dimanche 2 avril 2017

Berlioz, Chostakovitch et Cie




B et B ne sont pas que les initiales de Bed and Breakfast. Ce sont aussi celles de Béatrice et Bénédict, couple chamailleur sorti de la pièce de Shakespeare "Beaucoup de bruit pour rien" d'où Hector Berlioz tire cette plaisante comédie. Créé en 1862 à Baden Baden (tiens, deux B encore !), l'opéra étonna positivement les critiques plutôt rébarbatifs aux sonorités plus éclatantes du compositeurs.



A Garnier ce 24 mars, l'oeuvre est représentée dans une version concert. Les scènes extraites de la pièce par Berlioz ne prêtent pas à un développement scénique convaincant et il est d'ailleurs difficile, malgré les textes intercalaires dits par des comédiens - et ici très bien dits par Didier Sandre - de s'y retrouver et on se perd vite dans cette drôle d'histoire.

L'équipe formée par Stephen Taylor, Nathalie Prats aux costumes et Christian Pinaud aux lumières, a très joliment et judicieusement mis l'ensemble en espace, avec simplicité et élégance.

Notre Directeur Musical préféré, Philippe Jordan, emmenait les forces orchestrales et chorales de l'Opéra National de Paris, toujours aussi performantes, avec le talent qu'on lui connaît et reconnaît. La riche orchestration berliozienne - cuivres et bois aux belles sonorités - a été largement mise en valeur lors de cette soirée.



Pour cette représentation unique, l'Opéra de Paris avait réuni une distribution brillante qui a été à la hauteur de ce qu'elle promettait. Cent pour cent française lors de la programmation, le ténor américain Paul Appleby comblait la défection de Stanislas de Barbeyrac souffrant.
Paul Appleby
Je l'ai, pour ma part, bien regretté, imaginant le jeune Barbeyrac beaucoup plus convaincant que son remplaçant, en particulier dans l'air très vaillant "Ah ! Je vais l'aimer !" Cependant, pour une prestation au pied levé, Paul Appleby a bien mérité des faveurs du public par sa diction, sa voix légère et sa belle présence.
Stéphanie d'Oustrac - Paul Appleby

Pour le reste, chacun était à sa place et, vocalement, en place dans son rôle. François Lis et Florian Sempey, respectivement Don Pedro et Claudio, ont été bien présents vocalement et scéniquement.

A noter l'intervention stupéfiante de Laurent Naouri en Somarone, superbement cocasse et nous servant "Le vin de Syracuse" de manière éclatante.
Laurent Naouri - Sabine Devieilhe - Philippe Jordan
Quant au côté féminin, je ne peux que saluer la belle performance des trois chanteuses. Sabine Devieilhe surmonte superbement le handicap d'un air qui ne laisse à la voix aucun répit, déployant sur toute sa durée toute la palette de ce qui peut être rendu par un soprano. Sans chercher à amplifier un volume qu'elle ne possède pas, elle nous comble par sa musicalité, son joli timbre et un aigu velouté et sûr.




Dans le sublime duo nocturne avec Ursule, le timbre chaud de Aude Extrémo se mêle si harmonieusement à la fluidité de celui de Sabine Devieilhe que l'on est transporté comme par magie.






Et lorsqu'un peu plus tard, Stéphanie d'Oustrac ajoute sa note plus cuivrée dans le trio, on retient de nouveau son souffle sur ces instants suspendus.

Stéphanie d'Oustrac a, par ailleurs, bien servi vocalement ce rôle ingrat, si bizarrement écrit. Scéniquement, elle fut parfaite de présence passionnée.





Sabine Devieilhe - Philippe Jordan - Stéphanie d'Oustrac





Aux Plaisirs du Quatuor - émission à venir le 8 avril à 16 h - nous avons assisté au 106, à deux grands moments musicaux - encore ! Merci Stéphane Goldet !





Grâce aux quatre musiciens du Quatuor Danel, le meilleur du Quatuor n° 8 de Chostakovitch fut un régal ! Magnifique ! Puis Claire Désert les a rejoint pour un Quintette en sol mineur avec piano du même Chostakovitch, superbement interprété. Ne manquez pas l'écoute ou la réécoute sur France Musique






Et le samedi suivant, nous prenions place dans le joli théâtre de Fontainebleau pour le concert de scènes d'opéra que donnent, désormais chaque année, les élèves de la Guildhall School of Music et Drama de Londres.

Le choix, très éclectique, des extraits proposés doit permettre d'apprécier les capacités des jeunes chanteurs dans une large palette de styles musicaux. Le niveau des interprètes est toujours très élevé et j'ai aimé la richesse de leurs qualités : respect des textes et du style, bel engagement, volume et ampleurs des voix.

Si le "cru" de cette année nous a semblé moins affûté que l'an passé, sans doute le doit-on au mauvais choix des extraits proposés. Il a été bon pour Hansel et Gretel (acte I) qui a permis aux quatre interprètes de s'exprimer pleinement, de même que pour le trio féminin de Béatrice et Bénédict.

