dimanche 19 août 2012

Mon Bayreuth 2012 - 1 Le Festspielhaus

Merci de lire les articles sur Bayreuth dans l'ordre des numéros

Le courrier annonçant notre admission pour cette saison 2012 dans le Temple de la "Verte Colline" nous prit par surprise. La récompense de six années de patiente assiduité dans le renouvellement de la demande nous prenait de court et un temps d'intégration à l'idée nous fut nécessaire avant que nous retournions le chèque de réservation.
Les formalités annexes (voyage, logement) rapidement menées, il ne nous resta plus qu'à attendre le sept août, jour du départ.

Le huit août au matin, jour de notre premier spectacle (Lohengrin), nous allions repérer les lieux...


Le Festspielhaus
- Historique :
   Après avoir souhaité SON Festival à Munich, Richard Wagner se décide pour cette localité de Franconnie, Bayreuth, dont il pense que l'opéra existant, construit au XVIIIème par la margravine "Wilhelmine", peut l'accueillir. Mais les dimensions et le style très roccoco ne convenant pas à l'oeuvre wagnérienne, le compositeur décide la construction d'un Palais des Festivals sur une colline au nord de la ville. Louis II de Bavière finance le projet et Wagner décide d'adapter un projet avorté de l'architecte Gottfried Semper, sans d'ailleurs lui demander son consentement...

Le 22 mai 1872, la première pierre est posée sur "La Colline Sacrée" comme la nommeront les wagnerophiles français. Wagner fait construire, parallèlement, la "Villa Wahnfried" pour loger avec sa famille.

Du 13 au 17 août 1876, a lieu l'exécution complète de la tétralogie "L'Anneau du Nibelung" (les deux derniers opéras étant donnés en création mondiale). Le Ring et Parsifal (1882) furent composés pour le Festspielhaus. Les cinq autres opéras de la maturité (Lohengrin, Le Vaisseau Fantôme, Tannhaüser, Les Maîtres Chanteurs de Nuremberg et Tristan et Isolde) furent créés antérieurement dans des théâtres traditionnels.

- Le bâtiment :
   L'extrême simplicité du bâtiment s'explique par l'espoir d'une construction postérieure plus aboutie, projet qui n'a jamais vu le jour.

D'une grande sobriété - presque rustique - le bâtiment en briques et en bois surprend par son aspect quelque peu austère. Là où l'on imaginait de l'élégance, l'ensemble, un peu massif, est cependant équilibré. Le portique en haut duquel la "Fanfare" de l'orchestre sonne les fins d'entractes fut ajouté ultérieurement. Dans le parc environnant on trouve bars et restaurants où le public reprend des forces entre les actes ainsi qu'une boutique et la succursale de La Poste Allemande où vos cartes reçoivent le tampon spécial du Festival... !

La grande majorité des festivaliers est en tenue de soirée (robe longue et smoking).

- La Salle :
   La majeure partie des places (moins de deux mille) est répartie en amphithéâtre imitant les théâtres antiques. En arrière, quelques places en loges et un balcon. La pente et les strapontins irrégulièrement alignés permettent une vision assez correcte de la scène.
Les sièges en bois, sans accoudoir, sont assez inconfortables malgré leur mince capiton de tissu. Le festivalier averti vient muni de son coussin afin de profiter au mieux de la musique.


Le public pénètre dans la salle par des portes sur les côtés qui desservent quatre ou cinq demies-rangées. Il est donc recommandé, si la place attribuée est centrale, de ne pas attendre la dernière note de la dernière sonnerie pour regagner son siège car tout le monde attend debout, vu l'espace réduit entre les rangées, que la rangée soit pleine pour s'asseoir.

Le décor - ou plutôt l'absence de décor - de la salle est dépouillé et assez tristounet dans ses tons de beige délavé que quelques guirlandes fleuries tentent d'égayer. Six cloisons s'avancent entre chaque porte et supportent les éclairages. Elles ont une importance dans le confort acoustique du lieu. Et, puisqu'on en parle...

- L'acoustique :
   C'est la marque du Festspielhaus et c'est l'élément qui m'a le plus impressionnée malgré l'idée que j'en avais pour en avoir beaucoup entendu parler.

