samedi 23 août 2014

Tour d'horizon des retransmissions lyriques de l'été

Avec cette seconde quinzaine d'août frisquette aux teintes déjà automnales, Le Trouvère clôturait la série de retransmissions festivalières, traditionnellement chargées d'assurer aux différentes chaînes subventionnées le quota de musique classique obligatoire dans leur cahier des charges, sans pour autant perdre trop de points d'audimat puisque les téléspectateurs habituels se cultivent sur le sable des plages.

Ce fut donc l'occasion pour nous, lyricomanes demeurés parisiens, d'assister en direct-légèrement-différé (ça laisse le prime time à d'autres programmes mais présente l'avantage de limiter le bla-bla un peu lassant de certains présentateurs) à, dans l'ordre :

  • La flûte enchantée depuis Aix-en-Provence (ARTE le 9 juillet 2014)
  • La Force du destin depuis Munich (ARTE le 28 juillet 2014)
  • Otello depuis les Chrorégies d'Orange (FRANCE2 le 5 août 2014)
  • Le Trouvère depuis Salzbourg (ARTE le 15 août 2014).
Un "Mozart" et trois "Verdi", malheureusement pour les non-verdiens mais, en ce qui me concerne, mon bonheur a été entier. Pour les autres, de quoi se consoler un peu le 29 juin sur ARTE avec la diffusion du très beau et très émouvant concert-hommage à Claudio Abbado par l'Orchestre du Festival de Lucerne et Andris Nelsons, Bruno Ganz et la violoniste Isabelle Faust. Egalement en rediffusion (mais on ne s'en lasse pas !), l'Elektra d'Aix-en-Provence 2013 mis en scène par Patrice Chéreau.


La Flûte enchantée à Aix-en-Provence donc, première étape des retransmissions lyriques. L'opéra de Mozart entre dans cette catégorie qui supporte plutôt bien les digressions en tout genre, dans la mesure où la musique n'a pas trop à souffrir de l'expérience. Celle de l'anglais Simon McBurney parvient à se maintenir dans le cadre de l'acceptable en signant une version tournée parallèlement vers le passé (les oiseaux en papier agités par les figurants et les bruitages "bricolés") et l'avenir avec les nouvelles technologies et les vidéos.


Les costumes et les décors sont majoritairement laids (Papageno en SDF) et on oubliera très vite le fauteuil roulant de la Reine de la Nuit et les masques de "vieux nains décharnés" des trois enfants.


Vocalement, la distribution, homogène, est d'un excellent niveau. Kathryn Lewek se joue des vocalises vertigineuses de la Reine de la Nuit. Le Sarastro de Christof Fischesser a manqué d'un peu de profondeur vocale mais livre une belle prestation. J'ai trouvé que Josef Wagner en Papageno restait un peu trop en deçà vocalement. Le joli timbre de la soprano norvégienne Mari Eriksmoen sert une Pamina tout en douceur à laquelle on aurait aimé un peu plus d'assurance dans le médium. Le ténor français Stanislas de Barbeyrac, fraîchement auréolé de sa Victoire 2014, a été un beau Tamino avec une belle ligne de chant. 

Le Choeur des English Voices était parfait mais les trois lutins de la Knabenchor der Chorakademie Dortmund n'étaient pas très vaillants.

Bravo au "Freiburger Barockorchester" emmené par le jeune chef espagnol Pablo Heras-Casado.


Pour en revenir à nos opéras de Verdi de l'été, reconnaissons, avant d'entrer dans les détails, que ces trois soirées ont été d'une très grande qualité, tant des chanteurs, des choeurs ou des orchestres. De précieux souvenirs, certainement, pour les heureux festivaliers qui assistaient à ces représentations.

Ceux de Munich d'abord qui ont pu applaudir l'exceptionnel trio de chanteurs - augmenté d'une basse magnifique - qui parvint à nous faire entendre une invraisemblable qualité de chant en dépit de cette mise en scène laide, confuse et prétentieuse de l'autrichien Martin Kusej.