En revanche, les extraits de L'heure espagnole, La Gioconda, Don Giovanni, The Turn of the screw et Cosi fan tutte, trop courts et/ou aux scènes mal assemblées, ont eu du mal à nous procurer une réelle émotion. Ajoutons à cela la très mauvaise option de terminer le spectacle par la sinistre scène 12 de Guerre et Paix, lugubre et accablant tableau sur une musique difficile - encore plus sans les couleurs d'orchestre. Maladresse de jeunesse non corrigée par les professeurs.

Nous les retrouverons cet été, pendant leur stage bellifontain au cours duquel ils nous présenteront peut-être des morceaux plus choisis.
Théâtre Municipal de Fontainebleau

dimanche 19 mars 2017

Carmen, privée de LIBERTÉ

La Liberté, c'est sa colonne vertébrale !
C'est l'essence même de sa nature, elle la respire par tous les pores de sa peau et c'est elle qui motive chacun de ses actes.

Elle gagne sa vie petitement mais librement comme cigarière, elle choisit de partager le quotidien des contrebandiers et c'est au nom de cette Liberté qu'elle aime - ou pas - les hommes qui croisent son chemin.


Mais le choix de Calixto Paieito, dans cette production de 1999 qui a bourlingué de par le monde, c'est celui de priver Carmen de cette indépendance d'esprit pour l'enfermer dans l'espace glauque et malsain de la prostitution et du banditisme. Hors des bas-fonds, pas de salut pour les femmes libres !

C'est ne pas avoir compris à quel point Carmen - personnage parfaitement fictif - est (ou plutôt devrait être) le porte-étendard du droit des femmes.


Car Mérimée, Meilhac et Halévy mis en musique par Bizet étaient bien plus visionnaires que ce metteur en scène qui ne voit dans la Liberté des femmes à choisir leur amant que créatures de mauvaise vie et maraudeuses sous la coupe de quelques fripouilles qui ne règnent que par la violence graveleuse.

Du coup, le mythe de la Liberté brisé, le personnage a perdu toute sa force, toute la puissance du message qu'il délivre, toute l'illusion qu'il porte au fond de l'âme. Carmen a beau clamer les mots du livret, leur sens est dévoyé et tombe à plat. Le propos ainsi porté entrave l'expression même de son message et lui retire toute crédibilité.

Le même sort est réservé - en plus avilissant encore - à Frasquita et Mercédès, rendant la portée du trio des cartes parfaitement inaudible.

Car, dans ce drame, le seul véritablement enfermé, c'est Don José. D'abord dans le carcan de la morale, puis dans celui de sa jalousie. C'est d'ailleurs ce qui place Carmen dans la lumière.

Mais peut-être M. Calixto Bieito n'a-t-il pas fait l'effort de prendre le parti de Carmen ? Celui des femmes...

Il y avait longtemps - vous l'aviez peut-être remarqué ? - que je passais sous silence mes avis sur les mises en scènes. Inutile de perdre son temps... Mais mon devoir de femme libre - même illusoirement - ne me permettait pas, ici, le silence. Cela aurait ressemblé à une trahison !


L'avantage à l'opéra, c'est qu'il y a la musique et des chanteurs. Et, pour cette représentation du 16 mars, nous avions un très beau plateau.

Malgré la direction trop lente et trop lourde de Giacomo Sagripanti, l'ensemble fut d'une très bonne tenue. Les Chœurs de l'Opéra de Paris ont été à la hauteur de ce répertoire qui est le leur.

Tous les nombreux seconds rôles ont été parfaitement tenus, avec une mention spéciale pour Vannina Santoni en Frasquita et Antoinette Dennefeld en Mercédès.


Tant vocalement que physiquement, l'Escamillo de Roberto Tagliavini nous a enchanté, du grave à l'aigu, dans son Toréador.








Belle surprise avec la Micaela d'Aleksandra Kurzak (Mme Alagna à la ville) qui a assuré avec ses
moyens mais beaucoup de conviction et de belles nuances dans ce rôle difficile qui doit parvenir à exister dans l'ombre du rôle titre.






Roberto Alagna était en pleine forme et c'est toujours un grand bonheur d'entendre ce merveilleux phrasé, cette ampleur, cette projection, ce beau volume au service d'un timbre toujours aussi
lumineux.


Clémentine Margaine possède tous les moyens pour devenir une grande Carmen : timbre, volume, ampleur, de beaux graves et des aigus très sûrs. Il lui reste à parfaire sa musicalité et à maîtriser la technique des sons piano ainsi qu'à peaufiner ses fins de phrases qui se perdent un peu dans le souffle. Je suis certaine qu'elle en a les capacités et que, le travail aidant, elle deviendra une grande mezzo.



Et vivement une mise en scène de Carmen qui lui redonnera "...surtout, la chose enivrante : LA LIBERTÉ, LA LIBERTÉ !"

dimanche 12 mars 2017

Divers plaisirs...

Bravant rafales et giboulées ou délaissant les premiers signes du printemps, c'est au studio 106 de la Maison de la Radio que nous dégustons, au long de ce mois de mars, les merveilleux concerts des Plaisirs du Quatuor.

