dimanche 10 novembre 2013

Sur les traces de Michèle Herbé


Sans l'extraordinaire impression que me fit la voix de Michèle Herbé lors de ma première soirée à l'Opéra Comique, dans le rôle de Mlle Lange (La fille de Madame Angot de Ch. Lecoq), aurais-je développé cette passion pour l'art lyrique qui guide toujours ma vie ? Cette première fois fut, quoi qu'il en soit, déterminante.

La chanteuse était passionnée, pleine d'un talent plus que prometteur, superbe femme brune au regard de braise et devenait, avec ce rôle, la plus jeune Mlle Lange de l'histoire de l'Opéra de Paris. Rien à voir avec l'image caricaturale, fort désobligeante pour la profession, que véhiculaient encore, à l'époque, certaines idées préconçues.

J'entrais comme figurante, peu après, Salle Favart et j'y découvris le répertoire au fil des représentations.

Devenue une amie de la soprano, je vis évoluer sa carrière au fur et à mesure des prises de rôle, tant à Garnier qu'à Favart et dans les salles régionales.

M.H. Butterfly à l'Opéra Comique

Très vite, elle y interprète ses premiers grands rôles, ceux qui feront de la très belle soprano au timbre rond, à la voix ample et puissante, au contre ut si sûr : La Tosca, Butterfly, Musette dans La Bohème, Concepcion dans L'heure espagnole, Giulietta dans les Contes d'Hoffmann, Giorgetta dans Il Tabarro, la Comtesse von Geschwitz dans Lulu de Berg, Minnie dans la Fanciulla del West...






M.H. Le Chevalier à la rose - Nancy
De Lille à Marseille, de Bordeaux à Lyon, de Toulouse à Strasbourg ou Nancy, à Rouen et à Tours mais aussi de Bruxelles ou Liège à Barcelone et de Genève à Montréal, Michèle Herbé ensoleillera les scènes lyriques et saura promouvoir le chant français ou en français dans des rôles aussi glorieux que  l'Aiglon de Honegger et Ibert qu'elle fut la seule de sa génération à chanter en restituant au personnage toute sa beauté et sa fragilité, Magda du Consul de Menotti, Fidelio, Octavian du Chevalier à la rose, Salomé dans Hérodiade, autant de rôles auxquels elle prêtera tout son talent, sa plastique, sa présence scénique.

Extrait de Paganini de Lehar pour vous faire une idée de sa voix.

Les méandres de la vie nous firent prendre ensuite des canaux différents. Nous nous perdîmes de vue. Lorsque nos chemins se recroisèrent, il y a plusieurs années, je retrouvai Michèle Herbé metteur en scène et Directrice Artistique du Festival lyrique en Marmandais. Elle en avait pris les commande, en étroite collaboration avec Philippe Mestre qui en assure la Direction Musicale, en 1995 après la disparition de Jean Giraudeau qui en était le fondateur.

Ensemble, ils ont développé le festival qui s'enorgueillit à présent de deux à trois productions annuelles à Marmande et d'un concours international de chant auquel participent des chanteurs de vingt nationalités et où des Directeurs d'opéras viennent y dénicher les talents lyriques de demain. La promesse faite aux lauréats, d'un premier rôle dans les productions futures du festival, concourt grandement à l'insertion professionnelle des talents, jeunes certes, mais aptes à affronter les grands rôles.

Avant sa prise de responsabilité à Marmande, Michèle Herbé assurait déjà les mises en scène dans beaucoup de productions. Toutes celles du Festival lui seront confiées. Elle y apportera toute sa créativité et saura allier modernité et tradition, sans jamais nuire à l'esprit du livret ni à la partition.

Parallèlement, Jean-Paul Burle, le directeur du Pin Galant à Mérignac, lui confiera les mises en scène des productions de son théâtre.

Dans le cadre du Festival de Carcassonne, elle mit en scène "Le Pays du Sourire" en 2002 et "La Tosca" en 2003.
Michèle Herbé dans l'Aiglon

Chevalier des Arts et Lettres, Michèle Herbé a rejoint d'autres grandes voix avec qui elle se produit dans d'autres galaxies.

Un pan entier - le plus important - de ma jeunesse est entamé par ce départ. Mais, au-delà de ma peine, je ne me souviendrai plus, avec une heureuse émotion, que du moelleux de son timbre, de la justesse de ses incarnations et de la sûreté de ses aigus. Je reverrai la fougue de l'Aiglon, la vaillance de Tosca, la fêlure de Butterfly... de même que "Lange" qui m'apparut un soir et me la fit connaître.