Car, ce soir-là, associés à la basse ukrainienne Vitalij Kowaljow à la formidable élégance vocale et scénique, et soutenus par la direction enlevée de Asher Fisch, le ténor allemand Jonas Kaufmann, le baryton français Ludovic Tézier et la soprano allemande Anja Harteros ont porté aux plus haut l'art du chant verdien. Les confrontations Kaufmann/Tézier de la seconde partie ont été d'une incomparable force et d'une incroyable qualité. Frissons garantis pour la meilleure soirée lyrique, vocalement parlant, de l'été.



Tout le monde attendait le BôRoberto au tournant de sa prise de rôle dans Otello. Je craignais, pour ma part, une déconvenue semblable à sa prise du rôle de Radamès. Et, ma foi, il faut bien reconnaître que notre ténor national avait bien travaillé sa partition.



En conservant les qualités qui sont les siennes (phrasé, ligne de chant et diction) Alagna a su colorer son timbre naturel sans chercher à le noircir artificiellement et nous livre un  Otello ample et vaillant, plus lumineux sans doute que la plupart des "références du rôle". Il ne s'est heurté qu'à deux aigus délicats. Son engagement scénique est indéniable et le héros de Shakespeare lui va bien.


Face à lui, Inva Mula est une très belle Desdémone, tout à fait incarnée scéniquement et vocalement parfaite.



Le Yago de Seng-Hyoun Ko ne manque ni de présence ni de noirceur. Mais on aurait aimé un peu plus de style et de raffinement dans la ligne de vocale.

Saluons la très belle direction de Myung-Whun Chung à la tête du Philharmonique de Radio-France. L'énergie et la passion le disputent à la ligne mélodique et à la précision. Bravo !


Rien à dire de la mise en place de Nadine Duffaut.


C'est à Salzbourg et à ARTE que nous devions nos derniers frissons lyriques de cet été - juste avant d'être secoués par les frissons tout court, ceux des températures déjà bien frisquettes de ce mois d'août finissant -, avec la retransmission du Trouvère.

Cette oeuvre, pur produit de l'opéra romantique italien (Bel Canto), est un feu d'artifice vocal : airs, duos, trios, ensembles, choeurs s'y succèdent à un rythme effréné, tous plus beaux les uns que les autres, nous laissant à peine le temps de respirer entre chacun.

Pour que le bonheur soit complet, il faut un orchestre, des choeurs et des solistes de premier choix. C'était presque le cas à Salzbourg. Pour que tout soit parfait, il aurait fallu que Daniele Gatti dirige le somptueux orchestre de la Philharmonie de Vienne avec un peu plus de légèreté, un peu plus de finesse, un soupçon de nuances et deux doigts de subtilité... Las ! Ce ne fut pas le cas et on eût même à déplorer de gros décalages fosse/plateau.

De cette histoire abracadabrante,  je ne suis pas sûre que le novice aura cerné l'essentiel dans cette mise en scène du letton Alvis Hermanis. Il y a longtemps, par contre, que les initiés ont renoncé à en suivre les méandres de l'action au plus près. Si la transposition de cette action dans un musée m'a déroutée au prime abord, je lui reconnais une belle audace, beaucoup de créativité et, surtout, une grande dose d'esthétisme.

Faire exposer les faits par des conférenciers de musée en s'appuyant sur une iconographie crée par les plus grands peintres européens, incarner l'héroïne en gardienne dudit musée, revêche et mal fagotée dans son uniforme administratif, gardienne qui s'inventera un rêve fantastique dans les costumes et avec les personnages descendus des murs, arriver à exposer tout le drame dans un seul et unique décor où les tableaux sont les seuls à s'animer, tout ça en restant un minimum crédible, CHAPEAU !

Quant aux protagonistes, s'ils ne sont pas tous sans faille, ils ont hissé le niveau assez haut pour que le plaisir soit comblé.