De multiples raisons à cela :
  • les matériaux utilisés dans la construction du théâtre, principalement la brique et le bois
  • les dimensions réduites et équilibrées de l'ensemble
  • l'enfouissement de la fosse d'orchestre sous la scène et sous une planche, ne laissant voir aux chanteurs que le Chef
  • le "passage" des voix vers la salle, même venues du fond de la scène grâce à la structure qui réverbère et mixe le tout (orchestre et voix) pour le rendre homogène.
Le son est parfaitement équilibré, jamais saturé, et s'harmonise merveilleusement pour atteindre nos oreilles, même dans les passages les plus pianissimo. Je n'ai, à ce jour, jamais entendu mieux ni même aussi bien, dans aucune autre salle d'opéra ou de concert.

Je me demande alors pourquoi ce modèle, d'une grande simplicité, n'a-t-il pas été appliqué dans les salles de concert ou d'opéra modernes ?

Pourquoi continuer de construire des salles immenses, en béton armé, plastique et tissu où le son va se perdre dans des hauteurs vertigineuses et ne nous parvient qu'appauvri et dénaturé ?

Indépendemment d'une trop grande fréquence des rôles successifs, pourquoi les voix de nos chanteurs actuels sont-elles si fragiles si ce n'est de chanter dans des lieux inappropriés aux dimensions extravagantes ? On a l'impression qu'ils n'ont pas "de coffre" malgré une meilleure technique ; alors d'où vient cette sensation d'une moindre ampleur sinon qu'il leur faut :
  1. passer une fosse parfois immense (Bastille, Vienne...)
  2. emplir un espace démesuré pour atteindre les oreilles des spectateurs du dernier rang du dernier balcon ?
Dans le Festspielhaus, le son circule et est canalisé par les parois, le plafond et les cloisons des côté, en bois, dans un espace à taille humaine, sans lourds drapés de velours, sans loge où il ne parvient pas... ; les hommes de l'antiquité avaient trouvé le principe, Wagner (et surtout G. Semper) l'a appliqué au théâtre fermé pour notre plus grand bonheur ! Appliquons-le encore et on oubliera les sonorisations nécessaires à présent dans une grande partie des salles lyriques !


Mon Bayreuth 2012 - 3 Impressions Musicales

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Impressions musicales

Lohengrin 

Le 8 août, je goûtai pour la première fois à la magie du lieu. Et je fus, musicalement, gâtée. Sous la baguette enlevée et énergique d'Andris Nelsons, l'Orchestre et les Choeurs me portèrent au-delà même de mes espérances. Je vous épargne les superlatifs mais c'était Grandiose !

La distribution, d'une belle homogénéité et d'un haut niveau de talent, m'a permis de savourer chaque mesure de cette oeuvre.

Samuel Youn est un Hérault au timbre sombre et à la voix ample.
L'Ortrud de Susan Maclean ravit par son engagement, son timbre velouté, quelques aigus un peu tendus pondèrent la première très bonne impression mais l'ensemble est très beau.

Le baryton Thomas J. Mayer est un excellent Friedrich von Telramun au style impeccable ; lui aussi très concerné, la tessiture lui convient parfaitement et la clouleur du timbre est belle.

Wilhelm Schwinghammer est le plus effacé de la distribution sans toutefois démériter dans le rôle du roi Heinrich. Le timbre n'est pas d'une grande qualité mais l'ensemble est solidement interprété, avec style.

Annette Dasch est une Elsa toute de doutes et de fragilité. Aucune faille dans le chant,les aigus sont limpides, le timbre aérien et le style parfait.

Klaus Florian Vogt est, après Jonas Kaufmann et avec des qualités très différentes, voire opposées, le ténor qui m'a le plus impressionnée ces dernières années. J'ai été frappée par l'excellence de son placement de voix que ce soit dans ses parties piano ou dans les longues phrases forte. Aucune faille, pas de détimbrage, une projection idéale. Dans cet espace où chaque note nous parvient avec une grande netteté, la pureté de cette voix est saisissante. Probablement due à la sonorité argentée de son timbre, cette impression convient parfaitement au personnage de Lohengrin. J'ai écouté à la suite sur Youtube l'air final "in fernem Land" par les deux ténors et le ressenti est très éloigné d'une voix à l'autre sans que je puisse trancher sur ma préférence entre l'argent et le bronze des deux timbres. Les qualités de chant et de style sont identiques mais rien n'est pareil.

