mardi 30 avril 2013

Don Carlo de G. Verdi au T.C.E.

Ce fut, hier soir, une excellente soirée d'opéra au Théâtre des Champs Elysées.

L'orchestre et le choeur du Teatro Regio Torino, sous la direction de Gianandrea Noseda, ainsi que les solistes en grande partie italiens, nous on régalés de cette oeuvre magistrale de Giuseppe Verdi, Don Carlo, qu'ils venaient de représenter dans la ville italienne.
Don Carlo à Turin - L. Tézier et B. Frittoli

Il existe plusieurs versions de Don Carlo :
  • la première en cinq actes et en français sans ballet, de 1866
  • la version de Paris, création le 11 mars 1867 : Verdi ajoute le ballet "La Pérégrina" et remanie l'oeuvre pour maintenir la durée à trois heures. Il supprime surtout la première partie de l'acte I
  • la seconde, dite Version de Milan (1884), en quatre actes, révisée par le compositeur, sans l'acte I dit "de Fontainebleau" mais sauvant l'air du ténor replacé au début du II et sans ballet, créée à La Scala en 1884. Il manque également dans cette version, un très bel ensemble entre Philippe II et Carlo + quelques choristes au troisième acte, après la mort de Don Posa
  • Version de Modène (1886) : ici, on retrouve l'acte I dans sa forme abrégée de la création à Paris ; il s'agit d'une version hybride entre les versions de 1867 et de 1884.
  • de multiples autres versions ont été représentées, réintroduisant le premier acte et effectuant d'autres coupures par ailleurs... 
  • Les choses sont encore compliquées par des découvertes récentes qui ont été faites de partitions de la version originale. La question de la "bonne" version reste donc ouverte... !
Hier soir, c'est la version de 1884 qui nous a été représentée.

Les choristes du Teatro Regio Torino, grands habitués de ce répertoire, nous ont gratifiés d'un bel ensemble de belles voix, homogène et sonore. Ils ont fourni une belle prestation surtout dans la scène dite "de l'autodafé" au III.
Gianandrea Noseda
L'orchestre, quant à lui, emmené avec précision et vigueur, lyrisme et maturité par son chef Gianandrea Noseda, a très largement contribué aux grandes émotions qui nous ont parcourus lors de cette soirée.

Je salue les quatre rôles très épisodiques de la distribution : Dario Prola, Luca Casalin, Sonia Ciani et Erika Grimaldi. Cette dernière, soprano au joli timbre et à la légèreté tout aussi céleste que la "voix céleste" qu'elle incarne au III.

La très jeune et très belle basse de Roberto Tagliavini nous promet, d'ici quelques années, des rôles plus consistants que celui du Moine d'une très belle tenue.

Marco Spotti



La très puissante scène où s'affrontent et se défient, vocalement les deux grands rôles de basse de l'oeuvre a été d'une très grande intensité. Le Grand Inquisiteur, en la personne du jeune Marco Spotti, voix ample, timbre percutant, affrontait le velours du timbre de Ildar Abdrazakov en Philippe II, non dénué pour autant de vaillance ni d'autorité. Un très grand moment !



Ildar Abdrazakov


Un moment d'une grande émotion également, l'air de Philippe II qui entame le IIIème acte. IldarAbdrazakov l'interprète presque exclusivement en demi-teinte, bien timbrée, très soutenue avec des phrasés d'une incroyable longueur. Et lorsqu'il lâche la bride à sa puissance et au lyrisme voulu, c'est tout simplement héroïque ! La longue salve d'applaudissements qui a salué cet air, de même que son salut final, fut à la hauteur du talent de ce chanteur.



Ludovic Tézier

Autre grand moment de cette oeuvre, le duo entre Philippe II et Don Posa au second acte. Là encore, deux personnalités se mesurent, deux conceptions du mondes, deux intelligences, deux sensibilités enfin qui vont se trouver et, finalement, s'accorder. Face à la basse russe, Ludovic Tézier a été, malgré son handicap physique passager, d'une très grande présence. Gêné surtout dans le médium, il lâcha ses aigus (sauf un) sans défaillance et nous assura d'un beau duo avec Carlo au I et dans la scène 2 du IV où il meure "en beauté" si j'ose dire... 