Liens vers les articles de presse qui lui rendent hommage :
Le Républicain  -  Sud Ouest - ANAO (journal de l'opérette)
et vers le communiqué du Député du Lot et Garonne, Matthias Fekl

vendredi 18 octobre 2013

Chéreau, suite... et "FIN"

Patrice Chéreau aux saluts de la première d'Elektra le 10 juillet 2013 à Aix-en-Provence
Cette photo, c'est l'excellent choix des proches pour le programme de la cérémonie de Saint-Sulpice.

L'église était pleine. Pleine des VIP (politiques et artistes), pleinde de quelques  rares curieux, pleine enfin de tous les anonymes qui, comme moi, n'étaient là que pour un dernier adieu à Patrice Chéreau.

Cérémonie à la fois riche et sobre où les comédiens se sont succédés pour dire Shakespeare, Jean de la Croix, la Genèse, un psaume et la prière.

Cérémonie où les religieux ont su à la fois rendre hommage au défunt et livrer leur croyance par un judicieux choix de l'Evangile de Jean.

Cérémonie où la musique a élevé nos coeurs et nos âmes par les sons de l'orgue sur lequel se sont succédés Daniel Roth et Bernard Faccroule. Par la voix de Waltraud Meier dans deux Wesendonck lieder de Richard Wagner (Im Treibhaus et Traüme) accompagnée au piano par Alphonse Cemin. Par la voix aussi de Stéphane Degout dans une Cantate de Bach (Schlummert ein) soutenu à l'orgue par Bernard Faccroule.

Je me souviendrai du silence recueilli et respectueux qui régna tout au long de l'entrée du cercueil, au seul son d'une marche, forte et sombre, qui aurait pu venir - qui venait peut-être - de la B.O. de "La Reine Margot".

Je me souviendrai peut-être davantage encore de la traversée inverse du cercueil sous les applaudissements nourris de tous, cependant que l'orgue jouait une transcription d'un moment wagnérien.

Adieu Monsieur Chéreau !

lundi 14 octobre 2013

Au revoir Monsieur Chéreau !

Patrice Chéreau comme je l'aime !


Profession ? : Metteur en scène de théâtre et d'opéra, réalisateur et scénariste de cinéma, acteur, directeur de théâtre...

Au choix donc, on pouvait aimer et admirer l'une ou l'autre de ses réalisations, de ses engagements ou tout prendre en bloc comme un cadeau. Moi, je prends le cadeau - même si je n'ai pas adhéré à toute son oeuvre - et j'en remercie du fond du coeur l'artiste qui fut capable de nous laisser un pareil héritage.

Cet homme dont le regard intense brûlait de tous les feux de ses passions qu'il s'est efforcé de mener au bout. Au bout de ses fantasmes, au bout de ses rêves, au bout de ses conceptions, de ses convictions, au bout de son génie de l'expressivité qu'il savait transmettre aux corps, de la puissance du geste, des élans, au bout de son lyrisme aussi échevelé qu'ardent.

De surcroît, ce regard est bourré de charme. Il nous emmène. Il a dû emmener chanteurs et acteurs au plus profond d'eux-mêmes pour qu'ils nous bouleversent autant.

Ce boulimique, capable de mener de front trois projets, après la direction du Théâtre de Sartrouville (à 22 ans !), ses mises en scène au Piccolo Teatro de Milan où G. Strehler l'invite, le TNP de Villeurbanne avec Planchon, il signe son premier film "La Chair de l'orchidée" en 1974 ; il a trente ans !

En 1976, c'est Bayreuth où il signe une mise en scène du Ring de Wagner qui deviendra mythique et sera jouée jusqu'en 1980. Très controversée à sa création, c'est sous les acclamations d'un public convaincu par sa vision de l'oeuvre que les représentations des années suivantes se terminent. Moi-même déroutée à la première vision, j'ai toutefois toujours été enthousiasmée par l'implication, l'incarnation au sens propre, des chanteurs. Dolnald Mc Intyre (Wotan) et Gwyneth Jones (Brunehilde) ont laissé des émotions indélébiles dans ma mémoire par l'humanité dont ils ont nourri leurs personnages.

Et cette année encore, j'ai été suspendue à mon écran lors de la diffusion par ARTE Live d'Elektra de Richard Strauss que Chéreau venait de mettre en scène à Aix en Provence. En 2007, "De la Maison des Morts" de Janacek à Aix encore et, la même année, le Tristan et Isolde à la Scala. Autant d'occasions de vibrer encore davantage aux accents de ces opéras.