Que ce soit en direct, le samedi à 16 h ou pour l'enregistrement de l'émission de Stéphane Goldet,  la qualité de ces concerts, prodigués avec un magnifique talent par tous ces jeunes musiciens, est toujours au rendez-vous. Jugez plutôt :

- Quatuor Akilone -
   Emeline Concé, violon - Elise de Bendelac, violon - Louise Desjardins, alto - Lucie Mercat, violoncelle
   Dans Beethoven - n° 8 en mi mineur
            Chostakovitch - n° 2 en la majeur



- Trio Les Esprits - 
   Adam Laloum, piano - Mi-Sa Yang, violon - Victor Julien-Laferrière, violoncelle
   Dans Schumann - trio n° 1 en ré mineur
            Brahms - quatuor n° 2 en la majeur avec Marie Chilemme, alto.




- Quatuor Voce -
   Sarah Dayan, violon - Cecile Roubin, violon - Guillaume Becker, alto - Lydia Shelley, violoncelle
   Dans Bartok - n° 1
            Janacek - n° 2 "Lettres intimes"




Si vous n'aviez le temps que d'écouter une seule de ces émissions, je vous invite à suivre ce lien pour la réécoute de la magnifique interprétation du trio de Robert Schumann et du Quatuor de Brahms par "Les Esprits" et Marie Chilemme. Deux heures de romantisme pur sous leurs archets et leurs doigts, qui vous transportent dans les étoiles !

Mais, aussi, ne manquez pas les deux autres formations - "Akilone" et "Voce" - dont le talent vous ouvrira à des œuvres moins diffusées sur les ondes de France Musique, surtout le matin ou l'après-midi en semaine... mais si riches de sonorités, sans doute moins mélodieuses, mais qui n'en sont pas moins belles pour autant.

A suivre, d'ici la fin du mois, le quatuor "Debussy" et le quatuor "Danel + Claire Désert au piano.
Je ne dirai pas "A vos cassettes !" comme le regretté Jean-Christophe Averty mais "A vos téléphones !" pour podcaster les émissions de Stéphane Goldet !

Et ce samedi, après le quatuor, un grand trio soprano/ténor/baryton dans La Traviata de G. Verdi, retransmission du MET.

C'est toujours un bonheur d'entendre ce chef-d'oeuvre, même si la distribution a présenté quelques failles.



Thomas Hampson, plus jeune que jamais physiquement (!), peine un peu à stabiliser la ligne et à atteindre les aigus. La chirurgie esthétique ne fait pas tout... !







Le jeune ténor, Michael Fabiano, se sort plutôt bien des difficultés vocales dévolues à Alfredo. Il est malheureusement desservi par un timbre un peu "vert" et un costume un peu étriqué de communiant qui a grandi trop vite.

Quant à Sonya Yoncheva, elle chante bien. Le timbre est rond et doux au début et la tessiture ne la gêne pas. Je n'ai, personnellement, jamais été touchée par son interprétation. De plus, au III elle se fatigue et termine, en petite forme, dans un "Addio del passato" où les aigus dérapent et les piani s'éteignent.

J'ai trouvé la direction d'orchestre de Nicola Luisotti lourde et plan-plan, ce qui n'a, certainement, pas aidé les chanteurs.

Je vous donne rendez-vous sous peu pour mes impressions sur Carmen avec les "Roberto" Alagna et Tagliavini, Clémentine Margaine et Aleksandra Kurzac... Et puis, à Garnier, Béatrice et Bénédict de Berlioz en version concert. Et puis, aussi, une soirée au Théâtre de Fontainebleau avec les élèves de la Guildhall School of music and drama, en résidence dans la cité seine-et-marnaise.

Une autre fois, aussi, je vous parlerai de l'excellent concert de Richard Galliano au 104 de la Maison de la Radio. Mais c'est une autre histoire...
Alors, à très vite !


samedi 11 février 2017

TCE 8 février 2017 - Winterreise par Matthias Goerne

Il y a quelques années, je découvrais Matthias Goerne dans le Voyage d'Hiver de Franz Schubert, au Théâtre des Champs-Elysées.

Pendant que mes amis s'extasiaient, j'étais beaucoup plus réservée sur cette interprétation ayant été déroutée par le grain très sombre du timbre, une émission un peu râpeuse et légèrement engorgée. Dans la foulée, un sentiment défavorable devant la mise quelque peu négligée du chanteur.

Jeudi soir, je redoutais un peu ce récital arrivant après celui, tout proche encore, de Christian Gerhaher dans Schumann.

Matthias Goerne

Eh bien j'avais tort ! Matthias Goerne a su faire évoluer magnifiquement son talent. Il déploie un savant dosage absolument fantastique, dès le "Gute Nacht" (Bonne Nuit) qui entame le cycle, de piani émis avec une légèreté inouïe, une utilisation confondante de la noirceur de son timbre, de la sonorité de sa voix.