Stefano Secco



Stefano Secco qui a sauvé la soirée, aura été, tout au long de l'oeuvre, un Carlo tout à fait honorable.
Certes son timbre n'est pas d'une grande richesse et les aigus manquent de rondeur ; mais ils sont là, le style également et l'engagement dans le rôle d'une grande sensibilité.





Daniela Barcellona




La Princesse Eboli, en la personne de la mezzo Daniela Barcellona, possède une voix vaillante agréablement timbrée. Son air "O don fatal" est d'une excellente ferveur vocale et d'une belle maîtrise.




Barbara Frittoli


Dans Don Carlo, Elisabeth de Valois doit attendre le dernier acte pour déployer pleinement sa vocalité sa personnalité. Son air la rétablit dans sa maturité et donne là, toute sa force sensible, ce qui manque un peu à ce personnage dans le reste de l'oeuvre. Barbara Frittoli, malgré, elle aussi, son indisposition passagère, ne sera que peu gênée dans le médium. Ses aigus sont vaillants, le style d'une belle tenue.



Au final, nous avons, grâce à Verdi et à cette oeuvre que j'adore et dans laquelle j'ai toujours pensé qu'il n'y avait pas une note de trop dans ces trois heures, une très belle soirée d'opéra, où les chanteurs ont pu nous émouvoir et nous procurer un immense plaisir, sans falbalas mais sans partition ni pupitre, simplement en interprétant ce qui est écrit et composé, sans intellectualisme de bazar...

Merci au T.C.E. pour ce moment magique !










samedi 13 avril 2013

Siegfried à Bastille - 11 avril 2013

"Petit garçon dans la cour des grands"
Siegfried et Fafner (Torsten Kerl et Peter Lobert)

J'ai recherché dans mes archives mes impressions sur la représentation de la première série du Ring concernant cette seconde journée. Je ne l'ai pas trouvée, ce qui tendrait à prouver que je n'en ai rien dit...

Quant à cette représentation de Siegfried, si elle ne me laissera pas un souvenir impérissable, elle aura au moins permis que je m'interroge sur le manque d'intérêt que continue de susciter, pour moi, cette seconde journée de la Tétralogie.

Car, en effet, il s'avère au fil des représentations déjà vues, que la musique de Richard Wagner n'entre, en définitive, que pour très peu dans mon imperméabilité - j'ai même ressenti jeudi soir, grâce à Jordan et à son orchestre, de belles émotions lyriques - mais que ce magnifique héros dont l'imagerie descend du fond des légendes nordiques et germaniques, ne parvient pas à me convaincre de son essence "humaine surnaturelle". Même pas au troisième acte lorsqu'il est atteint par les mystères de l'amour et de la peur.

J'ajouterais que mon désintérêt à son endroit n'est qu'un supplément à sa malchance. Car enfin, voici le petit-fils du dieu des dieux, conçu dans l'inceste par les jumeaux dudit Wotan et d'une terrienne, donc davantage divin qu'humain, et destiné à devenir le super héros chargé de toutes les qualités physiques (beauté, force, vitalité et héroïsme forcément) dans la tête duquel on a placé un petit pois ! Ses émois, ses réflexions, ses choix sont primaires. Sa solitude devrait émouvoir, elle énerve. Ses actions devraient être éclatantes, il n'hésite pas à éliminer, plutôt férocement, tout ce qui l'entoure, y compris son grand père - certes, il ne sait pas qu'il l'est, mais tout de même ! -. Sa bêtise me navre, et je lui préfère les turpitudes des Nibelungen et autres dragons.
Siegfried et Mime (Torsten Kerl et Wolfgang Ablinger-Sperrhacke)

Que penser donc, de ce modèle auquel s'est identifiée toute une génération en Allemagne ?