Au cinéma, c'est tout d'abord l'acteur que j'ai admiré dans le Danton de Wajda où il incarnait un Camille Desmoulin tellement ardent. Je n'ai pas vu tous ses films. Intimité m'a sidérée par la force que dégagent les scènes de sexe, emplies à la fois d'images très crues et pourtant d'une infinie pudeur. De plus, il filme Londres si particulièrement, en homme pressé qui ne livre qu'une atmosphère, mais la véritable.

Et je suis une fan de La Reine Margot, un film-opéra, magnifique de violence et de rythme, de force et de tendresse, d'amour et de haine. On y comprend toute l'horreur de la Saint-Barthélémy et des ressentis des acteurs historiques qui l'on décidée.

Directeur de théâtre intransigeant et génial, ce fut avant tout un homme de passion.

Je ne suis jamais allée dans vos théâtres, Cher Maître, mais je sais que vous y avez fait nombre de choses importantes, talentueuses et nécessaires.

J'étais devant mon postes hier soir pour la rediffusion de La Reine Margot et j'irai certainement vous saluer à Saint-Sulpice mercredi 16 à 11 h 30, parmi beaucoup d'admirateurs peinés, sans aucun doute !

samedi 17 août 2013

Eblouissant Don Carlo à Salzbourg

T. Hampson et J. Kaufmann

Il est des soirées dont on n'attend presque rien et qui nous donnent énormément. Ce 16 août parisien très paisible s'inscrit dans ces dernières grâce à ARTE et à la retransmission de Don Carlo de Verdi en léger différé (évitant entractes aux bla-bla indigestes) depuis le Festival de Salzbourg.

Dans mon article du 30 avril dernier relatant la très belle diffusion de l'oeuvre au TCE, j'énumérai les différentes versions possibles de l'oeuvre de Verdi. Salzbourg avait opté pour la version dite "de Paris", en italien, sans ballet mais avec l'acte de Fontainebleau et le très bel ensemble qui suit la mort de Posa au V, coupé au TCE.

De la lecture de la distribution, résulta mon attente très mesurée. Cinq rôles sont d'une importance capitale dans cette oeuvre et, sur le papier, on pouvait douter, redouter ou craindre pour le bon déroulement de la soirée, l'usure, la méforme ou l'inexpérience de l'un ou plusieurs de ces cinq poids lourds.

Or, si ma réserve s'est vérifiée pour l'un d'entre eux, les quatre autres ont assuré de très belle manière les quatre heures et quelques de chant verdien pur.

Mes louanges réuniront donc dans un même emballement :l'Eboli d'Ekaterina Semenchuk, l'Elisabeth de Anja Harteros, le Rodrigue de Thomas Hampson et le Carlo de Jonas Kaufmann qui ont tous côtoyé longuement l'excellence pendant cette soirée.

Comme je le craignais, le Philippe II de Matti Salminen s'est heurté aux aigus, aux nuances et à la ligne de chant, à l'élégance aussi - à la fois scénique et vocale - que requière ce rôle. Il serait peut-être sage que la basse finlandaise, à l'image de Robert Lloyd magnifique spectre de Charles-Quint hier soir, termine sa longue et brillante carrière dans des rôles moins lourds et davantage à sa portée vocale.

Le plateau fut porté par l'Orchestre Philharmonique de Vienne et ses sonorités à nul autre pareilles et par le choeur de l'Opéra de Vienne auxquels Antonio Pappano a insufflé les accents lyriques, romantiques et envoûtants, soignant les détails et laissant sonner la puissance autant que nécessaire.
T. Hampson et J. Kaufmann
J'ai donc été très agréablement surprise, le chanteur américain ayant beaucoup annulé ses dernières programmations parisiennes, de retrouver Thomas Hampson en pleine possession de ses moyens dans ce très beau personnage de Don Posa auquel il imprime une humanité lucide et touchante. La ligne de chant est sûre, l'ampleur et les aigus vaillants. Physiquement, s'il s'est très légèrement alourdi, il a toujours très fière allure.