Placido Domingo, passé baryton au fil des ans, demeure un magnifique chanteur à l'énergie débordante, à la passion intacte et à l'engagement d'un jeune homme. Malgré un souffle un peu court (surtout au début), la voix est toujours belle, la ligne sûre. A l'écran, l'amoureux transi d'une aussi belle Léonora est, physiquement, moins crédible.

Marie-Nicole Lemieux bonifie sa prestation au fur et à mesure des airs et des ensembles. Son tempérament donnera une force dramatique effervescente au final.

Le jeune ténor gênois, Francesco Meli, possède une belle voix, un beau timbre profond, un style belcantiste de qualité. Il est un Manrico de belle prestance et assure vaillamment cette partition très difficile. Il lui manque un peu d'assurance dans l'aigu et la présence scénique d'un Domingo pour être crédible face à la belle Netrebko.

Quant à la Léonora de la soprano russe, on ne peut en dire que du bien ! Du très bien même, du magnifique, de l'extraordinaire, du fabuleux... Je pourrais aligner les superlatifs mais ce serait trop facile. Le timbre soyeux coule comme une source limpide, sa musicalité incroyable, sa vaillance dans toute la tessiture et une classe, une sincérité qui touchent l'âme et en font une très grande interprète du rôle. On n'oubliera pas son air du troisième acte, si long, si parsemé d'embûches et réclamant toute la gamme des qualités requises pour le servir au mieux. Un immense bravo !


Et voilà ! L'été se termine. La saison lyrique parisienne va reprendre bientôt et je ne manquerai pas de vous communiquer mes impressions au gré des spectacles et concerts auxquels j'assisterai.

Bonne rentrée à tous !



dimanche 27 juillet 2014

Carlo Bergonzi au paradis des ténors


Le ténor italien, Carlo Bergonzi, s'est éteint le 25 juillet, à l'âge de 90 ans.

Il a interprété les plus grands rôles du répertoire lyrique italien (Donizetti, Verdi, Puccini...) sur les plus grandes scènes du monde et en compagnie des plus célèbres partenaires, tout au long de sa carrière.

Il débute en 1948 à Lecce, dans le rôle de Figaro du Barbier de Séville de Rossini, soit dans un rôle de baryton.

En 1951, après deux ans d'interruption et de travail vocal, il entame une nouvelle carrière, de ténor cette fois-ci. Rapidement engagé par la RAI pour le cinquantenaire de la mort de Verdi, il chante tour à tour Il due Foscari, Giovanna d'Arco, Simon Boccanegra, La Forza del Destino.
Carlo Bergonzi avec Maria Callas
Sa carrière, italienne d'abord (Milan 53, Naples 55), européenne ensuite (Londres 53), devient vite mondiale (Chicago 55, New York 56). Il se produira au MET, régulièrement, jusqu'en 1985. Parallèlement, Londres, Vienne et Buenos Aires... l'accueillent et le public pourra admirer le timbre solaire, la parfaite diction et le chant très élégant de Carlo Bergonzi. Ténor verdien par excellence, son style impeccable lui valut d'être très souvent appelé au MET, à Covent Garden ou au Staatsoper de Vienne. Il ne chantera jamais à l'Opéra de Paris. Il vînt cependant dans la capitale pour des récitals.

Vous pouvez suivre le lien ci-après http://www.francemusique.fr/emission/horizons-chimeriques/2012-ete/carlo-bergonzi-le-soleil-07-15-2013-00-00 pour découvrir ou entendre, de nouveau, la voix de Bergonzi.

Carlo Bergonzi fut actif jusqu'à la fin de sa vie, transmettant son art, en particulier dans sa ville natale (Busseto) où il a fondé une académie de chant.


vendredi 18 juillet 2014

D'un "plouf" lyrique au Tout Feu Tout Flamme des gerbes lumineuses !