Les mille et une nuances vocales dont il habille les vingt-quatre mélodies sont incroyablement belles et variées et l'on est emporté dans les pas du Voyageur en portant avec lui sa tristesse.

Car n'allez pas croire que tout est parfait dans la technique vocale de Matthias Goerne, oh non ! Son style est beaucoup "moins propre" que celui de son compatriote Gerhaher. Sa respiration est déplorable et bruyante, certaines attaques imprudentes... Mais ce qui est fantastique, c'est qu'il vit et anime ce Voyage d'Hiver avec tout son corps, avec toute son âme. Et c'est ça l'extraordinaire effet qu'il nous transmet. On est suspendu à son chant, à cette mélancolie, à cette douleur, à ces souvenirs bucoliques... Et c'est avec lui que l'on ira mettre nos pas dans ceux de "Der Leiermann" (Le joueur de vielle à roue) parce que c'est véritablement trop triste de laisser le musicien reprendre sa sébile vide et repartir seul dans le froid !

Ineffables instants de suspension à l'issue des quatre-vingts minutes de ce froid voyage. Quel bonheur que l'art à ce niveau !


Un mot du pianiste, double du chanteur : Leif Ove Andsnes est norvégien. Il trace la route pour le chanteur, le précède, l'accompagne ou le suit (au figuré, bien sûr !) au gré de la partition de Schubert. Un beau tandem.

dimanche 29 janvier 2017

Quatuor Ebène, Lohengrin, Christian Gerhaher

Cette dernière semaine de janvier a été dense en représentations musicales puisque trois magnifiques performances nous étaient proposées. Trois soirées bien différentes mais toutes trois riches en émotion grâce au grand talent des interprètes.

Le Quatuor Ebène


Quatuor Ebène
au Studio 106 de la Maison de la Radio le 23 janvier 2017
pour l'enregistrement de l'émission de Stéphane Goldet
"Les plaisirs du quatuor"




Pour le public du Studio, archi-plein pour l'occasion, les Ebènes ont offert une interprétation de rêve dans le très beau programme toujours très savamment et très clairement commenté par sa productrice.

Le Quatuor à cordes n° 15 de Mozart, en ouverture. Léger, lumineux et enlevé. Ces quatre musiciens en font une pépite.

Puis, premier plat de résistance, le Quatuor à cordes n° 11, dit Quartetto serioso, de Beethoven. Dans cet opus fougueux et puissant, l'énergie des interprètes fait vibrer chacun de nous. En quatre mouvements ramassés, il n'excède pas une durée totale de vingt minutes. Mais quel talent dans ces vingt minutes là !

Enfin, le Quatuor à cordes de Ravel, en fa majeur, celui qui fit écrire à Ravel par Debussy : "Au nom des dieux de la musique, et au mien, ne touchez à rien de ce que vous avez écrit de votre Quatuor".
L'interprétation du Quatuor Ebène touche, là aussi, à des sommets et j'ai envie de paraphraser Debussy en leur disant : "Au nom des dieux de la musique et en mon nom, ne changez en rien votre interprétation de ce chef d'oeuvre !"

L'émission sera diffusée sur France Musique le 11 février. Ne la ratez pas, c'est un diamant !

Jonas Kaufmann - Lohengrin à Paris

Lohengrin de Richard Wagner
Opéra National de Paris, Bastille le 24 janvier 2017
Orchestre et Chœurs de l'Opéra National de Paris
Philippe Jordan, Claus Guth
Jonas Kaufmann, René Pape, Edith Haller,
Tomasz Konieczny, Evelyne Herlitzius, Egils Silins


Les fidèles lecteurs du blog le savent, j'attendais avec grande impatience cette production qui voyait le retour du ténor allemand Jonas Kaufmann, empêché de chanter pendant quatre mois pour raisons de santé.

Retour pleinement réussi même si le chanteur épargne à ses cordes vocales les trop fortes tensions de graves trop appuyés ou d'aigus trop claironnés. Durant deux actes, ce merveilleux technicien du chant nous transporte sur le son de piani murmurés qui parviennent à nos oreilles de façon miraculeusement audibles, parfaitement maîtrisés et bien timbrés. Un chant d'une folle élégance, impressionnant d'une nouvelle légèreté.

Et puis, au troisième acte, un inoubliable In fernem Land où les piani sont d'autant plus impalpables qu'ils côtoient des forte aux accents douloureux. Le récit du Graal, au legato ineffable et magnifique, nous convainc pleinement sur sa santé vocale retrouvée et sur le talent d'incarnation qui est le sien.

Un véritable grand bonheur !

Au côtés de ce Lohengrin flamboyant même sans armure, une distribution contrastée.
Martina Serafin, malade, était remplacée par Edith Haller. Voix puissante au timbre cuivré. Malheureusement, la soprano se jette sur ses aigus sans parvenir à les chanter convenablement. Une Elsa très (trop ?) discrète.

René Pape est un Roi Heinrich bien présent. On admire son beau timbre et son legato impressionnant.
Egils Silins, autre beau timbre sombre et vaillant est un Hérault tout à fait honnête.