La soprano allemande (papa grec) Anja Harteros donne à Elisabeth de Valois une force et une assurance à la fois physiques et vocales. Aucune faille dans cette voix jeune que la chanteuse, si l'on devait reprocher quelque chose, disciplinera encore davantage avec le temps. Phrasé, legato, étendue de la tessiture, volume, expressivité... Toutes les qualités sont là !
Anja Harteros et Jonas Kaufmann
La Princesse Eboli campée par la mezzo-soprano belarusse Ekaterina Semenchuk est, dès la chanson sarrasine du II, ce personnage empêtré dans son besoin de séduire à tout prix, sa quête de reconnaissance qui la poussera à trahir, par vengeance, celle à qui elle vouait une grande admiration. Le timbre est bien coloré sans jamais être trop sombre. Du grave (jamais poitriné) à l'aigu facile, la voix est sonore et le style impeccable. "Ô don fatal" était hier soir un modèle d'interprétation.

Quant à Jonas Kaufmann, je n'imaginais pas possible, dans ce rôle tellement différent, la même qualité d'interprétation et de vocalité que dans son Parsifal du MET. Le ténor munichois m'a prouvé hier soir le contraire. TOUT ! Il y avait absolument tout dans sa prestation d'hier. Indépendamment de sa beauté, son Carlo est exalté, déchiré, pathétique, ténébreux et perdu, parfaitement romantique en somme. Par chaque regard, par chaque posture, par chaque élan Kaufmann campe de manière très juste cet être fragile et tourmenté qu'un rien emballe et qu'un rien anéantit.

Vocalement, c'est tout simplement parfait : ampleur, legato, volume, timbre, engagement, aigus vaillants, medium et grave colorés et profonds... on ne se lasserait pas de louanger sa performance. Il est au sommet de son art, c'est maintenant qu'il faut l'entendre pour en conserver l'émouvante mémoire.

Jonas Kaufmann
Alors, si vous le pouvez, réservez vos billets pour les représentations où il est programmé !!!

samedi 20 juillet 2013

Les Troyens de Berlioz à Marseille

Le triomphe de Cassandre et de Didon
Les péripéties de Enée

Deux prises de rôles pour ces Troyens marseillais :

- Roberto Alagna s'attaquait à celle d'Enée
- Béatrice Uria-Monzon endossait la lourde charge de celle de Cassandre dans la première partie et de Didon dans la seconde.

Version concertante, orchestre et choeur de l'Opéra de Marseille sous la direction de Lawrence Foster. Il est à noter que ce dernier a su garder la maîtrise de cette direction, emmenant musiciens, choeurs et solistes avec sûreté et précision.

Si on a pu déplorer le manque de justesse dans les pupitres des cuivres et des sonorités un peu plates par ailleurs, il est à noter l'excellente prestation des choristes.

J'ai pu constater, également, la grande homogénéité de la distribution - si l'on excepte le ténor Gregory Warren dont le timbre décoloré et les aigus vacillants ont mal servi les rôles de Lopas et Hylas.

Tout au long de cette oeuvre fleuve, nous avons pu nous régaler : 
  • de la très belle prestation du baryton Marc Barrard en Chorèbe : timbre cuivré, ampleur, phrasé et diction, style.
  • la jeune basse, Nicolas Courjal, a confirmé en "live" l'excellente impression qu'il m'avait produite lors du concert télévisé d'Orange en juin dernier. Du talent, des possibilités énormes, un beau timbre sombre et du volume. A suivre de près dans la carrière qu'il entame. 
  • A suivre également - et tout le monde l'a souligné - la très jeune, très jolie et très talentueuse contralto Clémentine Margaine dont les qualités étaient sur le point de voler la vedette à Béatrice Uria-Monzon dans le duo Anna-Didon. Le timbre d'une rare beauté, le style, la diction, le volume... Je l'imagine déjà en Brangaene ! N'oubliez-pas son nom...
A n'en pas douter, la triomphatrice de la soirée fut notre mezzo-soprano Béatrice Uria-Monzon qui, à l'instar de Catarina Antonacci il y a deux saisons à Londres, s'attaquait pour la première fois aux deux rôles aux tessitures voisines que sont Cassandre et Didon.

Une fois admises la diction molle et l'émission particulière habituelles de la Mezzo-Soprano qui enferme trop ses sons, on se doit de lui reconnaître une belle maîtrise des deux personnages de la partition de Berlioz. Elle balaye d'une portée nos craintes et nous délivre une Cassandre fébrile dans son personnage mais vocalement pleine de sûreté, de justesse et aux aigus vaillants.