Un petit mot du concert de l'Orchestre National de France sur le Champs de Mars le 14 juillet dernier.

Hormis les quelques spectateurs installés à proximité de l'estrade et dont on peut supposer l'intérêt qu'ils portent aux concerts classiques, la majorité de la foule nombreuse couvrant la pelouse jusqu'à l'Ecole Militaire, n'était là que pour le feu d'artifice.

Personnellement, installée tout au bout, juste devant le Monument pour la Paix, j'ai vivement regretté que les installations techniques d'image et de son n'aient pas été étendues jusque-là. En effet, les écrans de diffusion et les hauts-parleurs de sonorisation s'arrêtaient à mi-chemin.

Je ne m'attendais certes pas à un religieux silence et à une qualité d'écoute attentive, mais le brouhaha n'a cessé à aucun moment autour de nous. Sans retransmission filmée et avec un son très lointain, on ne peut guère en vouloir aux touristes, familles et groupes d'amis présents d'avoir ignoré complètement ce spectacle dont ils n'avaient aucune idée de la valeur artistique du plateau, de l'aura qui entoure les artistes lyriques présents, connus, pour la majorité d'entre eux, uniquement des initiés, ni de la portée culturelle qui leur était offerte en cette soirée. Ici, on continuait son pique-nique, là, une douzaine d'amis fêtaient un anniversaire en chantant, là-bas, on tournait carrément le dos à l'écran et on jouait de la guitare... !!!

S'il m'arrive de me demander ce que certains spectateurs font dans une salle lyrique (voir mon article sur La Traviata), je me suis demandée, lundi soir, ce que je faisais sur cette pelouse... Heureusement, je vais pouvoir profiter de l'enregistrement T.V. que j'avais pris soin de programmer avant de partir !

Pour ceux qui souhaiteraient voir ou revoir le concert, c'est possible jusqu'au 15 août en suivant le lien ci-après : http://culturebox.francetvinfo.fr/musique/musique-classique/revoir-les-grands-moments-du-concert-de-paris-159897


En revanche, je tiens à exprimer tout le bonheur, l'émerveillement qui furent les miens ainsi que l'émotion ressentie devant le magnifique feu d'artifice qui fut tiré depuis la Tour Eiffel.




Du choix des musiques (là, on les entendaient... tout le monde étant captivé par les illuminations) au raffinement des effets pyrotechniques projetés directement depuis la Tour, le Groupe F a élevé la technique au niveau de l'art. Trente et une minutes de pur enchantement !!!
Pour voir ou revoir le feu d'artifice, suivez le lien ci-après :
http://culturebox.francetvinfo.fr/live/autres-scenes/feu-dartifice-du-14-juillet-au-champ-de-mars-158575






Globalement, mes photos sont plutôt réussies. Ci-après, le lien vers le diaporama réalisé : 




Je souhaite à toutes et tous un bel et bon été. Bonnes vacances !





jeudi 17 juillet 2014

SUBLIME ANNA !!!

C'est ce qui s'appelle terminer la saison lyrique en beauté !

La belle Anna Netrebko donnait au TCE le récital annulé le 24 mai dernier pour cause de maladie. Du coup, c'est avec un pied bien plus solide que je prenai place dans la loge. Dans la salle bruissante et pleine comme un oeuf, planait une atmosphère de "Grand Soir".
Anna Netrebko - TCE 12 VII 2014
L'ovation du public a son entrée salua la Diva tout de rouge vêtue, somptueuse et majestueuse.

La soirée est placée sous le signe de l'Opéra italien et la première partie est dévolue à Verdi.