Le couple Ortrud/Telramund est magnifique de noirceur, de lâcheté et de violence.
Thomasz Konieczny, remplaçant Wolfgang Koch malade, se sert intelligemment d'une voix très sonore et très ample pour incarner un Telramund à la fois brutal et pleutre.
Evelyne Herlitzius meuble d'une belle présence muette le premier acte. Le beau volume de sa voix, son timbre parfois rocailleux lui servent pour donner au personnage d'Ortrud, violemment amer, un rôle pivot.

Les Chœurs de l'Opéra de Paris sont, une fois encore, d'une précision et d'une superbe sonorité. Ils incarnent parfaitement toutes les subtilités de leur rôle et réalisent avec brio les déplacement imposés par la mise en scène.

Dans la fosse, Philippe Jordan réalise quant à lui des prouesses avec ce merveilleux Orchestre de l'Opéra qu'il a su amener à un niveau de talent et de virtuosité rares.
Dans le prélude, le son soyeux des cordes est exceptionnel, de même que celui des vents - les bois au II, un délice ! - et aussi le prélude du III, sonore et enlevé. On admire la délicatesse avec laquelle il soutient les chanteurs sans les couvrir, et l'élégante légèreté avec laquelle il emmène la partition dans son entier.

Une de ces soirées dont on garde la mémoire...

Gerold Huber & Christian Gerhaher

Christian Gerhaher, baryton
Gerold Huber, piano

Récital de lieder de Robert Schumann, Philharmonie II
le 27 janvier 2017




Dans la lignée du grand Fischer-Dieskau et avec Matthias Goerne, Christian Gerhaher est LE chanteur du lied par excellence et, plus particulièrement, des lieder de Schumann.

Autant le timbre de Goerne surprend par sa noirceur, autant celui de Gerhaher propose des sonorités presque ténorisantes. Mais pour être claire, sa voix n'en est pas moins colorée.
Les inflexions mélodiques donnent corps à un legato d'une grande stabilité ; la voix, sans être impressionnante est superbement modelée et projetée.
Tout au long de l'impressionnant programme qu'il nous délivre ce soir-là (pas moins de trente mélodies + deux bis), Christian Gerhaher parvient à nous captiver par une interprétation animée, émouvante et brillante de ces lieder de Schumann, certes musicalement forts et un peu âpres à mes oreilles.

Christian Gerhaher sait les habiller de nuances, d'atmosphères contrastées. La complicité avec son pianiste, Gerold Huber, attentif à répondre à toutes les nuances, installe d'emblée un dialogue d'une haute qualité.
Dans un grand souci de simplicité apparente, le travail des deux artistes sur les différentes ambiances, sur les couleurs variées et sur les mots mêmes de ces poèmes, est celui de deux orfèvres. L'un cisèle, l'autre polit et les atmosphères changent d'un cycle à l'autre.

Un grand moment de musique pure...


jeudi 19 janvier 2017

Récital Ludovic Tézier - Garnier 15 janvier 2017

Tellement dans l'impatience du retour de Jonas Kaufmann dans Lohengrin à Bastille (premières critiques très élogieuses...) que j'en oubliais presque le récital de Ludovic Tézier à Garnier qui ouvrait mon année lyrique ce dimanche.

Et pourtant, Ludovic Tézier figure en très bonne place dans mon Panthéon lyrique (il apparaît même dans "Les divas ont besoin d'amour..." mon premier livre que l'on peut se procurer sur, Amazon ou Fnac) tant j'apprécie son timbre sombre, l'ampleur et la sonorité de sa belle voix de baryton, son volume impressionnant et les qualités de legato qu'il déploie, en particulier dans les rôles verdiens.

Seulement là, ces magnifiques qualités de chanteur d'opéra accompli ne sont pas celles qu'il convient de posséder en bon interprète de lieder ou de mélodies françaises...

Car, si dans les lieder de Schubert ou de Schumann, on lui reconnaît une excellente prononciation de l'allemand, elle ne suffit pas à l'expression du style. Le timbre sombre et la densité vocale m'ont paru mieux convenir aux quatre lieder de Schumann, mais les variations d'intensité ne sont pas là, ou bien pas où il faudrait.

Chez Schubert, l'ensemble manque un peu de fluidité, de clarté, de nuances. Et dans l'ensemble de cette première partie, tout est chanté beaucoup trop lentement, ce qui en accentue encore les imperfections.

Quant à la jeune pianiste Thuy Anh Vuong, elle joue Schumann comme Schubert et Schubert comme Schumann...

A l'entracte, ce "premier plat" nous laisse sur notre faim. On se dit que les mélodies françaises à suivre nous rassasieront davantage. C'est sa langue maternelle, il la chante si bien à l'opéra...

Quel dommage ce choix des "Chansons de Don Quichotte" de Jacques Ibert, préférées à "Don Quichotte à Dulcinée" de Maurice Ravel ! Je suis presque sûre que la ligne ravelienne aurait mieux convenu à la vaillance  de notre baryton.

Et là encore, déception. Le phrasé est bon, de même que la prononciation, évidemment.