Reine dans la seconde partie, elle l'est véritablement, s'imposant par sa clarté et sa ligne de chant. Si l'on aurait pu préférer un peu plus de retenue dans le duo nocturne pour être davantage en osmose avec Roberto qui le chante mezzo-voce presque entièrement, il faut lui reconnaître un engagement d'une grande sensibilité dans la mort de Didon. Bravo pour la belle performance vocale et physique !


Pour ce qui est de Roberto Alagna - et n'en déplaise à ses détracteurs - je salue l'excellente prestation qui fut la sienne. Utilisant au mieux ses points forts (style, diction, phrasé, engagement), le ténor sait prêter à ce rôle de Fort-Ténor toutes les qualités d'un grand lyrisme. Dans la première partie, il se joue des difficultés vocales avec vigueur et beaucoup de présence. Dans la seconde, il contourne le problème en chantant le duo tout en finesse, en quasi demi-teinte presque constamment. C'est bien mais j'aurais préféré des modulations un peu plus sonores, comme Kaufman sait les faire... Mais Roberto n'est pas Jonas !

Alagna a, en revanche, brillamment interprété l'air "Inutiles regrets...", avec vaillance. Malheureusement, l'aigu n'a pas tenu. Déconcentré par ce ratage, il manque une mesure et s’emmêle dans les suivantes, ne parvenant à se remettre en selle que difficilement.

Au salut final, le ténor répond par une attitude un peu provocatrice aux huées de quelques-uns... Pour en savoir +, voir le détail dans son explication sur sa page Facebook

Il n'en demeure pas moins que sa prestation est tout à fait brillante et que les péripéties qui ont émaillé la fin de soirée ne sont qu'anecdotiques.

Au final, une belle représentation des Troyens au niveau des chanteurs. Aucun regret d'être descendue du côté du Vieux Port !





dimanche 16 juin 2013

Le Crépuscule des dieux, Bastille 12 juin


J'aurais pu, par paresse, pratiquer un "copier-coller" de mes impressions de la représentation de ce même spectacle en 2011. Mais je ne suis pas paresseuse, donc voilà. En revanche, je ne m'étendrai pas sur la très pâle mise en scène de Günter Krämer qui, en manque total d'idées, termine ce Ring par le vide.

Pour ce qui est de la distribution, il est très regrettable d'avoir à noter que les deux personnages principaux ne sont pas les mieux servis.

Presque toujours couvert par l'orchestre, Torsten Kerl ne parvient jamais à emplir le vaisseau Bastille. Cela rend son Siegfried peu crédible.
Brigitte Pinter et Torsten Kerl
Brigitte Pinter est belle et dramatiquement engagée dans son rôle de Brünnhilde. Malheureusement, les qualités de sa voix (timbre, ligne de chant) souffrent cruellement dans le médium qui ne passe pas non plus l'orchestre et dans les aigus qui manquent par trop de couleur.

Edith Haller, Evgeny Nikitin et Hans-Peter König
Edith Haller est une Gutrune à la voix charnue et mélodieuse. Elle avait, au début du I dans cette même représentation, interprété avec brio la 3ème Norne.

Le baryton Evgeny Nikitin ne devait pas être au mieux de sa forme car, outre un aigu claqué, sa ligne de chant fut très instable. Scéniquement, il est un Gunther irréprochable.



Les deux basses - Hans-Peter König pour Hagen et Peter Sidhom pour Alberich - sont vocalement et scéniquement superbes, nous offrant un duo du début du II absolument empli de cynisme, de noirceur et de machiavélisme. Un grand moment vocal de cette soirée.
Hans-Peter König et Evgeny Nikitin

Sophie Koch
L'autre grand moment d'émotion est l'intervention de Sophie Koch en Waltraute dans la scène 3 du I. Vocalement irréprochable, son imploration angoissée à Brünnhilde pour qu'elle revienne au Walhalla est incarnée, intense et grave. Arrivée désemparée elle s'en retourne totalement désespérée après le refus de sa soeur de rendre l'anneau que Siegfried lui a donné.
Sophie Koch, dans cette même représentation, avait brillamment interprété la seconde Norne au tout début du premier acte.


Et puis, je tiens à rendre un vibrant hommage au magnifique orchestre de l'Opéra de Paris et à son talentueux directeur musical, Philippe Jordan.
Philippe Jordan
Tout au long de ces quatre représentations et, particulièrement dans ce Crépuscule des dieux qui comporte de grandes pages symphoniques, la qualité de la musique jouée par ces musiciens hisse cet orchestre sur la plus haute marche du podium des orchestres français. La musicalité des bois, les piani des cuivres, en particulier les cors, les forte des trombones et trompettes, l'excellence des cordes et des harpes et, enfin, le grand talent du timbalier capable de produire des sons incroyablement feutrés et des roulements d'une grande intensité, tout cela sous la baguette d'un grand chef, restitue à cette soirée la dimension que la mise en scène sape par sa nullité.