Je comprends mal, enfin, que Brunehilde, la vierge courageuse de la première journée, quitte sa condition de divinité pour convoler avec cet énergumène naïf, certes séduisant et brave, mais dont la simplicité ne peut que la conduire à sa perte. Il en est malheureusement des personnages d'opéra comme des êtres qui nous entourent, on ne comprend pas toujours leurs motivations... 

Il est bien évident que la mise en scène ridiculement réductrice de Günter Krämer, en grossissant les effets, en maintenant Torsten Kerl dans cet infantilisme jusqu'au bout, en déguisant Mime en vieil homo des années soixante-dix, n'aide pas vraiment à élever le débat.

Qu'à cela ne tienne, je ne manquerai en aucune façon la troisième et ultime journée qui verra l'effondrement de la puissance divine !

Pour en revenir à cette représentation de jeudi, elle doit comme je l'ai dit plus haut, toute sa force de persuasion à son directeur musical, Philippe Jordan, et au merveilleux orchestre de l'Opéra de Paris qui ont produit des sonorités merveilleuses de cette partition, une clarté, un moelleux, une sensualité qui nous ont enchantés, particulièrement au cours du prélude et pendant le duo du dernier acte.

Côté chanteurs, Egils Silins (le Voyageur-Wotan), souffrant, a tenu à assurer sa participation, ce qui est courageux mais, avec des moyens très amoindris, ce qui s'est surtout ressenti dans les actes II et III. 
Egils Silins et Peter Sidhom (Le Voyageur et Alberich)

Pas de miracle non plus du côté de Torsten Kerl (Siegfried) qui chante avec style mais dont le beau timbre de ténor est par trop faible, presque absent dans le médium, et qui ne retrouve un peu de vaillance vocale que dans le suraigu. 

Les deux "Peter" - Sidhom (Alberich) et Lobert (Fafner) sont excellents vocalement et scéniquement.

Contrairement à son partenaire, Alwyn Mellor (Brunehilde) passe facilement l'orchestre et emplit Bastille de sa puissante voix. Son chant n'est pas pour autant dénué d'imperfections dans les aigus, souvent à l'arrachée, criés ni dans la justesse quelquefois approximative.

Qiu Lin Zhang est toujours, en dépit du vibrato, la magnifique Erda que son contralto déploie avec aisance.
Siegfried - Mime (Wolfgang Ablinger-Sperrhacke
Le triomphateur de ce plateau reste, sans conteste, le ténor Wolfgang Ablinger-Sperrhacke dans le rôle de Mime. La voix est exactement celle qui convient à cette tessiture singulière. Quant à sa prouesse scénique, elle est époustouflante de drôlerie, de justesse dans les déplacements, les mimiques et les gestes. Si, comme je l'ai dit, on peut souhaiter un Mime plus tortueux, plus noir, ce qu'il réalise ici en suivant, j'imagine, la direction d'acteur indiquée par Krämer, est assez prodigieux.

Globalement, j'ai ressenti une fatigue certaine de tous les chanteurs. La série est resserrée, les rôles lourds pour certains et la saison déjà bien avancée.


Rendez-vous en juin pour la suite du feuilleton...
















mercredi 10 avril 2013

Zao Wou-ki : le Maître des Espaces Vertigineux

Zao Wou-Ki à Paris en 2003
Ce Maître franco-chinois de l'abstraction lyrique, venu de sa Chine lointaine en 1948, a cessé de vivre hier, à 93 ans, en Suisse.

Zao Wou-Ki Portrait de femme - 1949
Né à Pékin le 1er février 1920, T'chao Wou-Ki est issu d'une famille d'intellectuels. La calligraphie habite son enfance et à quinze ans, il entre à l'Ecole des Beaux-Arts de Hangshou où, avec les techniques de la peinture à l'encre, il étudie l'art occidental. Mais l'académisme l'ennuie, il lui préfère l'impressionnisme, le fauvisme qui éclatent en Europe. Ce qu'il veut c'est  "juxtaposer des formes, les assembler pour qu'on y retrouve le souffle de l'air sur le calme de l'eau".