Mais aussi trop lent encore le tempo de "L'invitation au voyage" et de "La vie antérieure" de Duparc. Tout comme celui de "L'horizon chimérique" de Fauré et, surtout, des "Berceaux" dont on perd, du coup, le balancement.

Alors oui, il parvient au bout de ces longues phrases de manière impressionnante. Mais au détriment du style et de la prosodie.

Et à vouloir canaliser cette voix généreuse, Tézier en lâche sa technique vocale et dérape dangereusement par deux fois, dont une dans "L'ile inconnue" (une des Nuits d'été de Berlioz) et laisse la salle un peu perplexe et sans enthousiasme.

Heureusement, deux des trois bis vont nous restituer tout le talent de notre chanteur d'opéra : "Zueignung" de Richard Strauss et "La romance à l'étoile", extrait de Tannhäuser de Richard Wagner où notre baryton national retrouve toutes ses qualités.

Au piano, Thuy Anh Vuong a joué Duparc comme Ibert, Fauré comme Berlioz et Strauss comme Wagner...

Ludovic Tézier chantera Simon Boccanegra de Verdi le 12 mars prochain au Théâtre des Champs Elysées. Gageons qu'il déploiera là toutes ses nombreuses qualités pour le plus grand bonheur de ceux qui l'entendront.

jeudi 5 janvier 2017

Le dernier bond de Georges Prêtre

J'allais poster mes vœux pour cette année 2017, vous engager à écouter encore davantage de musique, à vous rendre dans les salles de concert, dans les maisons d'opéra... Et la nouvelle est tombée : le chef d'orchestre français Georges Prêtre s'est éteint à l'âge de 92 ans !

Alors, que dire lorsque la musique française perd le doyen de ses chefs ? Rien de plus que tous les articles qui lui sont consacrés dans la presse, sinon évoquer quelques souvenirs de concerts ou de spectacles lyriques qui m'ont laissé l'image du très bondissant Maître, de l'énergie qu'il transmettait à l'orchestre qu'il avait devant lui. Aussi de mes désapprobations sur tel ou tel tempo ou de mes emballements pour telle ou telle envolée passionnée. Impossible, en tout cas, de rester insensible à l'écoute d'une oeuvre dirigée par Prêtre ! La dernière fois que je l'ai vu, il bondissait encore sur l'estrade de la scène du Théâtre des Champs-Elysées où l'on fêtait ses 80 ans !



Revue de presse :

France Musique : https://www.francemusique.fr/musique-classique/le-chef-d-orchestre-francais-georges-pretre-est-decede-92-ans-31397

Le Monde : http://www.lemonde.fr/disparitions/article/2017/01/04/le-chef-d-orchestre-francais-georges-pretre-qui-a-dirige-la-plupart-des-grands-orchestres-internationaux-est-mort_5057794_3382.html

Le Figaro : http://www.lefigaro.fr/musique/2017/01/04/03006-20170104ARTFIG00341-mort-de-georges-pretre-la-symphonie-s-acheve.php

Le Figaro : http://www.lefigaro.fr/musique/2017/01/05/03006-20170105ARTFIG00150-hommages-a-georges-pretre-le-plus-lumineux-des-chefs-d-orchestre.php

Culturebox : http://culturebox.francetvinfo.fr/opera-classique/musique-classique/le-grand-chef-d-orchestre-francais-georges-pretre-est-mort-250935

Alors je garde cette image dans ma mémoire et je l'imagine faisant des bonds de nuage en nuage et secouant de sa baguette énergique musiciens et chanteurs qu'il a retrouvés - Maria Callas en tête - au royaume de la musique !

Je vous souhaite tout de même à toutes et tous une année de bonheur, une bonne santé, beaucoup de plaisir(s), énormément de musique, de doux moments de partage, d'amour et d'amitié, de beaux voyages et un maximum de sérénité dans ces temps troublés et incertains.

A très bientôt pour quelques émotions sur "Lohengrin" avec (je l'espère !) le bô Jonas !!

dimanche 18 décembre 2016

Joyeux Noël

Et pour la musique, ouvrez le son...



Bonnes fêtes de fin d'année !

vendredi 16 décembre 2016

Les divas ont besoin d'amour...

C'est le titre du roman que j'ai écrit et que l'on peut, d'ores et déjà, acheter en ligne sur le site éditeur Edilivre.

Une belle histoire, un peu triste parfois, qui j'espère vous embarquera aux côtés de personnages auxquels vous vous attacherez.

Un extrait est visible sur le site et je souhaite qu'il vous donne envie d'en connaître davantage...

Achetez-le, lisez-le, offrez-le... !

Merci d'avance.

dimanche 27 novembre 2016

PARIS - BERLIN - PARIS


➤PARIS

Le quatuor est toujours un plaisir et "Les plaisirs du quatuor" est l'émission de Stéphane Goldet sur France Musique qui compte le samedi après-midi à seize heures.