Philippe Jordan emmène sa phalange vers des sommets de clarté, de précision dans les détails, de légèreté et d'équilibre plateau-fosse quand les chanteurs sont à la hauteur. La marche funèbre est un exemple de profondeur et d'éclat, de vibrations sombres et rondes, de flamboyance et d'une grande transparence. Ce jeune chef réussit l'exploit d'allier la clarté rigoureuse d'un Boulez à la profondeur et au lyrisme d'un Barenboïm. Souhaitons que Jordan demeure longtemps encore à la tête de cet orchestre qui, avec lui, a gagné en valeur et en maturité sur l'interprétation wagnérienne.

Fin de ma saison lyrique parisienne. Je la poursuis le mois prochain à Marseille où je vais supporter le Bô-Roberto et la belle Béatrice dans leurs prises de rôles respectifs dans Les Troyens de Berlioz (Enée pour le premier, Cassandre et Didon pour la seconde).

samedi 15 juin 2013

Schubertiade à la Cité de la Musique

Lorsque Linda me pria de l'accompagner et de prendre des places pour cette "Schubertiade", je m'exécutai mais sans enthousiasme particulier. D'autant que la Cité de la Musique c'est loin du quartier Cambronne ! Mais elle savait bien que le charme schubertien agirait...


Une Schubertiade, c'est un moment de musique partagé entre amis et amateurs éclairés pour faire de la musique, essentiellement vocale ou pour piano à quatre mains, dans un lieu intime. La pratique existait avant Schubert mais ce nom fut donné à ces réunions pour lesquelles le compositeur écrivit une grande partie de son oeuvre.

Les lieder à effectif variable que nous avons entendus dimanche ne sont pas les plus connus du public parisien, plus habitué aux cycles de La Belle Meunière, au Voyage d'Hiver ou au Chant du Cygne. Ces pages sont antérieures à ces cycles et nous découvrons, en les écoutant, une musique dont le charme à l'apparente simplicité nous ravit dans ces ensembles alternés pour quatuors, trios, duos ou voix seule. L'amour, la nature et la bonhomie affirment le credo du musicien (qui pourrait bien être le nôtre) : "Etre ensemble est un plaisir de l'âme".

Les poèmes mis en musique par Schubert sont empruntés à Schnitzer von Meerau, Seidl, von Collin, Mariane von Willemer (la maîtresse de Goethe) et à Goethe lui-même.

La première partie de ce concert se conclut sur un trio joyeux qui relate la chasse de ce qui devra devenir "le rôti de noces" par les deux fiancés et que le garde-chasse va venir déranger. Une récréation musicale où la soprano joue la "rabatteuse" et où le piano plante le décor par ses sonorités appropriées (frissons d'angoisse, ténèbres, sonnerie du chasseur...).

En seconde partie, nous entendons la musique d'un Schubert plus spirituel. Von Schiller (Hymne à l'infini) et Klopstock (Chant de funérailles) sont, entre autres, au menu de ces prières aux mélodies plus graves et empreintes d'une certaine sérénité.

                      
Werner Güra
Anke Vondung
Les quatre chanteurs, tous allemands - Ruth Ziesak (soprano), AnkeVondung (mezzo-soprano), Werner Güra (ténor) et Konrad Jarnot (basse) - ont une grande habitude de ces interprétations à effectif variable qu'ils pratiquent et enregistrent depuis déjà quelques années. Leur style est impeccable et leurs voix se fondent parfaitement dans ces harmonies schubertiennes. Ils sont accompagnés par un autre habitué, l'autrichien  Christoph Berner qui est, pour les chanteurs, un complice de grand talent.

Ruth Ziesak
Christoph Berner

Konrad Jarnot

lundi 27 mai 2013

Des couleurs et du papier



Petite exposition très intéressante sur ces papiers créés dans les ateliers des cartiers, dominotiers et graveurs d'images entre 1700 et 1850.

Les papiers dominotés imprimés à la planche de bois ont longtemps servi
de couverture d'attente aux livres brochés. Leur fragilité explique le peu d'échantillons parvenus jusqu'à notre époque. En revanche, les papiers dorés gaufrés ou dorés vernis allemands on servi à habiller les pages de garde des beaux livres.