"La nécessité de quitter la Chine pour venir m'installer en France a été le premier geste chirurgical pratiqué sur ma propre culture pour commencer à régler définitivement le problème. C'était ça ou mourir"  Débarqué à Marseille après un mois de bateau, il prend le train pour Paris. Au chauffeur de taxi qui le charge à son arrivée, il n'indiquera que le seul mot français qu'il connaissait : "Montparnasse"

Dès son arrivée, il opte pour son pseudonyme "Zao Wou-Ki" et file au Louvre. Très vite, il s'entoure de nouveaux amis : Giacometti, Soulages, Henri Michaux... Il rend hommage à Matisse dans un de ses premiers tableaux. Pas encore familiarisé avec la langue française, il s'inscrit dans le mouvement qui porte les peintres de cette époque vers l'expérimentation de l'abstrait. En 1951, sa rencontre avec Paul Klee est déterminante. Le Maître l'invite "à déconstruire son style".
Zao Wou-Ki - Dyptique

Passionné d'art et de littérature, Zao Wou-Ki s'immerge très vite dans le milieu parisien mais n'en oublie pas pour autant ses racines chinoises, inscrivant des idéogrammes sur ses compositions où la couleur se déploie en espaces vertigineux.

C'est l'époque où sa peinture devient, comme il le dit lui-même "illisible", tendant vers "une écriture imaginaire, indéchiffrable".

Son ami Henri Michaux écrira, pour la préface d'une exposition à New York en 1952, que l'art de Zao Wou-Ki c'est : "Montrer en dissimulant, briser et faire trembler la ligne directe, tracer, en musant, les détours de la promenade et les pattes de mouche de l'esprit rêveur"
Zao Wou-Ki - Sans titre


A près de 90 ans, il réalise son oeuvre ultime en expérimentant un nouveaux talent artistique : des vitraux. Ceux du Prieuré de Saint-Cosme en Touraine que son ami, le poète français François Cheng, le convainc d'orner à l'encre de Chine.

Zao Wou-Ki Académicien


Mondialement célèbre, des rétrospectives lui sont consacrées tout au long de sa carrière et de nombreuses distinctions lui sont remises. En France, il reçoit la médaille de Grand Officier de la Légion d'Honneur des mains de Jacques Chirac et est élu à l'Académie des Arts et Lettres.




Il sera invité à revenir en Chine en 1983 pour y exposer à Pékin et Hangzhou. Il y retourne en 1985 pour enseigner et faire découvrir à ses élèves l'art occidental, auparavant prohibé.

Espérons que sur les cendres colorées du grand artiste Franco-Chinois, les héritiers cesseront leur polémique, survenue en 2012 quand son épouse, Françoise Marquet, décida de quitter le quartier de sa vie, Montparnasse, pour s'installer en Suisse. La bataille oppose en effet l'épouse à son beau-fils né d'un premier mariage et qui l'accuse d'avoir provoqué ce déménagement pour faire main basse sur l'oeuvre de l'artiste. Cette dernière, de son côté, invoque les meilleures conditions de soins que nécessite l'état de santé du peintre atteint d'Alzheimer.

Le Maître des Espaces Vertigineux méritait mieux, au soir de sa vie, que cette querelle familiale dictée par l'intérêt.
Zao Wou-Ki dans son atelier de "Montparnasse"


A Paris, on peut voir des oeuvres de Zao Wou-Ki principalement au Centre Pompidou et au Musée d'Art Moderne de la Ville de Paris.


mardi 26 mars 2013

Le son des cloches de N.D. de Paris

Avec tous mes souhaits de très Joyeuses Pâques, je vous convie à écouter le son des nouvelles cloches et bourdon de Notre-Dame de Paris, vidéo réalisée, pour vous, lors de la première sonnerie du 22 mars dernier.


Attention ! : n'oubliez pas le son...

vendredi 22 mars 2013

Chagall entre guerre et paix

Outre le titre emprunté à Tolstoï, la vie de Chagall - né Moïshe Zakharovitch Chagalov en 1887 en Biélorussie - se déroule dans les soubresauts des pogroms et des guerres qui secouèrent l'Europe au long de la première moitié du XXème siècle.