Scéniquement, K.F. Vogt est l'exacte représentation du "Fils de Parsifal".

L'ovation du public - la plus enthousiaste et la plus démonstrative - à l'issue de la représentation a salué bruyamment (avec claquements de pieds) ce Lohengrin.

Tannhäuser 

Il fallait tout le talent des choristes, musiciens et solistes, dans la magnifique sonorité du lieu, pour oublier le hideux décor de cet opéra.

Sous la baguette de Christian Thielemann, l'orchestre délivre de belles sonorités et le rythme est, globalement, allant avec de belles couleurs et lyrisme. Le choeur toujours magistral.
Torsten Kerl est un Tannhäuser assez terne. Le timbre est quelconque et l'aigu peu sûr, tout en force. Une pâleur que l'on retrouve scéniquement.
La Vénus de Michelle Breedt peine également dans l'aigu mais le timbre est intéressant.
Camilla Nylund possède un très joli timbre, une voix aérienne, pas très volumineuse mais très bien placée. Son Elisabeth est particulièrement émouvante.
Michael Nagy

Quoique secondaires, les rôles de Hermann par Günther Groissböck, Walther par Lothar Odinius et, acclamé par le public, Michael Nagy dans Wolfram sont à mentionner particulièrement par leur talent. Nagy possède un beau timbre de baryton, sombre, une voix ample au style parfait, beaucoup de présence.

Une distribution homogène d'un bon niveau mais dont je ne me souviendrai que par rapport au lieu.


Parsifal 

Ceux d'entre-vous qui ont eu le loisir et le courage de résister aux outrances scéniques, probablement augmentées par les plans rapprochés de la caméra, ont pu profiter de ce "Parsifal" retransmis en léger différé sur Arte.
Une très belle distribution où, là encore, le rôle titre ne se taille pas la meilleur part, tout en demeurant plus présent vocalement que T. Kerl dans Tannhäuser.
Moins aride et rocailleux aussi, Burkhard Fritz semble peiner dans on duo avec Kundry à la fin du second acte. Au III, il offre cependant un monologue puissant.

Moins à l'aise que dans Ortrud, Susan Maclean a une légère tendance à "tuber" certains graves et connait quelques déboires avec ses aigus. Le velours du timbre en souffre malheureusement et l'ensemble est assez inégal.

Scéniquement très émouvant malgré les "trucs" environnants de la mise en scène, Detlef Roth est un Amfortas solide. Le timbre est ample, la voix large.

Thomas Jesatko a fière allure dans son costume de "Marlène" plus ange noir qu'"Ange-Bleu" ; il fallait bien sa silhouette longiligne et ses très belles et longues jambes pour n'être pas ridicule en bas noirs et porte-jarretelle dans le rôle de Klingsor ! Vocalement également il est très crédible. Pas d'énormes moyens mais une parfaite maîtrise de sa technique, un timbre agréable et beaucoup d'aisance.

Une belle ovation du public - à laquelle je participai - fut la récompense de la très belle interprétation de Kwangchul Youn dans Gurnemanz. Un timbre sombre et sonore, une ligne impeccable, une énorme présence.
Le frisson fut garanti par l'unité, la puissance et la musicalité du choeur.

Philippe Jordan a su faire une entrée remarquable et remarquée dans le temple W, réussissant à imprégner sa clarté, sa souplesse sans ôter le solennel et tout en s'appropriant magnifiquement la particularité de l'acoustique du lieu. Il a reçu, lui aussi, un chaleureux accueil du public.