Avec "Tacea la notte...", premier air de Léonora dans le Trouvère, la soprano me donne une leçon de chant, à moi qui ose me frotter à cet air... Le "cantabile" de la cavatine, ses longues phrases, nous sont proposés avec un legato sans faille. Le merveilleux timbre se pose avec moelleux sur cette ligne de chant et l'ensorcelle avec d'incroyables nuances. La cabalette qui suit nous dévoile l'accomplissement de la technique vocale qui se joue des notes piquées, des trilles et des vocalises ainsi que des brillants aigus. Sans avoir la souplesses de certaines sopranos, Netrebko est une Léonora tout à fait à la hauteur de ce qu'ont fait ses aînées.

L'explosion d'enthousiasme de la salle à l'issue de "La luce langue" extrait de Lady Macbeth répondra à la magistrale interprétation que nous offrit la chanteuse. Dans cet air de bravoure d'une Lady Macbeth avide de pouvoir, calculatrice et assoiffée de sang, Anna Netrebko, après un début pianissimo, se déchaîne dans la haine. Le volume est impressionnant, le timbre plus coloré encore dans l'expressivité et les nombreux aigus qui émaillent la fin de l'air sont somptueux et si faciles que ça en est déconcertant !

Avec le duo d'Otello, la tension retombe un peu. Malheureusement, le ténor italien Riccardo Massi, au profil de centurion romain, mort de trac, ne parvient pas à se hisser jusqu'à un niveau suffisant pour que nous y croyions.

Malgré l'engagement vocal et scénique - ou à cause... - de sa brillante partenaire, le ténor ne parviendra pas à être convaincant scéniquement. Vocalement, j'ai perçu un timbre d'une réelle qualité mais la ligne de chant est trop incertaine, le volume presque un peu juste pour le TCE et le style assez aléatoire.

Que n'a-t-elle chanté l'air "du Saule" suivi de "l'Ave Maria" final de la même oeuvre... !
A. Netrebko, R. Massi, M. Zanetti - TCE - 12 VII 2014

Janacek Philharmonic Otrava - TCE - 12 VII 2014
L'orchestre - Janacek Philharmonic Otrava - sous la baguette énergique de Massimo Zanetti, a convenablement accompagné les chanteurs. Je passe sur l'énième ouverture de la Force du Destin, le prélude de Traviata et les Intermezzi de Paillasse et Manon Lescaut (ce dernier un peu écorné par l'Alto solo), pour ne retenir que les extraits de Macbeth (Mallabile II et III).

Anna Netrebko - TCE - 12 VII 2014
L'opéra vériste occupera toute la seconde partie du programme. Puccini avec "In quelle trine morbide" (Manon Lescaut) empreint de sensualité. Le raffinement et la palette de nuances mis par la chanteuse dans "Ecco, respiro appena... Io son lumile ancella" extrait d'Adriana Lecouvreur de Cilea, et une poignante interprétation de "La mamma morta" air de Magdalena dans Andra Chenier de Giordano dans lequel Anna Netrebko parviendra à nous émouvoir totalement.





R. Massi - A. Netrebko - M. Zanetti
TCE - 12 VII 2014



Dans le duo final de Manon Lescaut, Riccardo Massi parvient à mieux s'exprimer vocalement. Sa présence scénique demeure, malheureusement, très en-deçà de celle de notre Diva.







Anna Netrebko - TCE - 12 VII 2014


Cédant à la pression d'une salle vibrante d'enthousiasme et lui offrant une ovation debout, la chanteuse russe, invoquant le concert du 14 juillet, n'a proposé qu'un seul bis. Mais quel cadeau que cette "Ode à la lune" extrait de Rusalka de Dvorjak.




C'est avec une interprétation tout en retenue, sans effet mais très intense et empreinte d'une belle musicalité que la Diva nous dira : Au revoir !

Anna Netrebko - TCE - 12 VII 2014
J'ai reçu comme une Grâce d'avoir pu assister à ce concert, d'avoir pu entendre cette extraordinaire interprète au plus haut de sa carrière.
Anna Netrebko - Massimo Zanetti -
TCE - 12 VII 2014

vendredi 11 juillet 2014

Notre-Dame de Paris, Bastille 8 juillet 2014



Roland Petit (à la création 1965)

Il y a longtemps que je souhaitais assister en salle à ce ballet de Roland Petit que des circonstances contraires ne m'avaient permis de ne voir qu'à la télévision et qui m'avait fort impressionnée.