L'exposition s'articule en quatre étapes de la vie et de l'oeuvre du peintre : la Russie en guerre, l'entre-deux guerres en France, l'exil aux Etats-Unis et le retour en France après guerre.

Dans une première partie, des dessins à l'encre, réalisés au cours de la première guerre en Russie, sont d'une grande qualité et de nombreuses oeuvres sur papier créées à Paris, de même que les gravures et Eaux-Fortes qui illustreront la Bible et les gouaches préparatoires réalisées après son voyages en Palestine, nous plongent dans le monde mystique et sacré.

Durant son exil américain, conscient de la souffrance humaine, sa peinture s'assombrit de scènes de guerre, d'exode et de villages en flammes. Le thème de la crucifixion devient récurrent et il y mêle les objets rituels du culte juif, associant les vocabulaires du judaïsme et du christianisme.



Son épouse, Bella, décède pendant l'exil. Tout devient ténèbres alors et la peinture ne cesse d'être un vibrant hommage à son épouse défunte.










A son retour en France, en 1949, il parviendra peu à peu à retrouver la sérénité. Les thèmes s'ensoleillent dans des séries : Paris et ses monuments, bouquets...


Une belle exposition, complète, où l'oeil se ravit des couleurs crues et des rêveries du peintre après avoir côtoyé ses tristesses et ses blessures.

Musée du Luxembourg jusqu'au 21 juillet.



Attention ! La file d'attente s'allonge déjà ! Il est à craindre que le phénomène s'accentue au fil des mois. Un conseil : visez le matin (10 h), l'heure du déjeuner ou les nocturnes des lundis et vendredis car l'expo est dense et les salles petites !!!

L'Honneur des Femmes en deux films

A l'affiche, déjà depuis quelques semaines, deux films montent à l'assaut de l'obscurantisme religieux qui utilise un dogme pour brimer et opprimer la liberté des femmes. Deux histoires très différentes dans deux pays tout aussi dissemblables :

  • une très jeune fille (12 ans et demi) en Arabie Saoudite - Wadjda
  • une femme encore jeune en Afghanistan - Syngué Sabour - Pierre de patience


Haifaa Al Mansour
Du premier, on retiendra l'audace tranquille avec laquelle la réalisatrice - H. Al Mansour - développe ce sujet léger (une jeune fille met tout en oeuvre pour obtenir un vélo, objet réservé aux seuls garçons) qui permet la réflexion plus profonde, mais sans pathos, sur une poussée vers l'émancipation de la femme dans ce pays où l'homme règne en Maître.
La jeune interprète rayonne de grâce et de drôlerie.



Du second on sortira avec un double sentiment d'accablement et de révolte. La révolte contre ce monde absurde et tellement hypocrite que font subir ces "Fous de Dieu" aux populations et au harcèlement impitoyable qu'ils exercent envers leurs femmes. On en arrive à l'écoeurement ! Et la consternation devant le dénuement de ces gens qui, déjà en temps normal, vivent chichement, mais qui dans ces périodes de conflits subsistent de presque rien, ce presque rien se délitant au fur et à mesure des attaques et autres bombardements.



Atik Rahimi
Atik Rahimi, fort de son prix Goncourt pour ce roman décapant en 2008, aidé par J.C. Carrière, nous livre ce film fort et terrible où dans une ville afghane, une jeune femme, mère de deux filles, veille un époux qu'une blessure de guerre a plongé dans le coma. Cette veille s'accompagne d'un difficile exercice de survie au milieu de la mitraille et des soldats, en même temps qu'elle déverse dans les oreilles de cette momie qu'est devenu son époux, toutes ses frustrations, toutes ses douleurs, ses secrets les plus intimes et ses peurs permanentes depuis l'enfance où son père, déjà, traitait femme et filles avec brutalité.