Ce sont ceux-là que l'on peut voir, avec quelques ouvrages dominotés français ou italiens.




Et puis, cette exposition est l'occasion d'entrer dans la très belle bibliothèque Mazarine. Jusqu'au 7 juin, du lundi au vendredi de 10 h à 18 h.



samedi 25 mai 2013

Caroline Nin à Paris pour "Hymne à Piaf"


Après plusieurs tournées australiennes et une nomination aux "Helpmann Awards" (équivalent de nos Molières), Caroline Nin propose son show "Hymne à Piaf" tous les mercredis à 20 h au Théâtre de l'Essaïon (75004) et ce jusqu'au 26 juin.

De La vie en rose à Mon Dieu, en passant par L'Accordéoniste, La Foule ou Mon Légionnaire, Caroline
nous offre le meilleur de son talent, sabelle voix puissante et charnue mais qui sait également être caressante et sensuelle et qui, à coup sûr, nous touche au plus profond.



Caroline chante avec son coeur et sa voix, sa propre personnalité, sans chercher à imiter la Mome Piaf, mais en nous proposant des adaptations plus jazzy, des rythmes plus lents...







Entre chaque chanson, elle nous raconte Piaf, ses amours, ses succès, ses douleurs... en anglais puisque le show fut créé pour des anglophones, d'ailleurs très présents dans le public parisien.







Elle est accompagnée - très bien - par Antoine Lefort au piano et Shankar Kirpalani à la contrebasse 5 cordes.






Au final, le public est convié à scander "Padam, padam, padam" et chacun quitte la salle voûtée sourire aux lèvres et un peu de joie au coeur.



vendredi 24 mai 2013

Encore des disparitions... avec un brin d'humeur !

Ce printemps 2013 ne se contente pas d'être détestable, il faut, de surcroît, qu'il décime le monde artistique musical !

Je rends hommage donc :

  • au "Métèque" Georges Moustaki qui fut un des grands auteurs-compositeurs de la chanson française. De Piaf à Gréco en passant par Montand et Reggiani mais sans oublier Barbara, beaucoup l'ont chanté. Je ne m'étends pas sur cette triste nouvelle, vos médias habituels en ont largement rendu compte. Adieu Milord !




  • au grand compositeur que fut Henri Dutilleux - et là, on ne peut pas dire que les journaux télévisés de nos grandes chaînes nationales ou autres se soient vraiment sentis concernés par cette information...- Heureusement, l'honneur est sauf avec France Musique qui a carrément dédié la journée d'hier à la diffusion de l'intégrale de la musique de Dutilleux, entrecoupée d'interview du Maître à différentes occasions de sa carrière.
    Henri Dutilleux avait 97 ans et a marqué la seconde moitié du XXème siècle. Contrairement à Messiaen et Boulez, il ne fonda aucune école et ne se réclamera d'aucune chapelle. Travaillant
    lentement, il laisse un catalogue peu fourni en regard de sa longévité. Mais ses oeuvres sont ciselées et on y trouve une étrange poésie, créée par des couleurs et des sonorités étranges et de nature onirique. Il n'écrivit que tardivement pour la voix et j'assistai à la création de Le temps l'horloge par Renée Fleming au TCE. Un grand moment !
    Le Maître supporta les jeunes compositeurs et suivit toute sa vie l'avant-garde musicale. Boulez ne dirigea jamais une oeuvre de Dutilleux mais ce dernier assista à beaucoup de concerts de Boulez !
    Les plus grands solistes créèrent ses oeuvres : Rostropovitch : concerto pour violoncelle Tout un monde lointain en 1970, Charles Munch dirige la création de sa seconde symphonie Le double en 1959, George Szell avec l'Orchestre de Cleveland créent Les Métaboles en 1965.

lundi 20 mai 2013

Albert Lance - Marie-Nicole Lemieux

Impossible pour moi de rendre compte d'une soirée lyrique sans vous parler, d'abord, de ma tristesse à l'annonce du décès du ténor franco-australien, Albert Lance, qui fut à l'origine de beaucoup de mes émotions musicales au moment où je découvrais les oeuvres du répertoire en étant figurante à l'Opéra Comique.

De son vrai nom Lancelot, Albert Ingram, Albert Lance était né en 1925 à Adélaïde (Australie). Il débute sa carrière à Melbourne au début des années 50.