Le découpage de l'oeuvre en deux actes et treize tableaux - qui sont autant de lieux où se déroule l'action ou de faits qui la jalonnent : "La fête des fous", "l'Eglise", "La Cour des Miracles", "la Taverne" "l'attaque de la Cathédrale"... - est efficace pour la compréhension du propos et la mise en situation des danseurs.

Roland Petit a conçu une chorégraphie créative, inventive en 1965, tant dans les scènes d'ensemble que dans les pas de trois ou de deux et les solos. La créativité est allée plus loin par la suite mais Béjart et Petit ont ouvert la voie.


Les panneaux figuratifs de la Cathédrale, d'après René Allio, sont d'une sobre beauté





et les costumes d'Yves Saint-Laurent prouvent, quant à eux, la formidable avant-garde du grand couturier, ne serait-ce que dans les couleurs fluo et acidulées utilisées.





Moins ébranlée par cette vision directe - la distance peut-être entre la scène et mon lointain fauteuil perché - j'ai, cependant, passé une excellente soirée de ballet.

Maurice Jarre


J'ai vibré à la très belle musique de Maurice Jarre, très inspirée, qui utilise une gamme très variée de rythmes
produits par des percussions multiples. Des sonorités vibrantes m'ont souvent fait penser à la composition du même Maurice Jarre pour le film de David Lean "Lawrence d'Arabie", pour laquelle il eut d'ailleurs un Oscar.



Kevin Rhodes




Très bien emmené par le chef américain Kevin Rhodes, l'Orchestre National d'Ile de France a superbement interprété cette belle partition.







Je salue le talent toujours au plus haut niveau du Corps de Ballet de l'Opéra de Paris, la régularité de ses ensembles, sa grande maîtrise technique et sa présentation générale de premier ordre.



Forian Magnenet est un très beau (au sens littéral) Phoebus. C'est aussi un danseur plein d'assurance, précis et solide. Ses sauts sont parfaitement maîtrisés et très enlevés.







Audric Bézard, longiligne et fin, campe un Frollo très élégant, techniquement très performant. Son
incarnation manque peut-être un peu de la "noirceur" voulue pour ce personnage.




A l'inverse, Stéphane Bullion sait restituer toute l'émotion que dispense la nature de Quasimodo. Il s'approprie la posture du rôle, parfaitement contradictoire avec les habituelles attitudes propres à la danse. C'est un très bon "porteur" et il est magnifique dans les pas de deux et le pas de trois.





La ravissante Alice Ravanand déploie toute sa technique au service du très joli rôle d'Esméralda.










Tout en restant gracieuse, sa danse est empreinte d'une belle assurance et son talent se rit des difficultés de la chorégraphie.






Ce fut une touchante et très belle soirée de ballet donc, qui clôturait mon abonnement 13/14 à l'O.N.P.


Je serai, samedi soir, au TCE pour le récital de la grande Netrebko, récital reporté du 24 mai au 12 juillet pour cause de maladie de la Diva. Un très grand moment lyrique à n'en pas douter, rien qu'à la lecture du programme !

La Traviata, nouvelle production de Bastille

Vendredi 20 juin, dans un silence un peu approximatif, s'élevaient de la fosse de Bastille les premières mesures de La Traviata de Giuseppe Verdi.

D'emblée, la simplicité du décor m'a plue : l'immense lit dans lequel Violetta reçoit ses riches amants, la coiffeuse où elle se prépare pour ses soirées et le sofa capitonné tel ceux qui meublaient les salons et salles de bal au XIXème siècle.









Les choeurs, alignés comme pour un concert, hommes et femmes en frac et haut de forme ; rien pour distraire l'attention, ça me va !