 La très belle actrice iranienne, Golshifteh Farahani, est surprenante de vérité et de justesse dans le rôle de cette femme tiraillée entre la peur de Dieu et des hommes, le souhait de guérison de son mari sans qui elle n'est plus rien et une force qui la pousse vers cette inaccessibilité qu'est la liberté entrevue par la force des choses.



A voir absolument !!

dimanche 10 mars 2013

Marie Laurencin (1883 - 1956)

La longue et très détaillée biographie trouvée sur Wikipedia vous renseignera - tout comme moi - sur les péripéties étroitement mêlées, de la vie artistique (autant littéraire que picturale) et celle, quelque peu agitée, de cette figure emblématique des milieux à la mode du début du XXème siècle.

Si un musée "Marie Laurencin" existe à Tokyo, suite à l'acquisition d'une grande partie de la production majeure du peintre après sa mort, par des mécènes japonais, qui forment l'essentiel de cette exposition, complétée par quelques prêts de collections particulières, si le Japon a déjà organisé des expositions, Marmottan est le premier musée à proposer une rétrospective à Paris de la peintre française.

Cocteau



Portraitiste mondaine après la guerre de 14, elle a fréquenté à ses débuts et esquissé les tendances artistiques de ses amis du Bateau-Lavoir sur quelques toiles. Elle finit par créer un style qu'elle déclinera indéfiniment sans, malheureusement, en épaissir le propos.





Deux Espagnoles

Le baiser

Femme, Chien et Chat

Le monde de sa peintre est fait de rêveries de jeunesse, éternellement déclinées dans des tons de gris, de bleu et de rose où le modèle féminin surabonde, séduisant et frais, élégant et tout à fait charmant. Mais ces fines silhouettes épurées, si elles se rapprochent parfois des lignes d'un Chagall ou d'un Matisse, il semble qu'elles n'aboutissent jamais et finissent par se diluer pour ne plus représenter que de vagues tâches claires qui peinent à prendre chair et à nous toucher.

G. Apollinaire et ses Amis
Nicole Groult
Elle fut la maîtresse de quelques hommes dont Guillaume Apollinaire et l'amante que plusieurs femmes dont Nicole Groult.









L'intérêt premier de cette exposition consiste, certainement, à permettre la découverte de cette créatrice française qui compte dans l'Histoire de l'Art et de se faire une idée consistante de son oeuvre.

Décor pour "Les Biches"

Trois Jeunes Filles
Valentine




Exposition Marie Laurencin au Musée Marmottan,
du 21 février au 30 juin 2013
10 h - 18 h (20 h le jeudi)

jeudi 7 mars 2013

La Walkyrie - Bastille hier soir

Une grande déception !
La Walkyrie - Bastille 2013 - Final - A. Mellor,  E. Silins

Autant le Parsifal du MET est encore très présent à mon esprit, autant cette Walkyrie de Bastille s'en évaporera rapidement. Ce ne sont pas les modifications des costumes, pas plus que les mauvais aménagements scéniques revus par Günter Krämer, ni l'inexistence de direction d'acteurs, pas plus que la performance des chanteurs, à quelques exceptions près, qui graveront dans ma mémoire les images et les sons de cette soirée.

Car ce n'est pas en délimitant, au premier plan, un espace d'environ 10 m², sur un plateau qui en offre 750, et sur lequel se meuvent nos deux tourtereaux (Siegmund et Sieglinde) sur fond de rien-du-tout, que je risque de m'enflammer. Et ce n'est pas le foisonnement de pommiers en fleurs sous clair de lune (évoquant quoi ? devinez ! Oui ! le Printemps !) qui changent quoi que ce soit. S'il est vrai que l'acte I de Walkyrie est un acte d'amour (dans tous les sens), impossible de se convaincre de la force de cet amour devant cette femme plutôt belle et ce "pataud" looké loubard-de-banlieue, aux gestes étriqués, dans l'incapacité d'enlacer sa partenaire de ses deux bras...
La Walkyrie - Bastille 2013 - M. Serafin
Mais l'opéra, ce n'est pas seulement visuel ! me direz-vous ? C'est vrai et même, je suis la première à dire que c'est, avant tout, de la musique ! Encore faut-il, pour passer sur cette insuffisance (je modère mon vocabulaire...) que les chanteurs soient d'un très grand niveau. Ce n'est, malheureusement pas le cas du ténor Stuart Skelton dont le timbre est plutôt agréable et le chant stylé, mais qui manque singulièrement d'ampleur et de force de persuasion.
A ses côtés, Martina Serafin possède un chant léger (trop), une ligne sûre et de beaux aigus. Mais, là encore, on aimerait une plus grande vaillance et davantage de conviction. Il me semble que sa voix collerait mieux à "Elsa" (Lohengrin) qu'à "Sieglinde". 