Conclusion

Et voilà ! C'est la tête pleine de sonorités graves et lyriques, de sonneries et de choral flamboyant que je suis revenue.
La chance - après six ans d'attente seulement - a permis que je participe à cette saison 2012 du Festival de Bayreuth, encore valide et les oreilles parfaitement en état pour en percevoir toute la magie.
Je garde au coeur des émotions particulières et remarquables, intenses, et à l'esprit des souvenirs incroyablement riches et incomparables.

jeudi 12 juillet 2012

Impressions d'automne

Non, je ne vais pas vous parler de météo...

Dernière représentation de la production de "Arabella" à l'Opéra Bastille ce mardi 9 juillet où, par ailleurs, France 2 retransmettait "La Bohème" de Puccini en direct des Chorégies d'Orange.

Richard Strauss termine la composition de Arabella alors que son librettiste (Hugo von Hofmannsthal) n'est plus de ce monde depuis 1929. La création a lieu à Dresde en 1933 et est immédiatement bien accueillie. L'intrigue en est à la fois simple et touffue : une jeune fille fait languir maints soupirants en attendant le grand Amour. Sa famille, ruinée, a travesti sa soeur cadette en garçon afin de pouvoir mieux marier l'aînée dans l'espoir de redorer son blason. Ayant pris connaissance d'un courrier destiné à son défunt père et du portrait d'Arabella qui y était joint, Mandryka - hypnotisé par l'image d'Arabella - débarque à Vienne de ses Carpathes natales. Dès leur mise en présence, l'Amour illumine les deux personnages, cependant qu'un des soupirants, Matteo, se lamente et se confie à Zdenka qu'il croit son meilleur ami. Cette dernière, amoureuse de cet "ami très cher", s'offrira à lui en se faisant passer pour sa soeur. Quiproquo qui jettera la confusion la plus totale dans l'action jusqu'à un dénouement heureux de l'affaire ; assez rare à l'opéra pour être signalé.

Musicalement, l'oeuvre de Richard Strauss tient du "Rosenkavalier" et de "Ariadne auf Naxos". Une belle partition admirablement dirigée par Philippe Jordan qui tiendra son orchestre sous boisseau, dans la légèreté, toute la première partie et libérera les subtilités plus sonores dans la seconde, avec un beau lyrisme.

Marco Arturo Marelli plante un beau décor aux tonalités bleutée, assorties aux robes de l'héroïne. La piste tournante et les ouvertures diverses offriront autant de passages aux protagonistes pour les nombreuses entrées/sorties de scène. Débarrassé des clinquants accessoires XVIIIème, l'espace laisse le champ à une belle direction d'acteurs. Bonne idée également la multiplication d'Arabella valsant pendant que son adorateur la cherche. La note de couleurs plus vibrantes est mise dans l'apparition de "Milli des Cochers", soprano léger dont le rôle n'est pas sans rappeler la "Zerbinetta" d'Ariadne. La voix, petite mais très bien projetée, de Iride Martinez assure ce rôle avec aisance.

Les parents, douteux et désolés, sont très bien campés par Doris Soffel (mezzo) et Kurt Rydl (baryton-basse).
Joseph Kaiser, jeune baryton, est un Matteo très crédible, de même que Genia Kühmeier qui joua et chanta avec justesse et émotion le rôle délicat de Zdenka.

Le baryton Michael Volle est la très bonne surprise de cette distribution dans le rôle de Mandryka. La voix est large, le timbre coloré, le style et la prononciation parfaits. Il est ce personnage à la fois bourru, naïf et attachant et ne manque pas, parmi les traits appuyés du personnage de comédie, de chanter avec beaucoup de legato et d'élégance les mesures les plus lyriques.






La tête d'affiche de cette production était la soprano américaine, Renée Fleming, très attendue à l'ONP depuis l'arrivée de Nicolas Joel à la direction.

Au physique et à la présence scénique, la belle Renée demeure sans doute, à 57 ans, une des plus crédibles Arabella.

Vocalement, on peut regretter que le médium se perde un peu dans les sonorités de l'orchestre et passe difficilement la fosse dans la première partie. La seconde partie en revanche, plus légère, permet à la chanteuse de déployer tout son art et la suavité de don beau timbre. On perçoit cependant, malgré des aigus parfaitement placés et toujours très enrobés et crémeux, une pointe d'acidité dans les notes de passage. Comme un léger parfum d'automne s'instillant dans cette voix qui nous donna certainement davantage de bonheur qu'elle ne nous en donnera...

jeudi 28 juin 2012

Une étoile lyrique est née...