Je vous recommande tous ses opus et, plus particulièrement, deux d'entre eux, à réécouter ou à podcaster :


  • celle du 29 octobre consacrée à "Ulysses", le quatuor n° 4 d'Olivier Greif (1950-2000). Le Quatuor Syntonia, créateur de l'oeuvre à l'Abbaye de La Prée (Indre) le 23/04/2000, joua l'oeuvre en direct lors de l'enregistrement auquel je n'assistai malheureusement pas !
    En préambule, Stéphane Goldet et les membres du Syntonia ont décortiqué pour nous l'oeuvre intense du compositeur, nous éclairant parfaitement sur sa genèse, ses qualités, sa profondeur et son intensité.
    Je ne me lasse pas de l'écouter !
➤BERLIN

Envol pour Berlin début novembre avec, en poche, trois billets :
  • un pour le Staatsoper avec Elektra
  • un pour la Philharmonie avec Radu Lupu et Paavo Jarvi 
  • un pour le Deutsche Oper avec La Tosca.
La Tosca au Deutsche Oper Berlin avec Anja Harteros

Mon désappointement est, sans doute, à la hauteur de mon attente.

Le lieu d'abord : sinistre bâtiment des années soixante, le Deutsche Oper est probablement la plus vilaine maison d'opéra dans laquelle il m'a été donné d'entrer. Le foyer aux couleurs délavées et la salle, crûment éclairée et impersonnellement nue, rien dans ce décor n'invite au plaisir.

Le public étonnamment bruyant et au comportement provincial (il applaudit l'entrée de Tosca...) me surprend beaucoup.

L'acoustique de la salle aux résonances sèches où perce parfois un écho désagréable, accentue la trop grande sonorité d'un orchestre malmené par Ivan Repusic.

Dans un décor poussiéreux où aucun des traditionnels repères ne manquait (la chapelle et les enfants de chœur au surplis de dentelle, le long bureau "Empire" et ses chandeliers dans l'imposante pièce d'un Palais Farnese miteux et les parapets du Château Saint-Ange sur fond d'aube bleuâtre), nous avons assisté à une représentation très moyenne de La Tosca de Puccini.




La belle prestance de Lucio Gallo en Scarpia ne compense pas un timbre assez terne et une incarnation plutôt inconsistante. Le baryton n'est pas gêné par la tessiture mais il manque de vaillance.






La couleur un peu cuivrée du timbre du ténor espagnol Jorge de Leon est agréable. Il chante avec
style mais est apparu davantage préoccupé de son chant que par ce qu'il chantait.
La voix manque parfois de projection et le médium vibre un peu. En revanche, les aigus sont bien projetés et d'une bonne tenue. Son physique est avantageux.



J'attendais beaucoup d'Anja Harteros que je n'avais entendue que lors de retransmissions télévisées. Physiquement "très Tosca", c'est dès les premières phrases d'entrées que son médium un peu nasillard et son grave surmontant difficilement l'orchestre m'ont surprise.

Il est vrai que la conversation puccinienne requiert un placement de la voix bien différent de celui des grandes phrases lyriques des airs. Et je reconnais que, dans ces derniers, la soprano allemande déploie une belle vocalité et que les belles envolées lyriques du rôle s'élèvent avec facilité jusque dans les notes les plus aiguës, brillantes et larges.

Concert à La Philharmonie



Un concert dans la belle salle de La Philharmonie de Berlin est toujours un événement, même dans une série d'abonnement et sans le célébrissime orchestre du lieu.



Mais Paavo Järvi dirigeait "Staatskapelle Berlin" qui nous emporta dans les accents, à la fois poétiques et sonores, de la 7ème symphonie, dite Leningrad (1947) de Dimitri Chostakovitch.
Avec son grand déploiement de percussions, de cuivres et de bois, tous plus talentueux les uns que les autres, le déferlement majestueux de ces quatre-vingts minutes intenses de musique a enflammé le public présent.

En première partie, Radu Lupu avait joué, avec tendresse et virtuosité, le 3ème concerto de Ludwig Van Beethoven.

Une excellente soirée.


Elektra au Staatsoper

Elektra à Berlin, dans la mise en scène de Patrice Chéreau et sous la direction de Daniel Barenboïm. Inoubliable représentation que celle-là !

Le même orchestre Staatskapelle Berlin, éclatant de force et de précision sous la battue énergique et millimétrée de son chef.

Sur le plateau, de l'aube au couchant, du service matinal des domestiques à l'heure de la vengeance d'Agamemnon par Oreste, en passant par l'affrontement mère-fille (Clytemnestre-Electre), la solitude, la tristesse ou la colère d'Electre au bord de la rupture mentale, la tentative de la douce Chrysothémis, la sœur, pour sortir de ce malaise et jusqu'à l'émotion des retrouvailles d'Oreste et d'Electre, le frère chéri qu'on croyait mort... Tout, vraiment tout nous emporte, tout fait choc et sentiment, de la peur à l'hystérie, de la colère à l'émoi, du désarroi au bouleversement, de la haine à l'amour !