Belle prestation, en revanche, du baryton Günther Groissböck dans Hunding. Puissance, belle étendue et timbre noir intéressant.

Le meilleur moment de la soirée nous viendra de la première partie du second acte, grâce à la mezzo Sophie Koch qui chante et interprète Fricka, face au Wotan élégant de Egils Silins. Un beau phrasé de la chanteuse, une technique aboutie, un timbre lumineux, beaucoup de conviction et, ce qui ne gâche rien dans ce rôle ingrat, une allure folle.
La Walkyrie - Bastille 2013 - S. Koch, E. Silins

La soprano Alwyn Mellor est une bonne Brünnhilde, voix puissante, qui déploie un chant stylé sur une très belle ligne. Quelques aigus un peu criés, malheureusement.

La scène de la mort de Siegmund sera manquée du fait de l'irruption de la "bande-à-Hunding" enfermant ,  une fois encore l'action (le duel), dans un cercle riquiqui de cinq mètres de diamètre.

Mais le pompon est atteint avec la chevauchée des Walkyries, toujours à l'avant scène (on sais bien qu'à Bastille les voix ne passent plus au-delà de cinq mètres du bord, mais tout de même !) lorsque nos Walkyries lavent des hommes blessés nus, ensanglantés, qui repartent soudainement, en pleine forme, en quelques pas scandés, cependant qu'immédiatement derrière cette scène, un bataillon de danseurs portant combinaison blanche et masque à gaz, bien éclairés, se livrent à une chorégraphie décalée du contexte et plutôt absurde. En 2010, j'avais trouvé cette rythmique amusante et pas dérangeante. Mais elle était exécutée bien en arrière plan. Sa mise en avant embrouille encore un peu plus le propos déjà confus... De plus, il m'a été donné d'entendre de meilleurs chanteuses, les voix n'étant pas formidables et une soprano détonnant. 

Le final, grâce à la musique de Wagner et au talent de Philippe Jordan et de l'orchestre de l'ONP, parviendra à se hisser à un niveau de qualité supérieur. Avant ça, on aura eu droit à l'interprétation, certes élégante et stylée de Egils Silins, mais à qui il a manqué l'engagement nécessaire pour nous convaincre de sa colère envers Brünnhilde, chantée avec le même calme que les adieux et les mains dans les poches !

On l'aura compris, si je salue toujours et ici également, la performance de bons chanteurs dans une oeuvre telle que celle-ci, j'aurais aimé le quelque-chose-en-++ qui permet de se transporter dans l'ailleurs wagnérien, ne serait-ce qu'en fermant les yeux. Je l'ai fait à Bayreuth face à des mises en scènes ineptes, à Bastille devant la vidéo aberrante de Tristan, et ça marchait.


Hier, malgré un orchestre somptueux, d'une clarté, d'une justesse, d'une puissance de conviction inouïes, incomparablement emmené par Jordan, je n'ai jamais pu décoller.



Il est vrai également que pour me convaincre, les interprètes ont dû surmonter les retardataires qu'on avait laissé entrer en cours de prélude, le téléphone mobile de ma voisine qui terminait sa journée professionnelle en répondant à ses textos et autres courriels et, de surcroît, tenter de dépasser en volume une avalanche de toux de catarrheux venus, ce soir-là, en grand nombre !