Je souhaite vous faire partager mon enthousiasme pour la très belle voix du très jeune (23 ans) baryton-basse canadien Philippe Sly qui vient de remporter le premier prix du Concours Musical International de Montréal.

Qu'un chanteur de cet âge possède à ce point une telle maturité vocale, stylistique et une telle ligne de chant, avec en prime un timbre d'une grande qualité est assez incroyable pour être signalé.

Je vous invite à écouter (et réécouter) l'émission du samedi 23/06 de Gaëlle Le Gallic sur France Musique "Concert de midi et demi, Jeunes Interprètes" en suivant le lien ci-après : http://sites.radiofrance.fr/francemusique/_c/php/emission/popupMP3.php?e=90000064&d=515000519.
Vous y entendrez également le second et le troisième prix de ce concours, une mezzo-soprano suisse et un baryton américain, excellents également tous les deux.

Ne manquez pas non plus la prochaine émission de samedi (30/06 à 12h30) qui sera consacrée au jeune chanteur Québecquois venu donner un concert dans les locaux de Radio-France.

Une "Perle" pêchée à l'Opéra Comique

Du très sobre décor tout en ciel et en plage, rappelant très vaguement une peinture de Zao Wou-ki (dans les moins colorées d'entre-elles) et plongeant du fond vers l'avant-scène en toboggan, rien ne vient distraire l'attention du spectateur de cette représentation des Pêcheurs de Perles.

Et ce n'est pas l'absence totale de direction d'acteurs ni l'utilisation des choristes comme "Choeur Antique" et non comme intervenants, qui nous distraient du texte de ce livret, somme toute assez banal : deux amis (Zurga et Nadir) amoureux de la même prêtresse (Léila).

De l'oeuvre de Bizet, composée en trois semaines dans sa vingt-cinquième année, je gardais un souvenir chargé de nostalgie et ma crainte d'un éventuel désenchantement me saisit aux premières notes. Mais non. Préludant l'écriture de sa Carmen, Bizet compose une partition où airs, duos, ensembles et surtout, le Choeur, nous proposent tout son art de la mélodie. L'orchestration n'est pas en reste et, quoique dirigé trop souvent trop lentement par le jeune chef britannique Leo Hussain, le Philharmonique de Radio-France sonne bien et l'ensemble est cohérent.

Il faut bien reconnaître, également, que la quarantaine de choristes qui compose l'ensemble "Accentus" manque là, singulièrement, de "punch", ou si vous préférez, de lyrisme. Certes plus habitués aux oratorios baroques et autres messes, ils ouvrent et ferment la bouche à l'unisson, produisent des sons uniformes, mais manquent totalement d'inspiration lyrique et de présence scénique.

Cette dernière ne leur est d'ailleurs pas demandée par le metteur en scène japonais, Yoshi Oida, pas plus qu'aux solistes. Et si la chorégraphie - à mi chemin du mime - propulsant en ralenti les danseurs-pêcheurs dans des plongeons expressifs, illustre la tâche des hâbitants de ce village de Ceylan, la répétition des mouvements ne comble pas le vide.

Les solistes occupent donc l'espace sonore avec des fortunes diverses. Le jeune ténor russe Dmitry Korchak n'est pas à la hauteur de la tâche dans le rôle de Nadir. Timbre clair (trop), technique insuffisante, manque d'engagement. Des rôles du baroque lui conviennent sans doute mieux, encore que les aigus soient souvent trop ouverts.

Le baryton français André Heyboer, lui, chante avec style, un beau timbre et une bonne prononciation. Le volume, dans cette salle aux dimensions pourtant tout à fait "humaines", est cependant un peu trop modeste.

Le bonheur de cette production vient, incontestablement de la perle venue de Bulgarie : Sonya Yoncheva. Jeune soprano au physique des plus agréables, elle parcourt cette partition avec une facilité déconcertante, son beau timbre se jouant des embûches, des vocalises, de la ligne, du style, des aigus...