Je ne saurais ici disperser mes éloges à telle ou tel interprète, ce serait faire injure à l'unisson, à l'osmose, à l'harmonie éclatantes de cette distribution et au bonheur qu'elle m'a procuré et que je garde au fond du cœur, précieusement. Le les cite : Daniel Barenboïm, Patrice Chéreau, Staatskapelle Berlin, Waltraud Meier, Evelyn Herlitzius, Adrianne Pieczonka, Stephan Rügamer, Michael Vole, Franz Mazura, Cheryl Studer, pour les principaux.

➤PARIS

Les Contes d'Hoffmann à l'Opéra Bastille

Peu après mon retour à Paris, mon abonnement à cette saison me menait à Bastille pour une représentation de l'opéra de Jacques Offenbach, dans la reprise de la production de Robert Carsen.

En dépit de l'absence de Jonas Kaufmann, souffrant d'un hématome sur une corde vocale, la soirée fut une pleine réussite.

J'ai retrouvé avec un très grand plaisir la mise en scène de Robert Carsen qui m'avait tant séduite à sa création. Je souscris pleinement à son concept du théâtre dans le théâtre et salue toutes les trouvailles scénographiques qui émaillent l'oeuvre. Plantés dans les superbes décors et costumes de Michael Levine, parfaitement éclairés par Jean Kalman, le prologue, les trois actes et l'épilogue nous déroulent ce conte fantastique qui nous emmène et nous ramène dans la taverne de Maître Luther à Nuremberg, avec des escales à Munich et Venise. Ils nous racontent les péripéties amoureuses d'Hoffmann, poète aux prises avec un diable aux multiples visages.

Les Choeurs et l'Orchestre de l'Opéra de Paris sont flamboyants dans ce répertoire "maison" et sous la baguette de son chef Philippe Jordan, toujours attentif à la clarté, la
légèreté et l'exposé de la partition.

A noter l'excellence de tous les rôles secondaires, tous bien tenus et bien chantés.

Le beau timbre de Paul Gay nous ravit en Luther et plus encore en Crespel où son volume déploie sa voix ample et sonore avec bonheur.

Kate Aldrich

La Giulietta de Kate Aldrich trouve les accents enjôleurs nécessaires pour ravir son ombre au ténor.

Nadine Koutcher


L'Olympia de Nadine Koutcher est désopilante de drôlerie et de fantaisie, tout en restant vocalement parfaite avec ses vocalises agiles et vertigineuses et ses suraigus acrobatiques.

Ermonela Jaho
Pour ne l'avoir entendue que dans les retransmissions de l'été (voir mes impressions d'Orange), je redoutais un peu l'écoute directe (surtout après ma déception de Berlin pour Harteros) de la chanteuse albanaise Ermonela Jaho, tout en estimant que le rôle d'Antonia convenait parfaitement à la tessiture de sa voix présente.

Je ne m'étais pas trompée et j'ai apprécié pleinement son style, le velouté de son timbre et de ses aigus solides. Belle ampleur, sonorité pleine et juste implication scénique.



Yann Beuron


Yann Beuron, le discret et talentueux ténor français, économe de ses prestations, nous propose une belle composition des personnages des différents valets (Andrès, Cochenille, Pitichinaccio, Franz) cousins de ceux des comédies baroques. La voix est claire, bien timbrée, bien projetée et le style parfait.



Roberto Tagliavini





Roberto Tagliavini parvient à maîtriser les différentes tessitures que nécessitent les quatre rôles du "diable".
Elles vont de la basse noble (Lindorf, Coppélius) au baryton-basse (Daperttuto) en passant par la basse chantante (Dr Miracle). Si l'implication scénique est un peu effacée, la belle couleur vocale, l'ampleur, le style et la ligne sont impeccables.


Stéphanie d'Oustrac


La Muse et Nicklausse, rôles très opposés à première vue, sont en fait très complémentaires. Notre mezzo, Staphanie d'Oustrac, fait merveille et s'impose dans l'un comme dans l'autre. Incandescence de l'une contre énergie de l'autre, elle supporte parfaitement la transformation de l'apparition céleste en étudiant gouailleur et impertinent.
Vocalement, la rondeur et la chaleur du timbre le disputent à la vocalité, le tout avec un très bon style.





Aimablement détaché du MET pour remplacer le ténor munichois initialement prévu, le mexicain Ramon Vargas réussit la prouesse de nous le faire oublier !

Ramon Vargas
Il est un Hoffmann merveilleux et touchant scéniquement et vocalement. Sans jamais forcer, le ténor se joue des difficultés en gardant sa personnalité vocale et traverse cette longue épopée avec une belle constance et beaucoup d'émotion.

Sa personnification, sa prononciation très intelligible avec ce léger accent, un je-ne-sais-quoi dans le timbre et dans l'allure... j'ai beaucoup pensé à Albert Lance en l'écoutant au fil de cette soirée. Même timbre solaire et ample, mêmes intonations, même dégaine et gestuelle similaire. Ramon Vargas ne le sait pas mais, sous ma plume, cette comparaison est un beau compliment.


A bientôt pour d'autres aventures lyriques !