douleurs partagées, outrageusement, reléguant celles d'Amfortas en arrière plan fadasse.

Quant à la fausse-bonne-idée de l'Enfant-Parsifal en costume marin et ballerines vernies lorsque l'interprète mesure 1,90 m, pèse 110 Kg et galope sur scène les mollets poilus de coureur à l'air, c'est ridicule et malséant.
Pourquoi, également, les metteurs en scène tentent-ils de nous convaincre de leur savoir en dénichant dans le texte LA phrase que personne n'a remarquée et en l'illustrant à la puissance 10, comme au second acte "les infirmières soulageront les blessés" en faisant chevaucher les soldats par les nurses de la plus vulgaire façon ? En même temps que les "Filles-Fleurs" arrangées en "putes" (était-il besoin de le préciser ?) s'occupent activement de déniaiser Parsifal...

Sans rien apporter d'intéressant ni de très novateur, cette vulgarité épaisse accentue la fracture (volontairement ?) avec les harmonies wagnériennes.

Heureusement, le lever de rideau sur les ruines fumantes d'une ville bombardée nous replace dans le contexte musical et l'assemblée des "Administrants" réinstallés dans leur certitude par le geste cicatrisant du "Pur" rend la sérénité à chacun.

Etait-il besoin d'un calice rose fluo au second acte et d'une pointe de lance pareillement éclairée au III ? Cela relevait, à mon avis, de la bande dessinée ; mais après-tout... est-il question d'autre chose dans les mises en scènes contemporaines de certains ?