Le tout est solide et ample et, pour le coup, on aimerait un collier tout entier... retenez son nom, je pense qu'on la reverra sur les scènes lyriques.

A noter dans vos tablettes que France Musique diffusera ce concert le 4 septembre prochain à 20 h 00.





dimanche 17 juin 2012

Ellene Masri au Sunset

Le célèbre club de la Rue des Lombards accueillait vendredi soir la très belle Ellene Masri, chanteuse au talent prometteur.

Si le physique de la belle brune au magnifique regard d'eau nous accroche dès le premier moment, ce n'est certes pas là son seul atout. Ellene Masri chante bien, très bien même et son timbre à la fois conquérant et doux nous charme tout au long des deux sets de son concert.

Les musiciens qui l'accompagnent sont très talentueux, surtout Benjamin Petit au saxophone et à la flûte traversière.

Ils ont interprèté l'ensemble des titres de l'album que vous trouverez bientôt dans les bacs.

De jeunes talents à suivre...

Du Lycée Henri IV à l'église Saint-Etienne-du-Mont

On ne rate pas l'opportunité de visiter un lieu habituellement fermé à la curiosité. J'ai donc suivi Agnès le long des cours et couloirs du très beau et vaste Lycée Henri IV à Paris.

A l'emplacement de l'actuelle rue Clovis - où se trouve situé l'entrée du Lycée - s'élevait l'ancienne abbatiale de l'Abbaye Sainte-Geneviève, instituée par Clovis et Clotilde en 502.

L'établissement d'enseignement actuel occupe ce qui subsiste des bâtiments des XIIème et XVIIIème siècles de l'Abbaye : l'ancien clocher - dit "Tour Clovis" aujourd'hui - surplombe l'ensemble, l'actuelle chapelle en était le réfectoire et les différentes bibliothèques du Lycée occupent une partie des bâtiments conventuels. Ceux-ci auraient d'ailleurs bien besoin d'être restaurés (plafonds, coupole et stucs...) ; sans doute les dons de mécènes généreux seraient-ils les bienvenus. Qu'on se le dise !



L'établissement accueille aujourd'hui près de 2500 élèves répartis entre le Collège et le Lycée + les classes Prépa. La moyenne de réussite au baccalauréat est spectaculaire puisqu'elle atteint 100 % presque tous les ans... !

De l'autre côté de la rue Clovis, s'élève l'église Saint-Etienne-du-Mont. La reconstruction de l'édifice d'origine s'impose au XVème siècle et les travaux de l'abside et du clocher sont ébauchés en 1494. Sa construction s'étalera jusqu'en 1626. Les Grandes Orgues sont installées en 1636 et une nouvelle chaire en 1651.




Le magnifique jubé - le seul subsistant dans une église parisienne - est construit entre 1530 et 1537. La première pierre de la façade est posée par Marguerite de Valois (la Reine Margot) en 1610.

L'église abrite la Châsse de Sainte-Geneviève, vide de ses restes brûlés sous la Révolution. On y trouve également les dépouilles de Pierre Perrault (le père du Conteur), du peintre Eustache Le Sueur, de Blaise Pascal, de Jean Racide et d'Isaac Lemaistre de Sacy.

La visite de cette église s'impose si vous sillonnez ce très ancien quartier de Paris.

samedi 16 juin 2012

Concert à Héricy


Il y a déjà une semaine, je suis allée assister au concert donné dans la très belle église du XIIIème, Sainte-Geneviève d'Héricy (Seine et Marne) par l'Orchestre Philharmonique du Pays de Fontainebleau et la Chorale "A Travers Chants" de Villiers sous Grez (toujours en Seine et Marne).

Le programme, entièrement consacré à Beethoven, nous offrait la Symphonie n° 3 dite "Héroïque". L'OPPF, emmené par la baguette énergique de son chef, Fabrice Fortin, nous a grattifiés d'une interprétation enlevée, aux accents tour à tour fougueux et mélodieux de la partition de L. Van Beethoven. Les tempi sont vifs et l'ensemble bien maîtrisé. Une belle performance pour cet orchestre dans les pupitres duquel on trouve des pro et des amateurs et qui ne répètent qu'une fois par semaine.