Les rondeurs de Diana Damrau sont corsetées dans une somptueuse robe blanc-cassé aux reflets moirés, dont le généreux décolleté est rehaussé d'un gros camélia rouge.

Francesco Demuro

Francesco Demuro entonne le "Brindisi". Il a l'âge et le physique du rôle. Pour ce qui est de la voix, si le rôle est également dans sa tessiture, son chant manque de subtilité. Le timbre est assez banal et le style laisse à désirer. Cependant, compte tenu de sa jeunesse, on peut envisager une progression dans l'évolution de sa carrière.


Diana Damrau

Laissée seule en scène après le duo, Diana Damrau va déployer tout son talent pour son premier grand air "E strano". Il est probablement difficile - voire impossible - de le chanter avec davantage de subtilité, de nuances, de virtuosité que ne le fait la soprano allemande. Les aigus, le suraigu et les pianis sont divins, le legato sublime et le timbre coloré. Avec un soutien un peu plus sonore dans le médium et le grave, on frisait la perfection.

Cependant, en ce qui me concerne, de frissons, point.



F. Demuro - acte II
Toujours avec une grande simplicité, le tableau de "la campagne" utilise la moitié gauche de la large ouverture de scène de Bastille et est figuré par un arbre à l'ombre duquel se trouve un banc.
D. Damrau et L. Tézier - acte II
Notre ténor italien, lâché par une technique de moins en moins sûre, ouvrira cet acte avec les mêmes défauts qu'au 1er, plus accentués.

Ludovic Tézier


Et puis, voilà qu'arrive le long duo que j'attendais. Ludovic Tézier - qui a fait prévenir d'une indisposition - sera un Germont absolument magnifique. Le timbre d'abord : charnu, de plus en plus coloré, sombre mais sans noirceur ; et pour compléter, l'ampleur, le volume... Sa voix envahit Bastille sans effort. La technique, les nuances, le style enfin ! Je pensais en l'écoutant à ces grands barytons-Verdi que j'ai eu le bonheur d'entendre : R. Bruson et, surtout - car il en est très proche - Pierro Capuccili.



Et c'est à ce moment que, devant moi, alors que notre baryton s'évertue à ciseler la fin de son air "Di Provenza...", la spectatrice sort sa bouteille d'eau et "glougloute" allègrement puis passe ladite bouteille à son voisin qui en fait autant ! Désespérant !!!

Bon. Je me calme. Tézier termine magnifiquement. Malgré des accents qui se voulaient convaincants, la soprano toujours en délicatesse dans le médium, ne parviendra pas à m'émouvoir tout à fait. Avec une meilleure direction d'acteurs, cet acte aurait pu être plus poignant mais ce fut tout de même un très beau moment d'opéra.

La lumière s'éteint sur l'arbre et la colère d'Alfredo courant se venger. Elle éclaire maintenant l'éscalier qui occupe la partie droite du plateau. Choeur, danseurs et solistes se sortiront - non sans quelques décalages - des pièges que leur ménage le chef, Daniel Oren.

A l'acte suivant, on retrouvera le lit dans un modèle moins encombrant, la coiffeuse et le petit lit de douleur où Violetta se meurt.

Toujours avec le même raffinement, des notes filées incroyables, des aigus impeccables mais, aussi, les mêmes faiblesses dans le médium et le grave, Dania Damrau ne parviendra pas à m'émouvoir davantage.
Diana Damrau - acte III
A noter qu'à l'ultime minute, Violetta mourra en plongeant la tête en avant vers le pied du lit.

J'en ai touché deux mots un peu plus haut, la direction de Daniel Oren, fougueuse ou alanguie, accélérant ou ralentissement les tempi à l'extrême, ne sera pas de nature à nous faire vibrer davantage.

A noter que la chaîne MEZZO - qui a diffusé il y a quelques jours la représentation du 17 juillet, la rediffuse tout au long du mois.