Albert Lance et Roger Soyer


Il s'installe à Paris où il est engagé en 1955 dans la troupe de la RTLN (Réunion des Théâtres Lyriques Nationaux). Il prend alors le pseudonyme d'Albert Lance et chante tous les grands rôles du répertoire : Hoffmann, Werther, Mario, Don José, Jean (Hérodiade), Rodolphe (La Bohème), Paillasse, Enée (Les Toyens), Faust (La Damnation de Faust), Hérode (Salomé)...


Parallèlement à sa carrière française, il se produit à Londres, Moscou, San Francisco, au Brésil et en Argentine. Il reçoit sa nationalité Française des mains du Général de Gaulle en 1967.

Après l'arrivée de Rolf Lieberman, il entre dans la troupe de l'Opéra du Rhin d'où il prendra sa retraite en 1977.

Retiré dans le midi, il enseigne au Conservatoire de Nice puis à celui d'Antibes.



Albert Lance s'est éteint le 15 mai dernier à l'âge de 86 ans. Merci à lui pour toutes les joies qu'il aura suscitées par son talent, ses aigus sans faille et toute la gentillesse dont il savait faire preuve avec ses collègues et avec son public qui, je m'en souviens, le lui rendait bien.




Récital de mélodies par Marie-Nicole Lemieux, Roger Vignoles au piano
Auditorium du Musée d'Orsay le 16 mai 2013



On connait la pétulante alto Québécoise, Marie-Nicole Lemieux, dans ses grands rôles à l'Opéra : Giulio Cesare de Händel, Mrs Quickly dans Falstaff de Verdi (récemment à Paris)... Les salles du monde entier se l'arrachent, ses enregistrements font un tabac dans les hit parade du classique... Bref, on s'attendait à beaucoup de bonheur pour ce récital de mélodies, façon salon de musique XIXème siècle.




Et la voilà, imposante stature, robe d'un vert mal défini ornée de dentelles, pas follement élégante, chevelure rousse, allure décidée et physionomie joviale. Elle accroche son bracelet dans ses dentelles et elle rit... Un spectateur se déplace juste dans sa concentration à la reprise, elle s’interrompt, attend et rit ! Il faut reprendre la concentration. Marie-Nicole Lemieux telle qu'on l'attendait en somme...




Et c'est parti, avec Fauré auquel succède Reynaldo Hahn. Beau phrasé, parfaite diction. Et puis ? Et puis, j'y viens. Mais un petit préambule est nécessaire. M.N. Lemieux est dotée d'une très grande voix ; on s'en rend d'autant mieux compte dans cet auditorium de trois ou quatre cents places où ce volume généreux, ample et velouté, nous atteint directement dès les premières notes et qui se déploie pour emplir l'air du lieu dès qu'une phrase permet à la chanteuse de lâcher les chevaux ! Moi, j'adore ! Mais j'ai de suite pensé aux puristes : trop de volume, trop d'effets, trop de lyrisme, trop de chant, trop... de tout !

Mais que l'on ne pense pas pour autant que le style n'y est pas. Il est là avec de magnifiques phrases en apnée, beaucoup de musicalité, une très belle articulation. Et ce timbre chaud, velouté, coloré, des aigus flamboyants, des graves profonds, de la clarté et de l'expression...

Les "Five little songs" sur des poèmes en anglais de Robert Louis Stevenson mis en musique par R. Hahn sont cinq pépites heureuses dans ce récital francophone.

Après l'entracte - et le placement tardif d'un spectateur - ce sont cinq belles mélodies de Charles Koechlin et, pour finir en beauté, cinq des plus belles mélodies de Henri Duparc. Du miel dans l'extase...

Dans les bis, La Villanelle des Nuits d'été de Berlioz, enlevée et rieuse. Et parce que (je cite) "on n'avait pas prévu autant de bis... Espérons que ce sera aussi bien que la 1ère fois (rire) ou bien très différent, qui sait ?" elle reprend "Après un rêve" de Fauré. C'était aussi bien, sinon mieux...



Un mot sur l'excellent accompagnateur qu'est Roger Vignoles, entendu l'an passé au Wigmore Hall de Londres où il accompagnait Bernarda Fink et et Martina Jankova. Son jeu est dans l'esprit, toujours attentif, soulignant le chant et donnant tout leur poids aux partitions très riches de Fauré et de Duparc. C'était une première collaboration comme nous le confiera Marie-Nicole (et oui, ça y est on est copines...). Il pourrait y en avoir d'autres (des collaborations, pas des copines).




Merci à l'impétueuse chanteuse venue des terres francophones lointaines avec tout son talent.