En seconde partie, le chef et l'orchestre, augmenté de la chorale "A Travers Chants" et d'un quatuor de chanteurs solistes, nous interprétaient "La Messe en Ut" op.86.

Jasmina Varallo, soprano, Pauline Leroy, mezzo-soprano, Florent Thioux, ténor et Jérémie Delvert, basse, ont mis tout leur talent au service de cette partition de Beethoven qui, dans toute son oeuvre n'a pas vraiment favorisé les voix.
Je salue l'excellente interprétation de l'ensemble choral, résultat du travail effectué sous la direction de son chef, Bernard Leroy.

Fabrice Fortin a, là encore, su mettre en évidence les qualités de ses musiciens, des chanteurs et des solistes dans l'exécution des cinq parties de cette oeuvre.

                                                                         Bravo à tous !

samedi 26 mai 2012

Barbara de Christian Petzold

Une fois n'est pas coutume et, même s'il n'est que le septième, l'art du cinéma a droit de citer dans ce blog.

Sur le conseil d'une amie, je suis allée voir le film "Barbara" du réalisateur allemand Christian Petzold qui s'est vu décerner l'Ours d'Argent 2012 du Meilleur Réalisateur à Berlin.

Quelque part dans l'Allemagne de l'Est en 1980, Barbara (merveilleuse Nina Hoss), prend ses fonctions obligées de médecin dans un hôpital perdu dans une province profonde.

On ne saura pas grand chose d'elle avant, sinon qu'elle sort de prison et que cette affectation est une punition. Mais son beau regard velouté et ses silences profonds nous en diront assez sur ses souffrances, ses humiliations et sa révolte grave.

De fait, l'action du film est traitée à minima durant cette heure trois quart. Mais de ces chemins de campagne balayés par le vent, des couloirs ternes et lugubres de l'hôpital, des étreintes ardentes avec son amant et des échanges muets avec "André" (R. Zehrfeld), le docteur en poste, ressort une atmosphère glaçante, grave et profonde.

Quant à la conclusion du film, une belle fin lumineuse et triste, elle touche notre âme et nous laisse tout aussi silencieux que la fascinante Barbara.

A voir ABSOLUMENT !

dimanche 20 mai 2012

Dietrich Fischer-Dieskau chez les Séraphins

Que l'incomparable baryton allemand, Dietrich Fischer-Dieskau ait choisi de rejoindre le choeur céleste en plein Printemps se révèle d'un romantisme achevé pour cet infatigable interprète du "Wintereisse" (Voyage d'Hiver). Mais pour nous, pauvres voyageurs orphelins, ce départ laisse un vide vertigineux et nous plonge dans une profonde tristesse.

Je renvois tous mes lecteurs vers les sites de la presse française et internationale (pour les multilingues) qui rend, unanimement, hommage au grand chanteur qui nous laisse, heureusement, une immense discographie des lieder de Schubert (dont il grava l'intégralité des 600 lieder), Schumann, Wolf, Mahler, Brahms...

Je ne vais pas prétendre à une parfaite connaissance de ce chanteur que je n'ai jamais eu le bonheur d'entendre en direct, ni de l'art du chant de la mélodie allemande dont il s'est fait une spécialité, même si sa longue vie d'interprète l'a mené également vers l'opéra avec des rôles comme Amfortas, Wolfram, Wotan chez Wagner, Posa, Rigoletto et Falstaff chez Verdi, le Comte Almaviva des Nozze de Mozart et si sa curiosité musicale et ses rencontres lui ont permis de créer, en 1962, le "War Requiem" de Britten ou de "Lear" de Aribert Raimann en 1978. Beaucoup de spécialistes se sont déjà penchés sur son talent et des hommages nombreux lui seront certainement rendus sur les ondes, sur France Musique au moins, par d'éminents musicologues.

Je ne vous parlerai que de l'émotion toujours provoquée par son timbre ambré et léger à la fois, de cette voix qui m'a traversée jusqu'au coeur, d'emblée, et s'est installée dans ma mémoire musicale pour toujours et de ce phrasé qui "disait" des mots très doux sur cette musique aux intonations tellement mélancoliques que j'en oubliais cette défiance indéfinissable et inexplicable que j'avais, à l'époque, du chant en langue allemande.

J'en suis immédiatement restée béate et à chaque fois, depuis, cette voix devenue "intime" éveille en moi le même émoi, le même bonheur.

Grâce lui soit rendue pour ce patrimoine discographique phénoménal qu'il nous laisse. Sa disparition nous peine mais ce témoignage sonore nous console et nous consolera longtemps encore, jusqu'à notre propre fin.

mercredi 16 mai 2012

EXPO BUREN au SOLEIL !

Je prends dix minutes pour revenir sur l'exposition Monumenta sous la Nef. Je l'ai revue ce jour avec alternance soleil et nuages. Rien à voir avec l'autre soir sans soleil.

Des détails comme la bordure délimitant très concrètement les cercles en ombre lorsqu'il y a soleil, le reflet des vitres de la verrière peintes en bleu, des contrastes beaucoup plus marqués, des couleurs beaucoup plus franches... Bref, pour bien en profiter, à voir sous un ciel changeant. Et en ce moment, c'est possible !!

dimanche 13 mai 2012

"Lettres Intimes" rend hommage à Camille Maurane

J'ai passé ce samedi après-midi dans la Maison ronde de l'Avenue Kennedy où, comme chaque fois, un public passionné et attentif était venu assister à l'enregistrement de "Lettres Intimes", l'émission de Stéphane Goldet.

Ce numéro fut consacré à Camille Maurane, magnifique baryton qui illumina la mélodie française et le rôle de Pelléas.

Quelques enregistrements du grand chanteur agrémentèrent les propos de Stéphane Goldet qu'illustrèrent le baryton Thomas van Essen qu'accompagnait Emmanuel Reibel au piano, par des mélodies de Fauré, Poulenc et Ravel ainsi que des extraits lyriques.


Emmanuel Reibel                                                                                         Thomas van Essen

Les premières amours de Thomas van Essen se portèrent sur la musique baroque. Il en garde l'émission propre à cette technique vocale, parfaite dans les opéras du XVIIIème siècle. Elle me gêne un peu dans la mélodie fin XIX ou début XXème. Mais le parallèle avec Camille Maurane se retrouve au croisement du phrasé et de l'excellente diction du chanteur.

"Lettres Intimes" le dimanche de 18 h à 21 h sur France Musique.

"Ludique et colorée, mais pas seulement..."

Monumenta accueille, cette année, "Excentrique(s), travail in situ", installation haute en couleurs du créateur français Daniel Buren.

La première impression et, pour certains peut-être la seule, est ludique. On est frappés, dès l'entrée sous la Nef du Grand Palais par ces cercles aux couleurs acidulées, de différentes tailles, soutenus par une forêt de poteaux noir et blanc de 8,7 cm, les rayures Buren !


L'ensemble est destiné à évoluer au gré de l'ensoleillement ou de l'éclairage (pour ceux qui choisiront une entrée nocturne) et c'est, sans doute, son principal attrait. Sauf que la majorité des visiteurs n'auront qu'un aperçu des multiples facettes possibles s'ils se restreignent à une seule visite...

Au centre, une clairière de miroirs au sol, ronds également, offre - comme lors de la réouverture de la Nef après travaux - le reflet admirable de cette architecture de fer et de verre.

Passez faire un tour sur la passerelle au-dessus de la Cafétéria pour une vue panoramique sur les cercles de couleurs. Au sommet du bâtiment, le drapeau tricolore a été remplacé par l'emblème bleue du créateur, à sa demande. L'avoir permis ne me choque aucunement ; je trouve simplement la démarche quelque peu prétentieuse.




Vous pourrez traverser l'ensemble en dix minutes ou flâner plus longtemps en cogitant sur les motivations de l'artiste. Attention toutefois à ne pas vous cogner dans les très nombreux poteaux ! Et munissez-vous d'un appareil photo si vous souhaitez garder un souvenir.