mardi 5 juillet 2016

Page pré-estivale

Hello ! Me revoilou après ce long silence que j'attribue aux heures trop courtes, aux journées trop pluvieuses, trop grises, à ma paresse aussi certainement... Bref, parlons musique avant la grande transhumance estivale, au moins des derniers concerts et spectacles selon ce que ma mémoire amollie me restituera...

J'ai pu assister, ces deux derniers mois, aux représentations du "Der Rosenkavalier" de Richard Strauss et au Concert symphonique de l'Orchestre de l'ONP, les deux à l'Opéra Bastille. Un "Tristan et Isolde" de Richard Wagner m'attira au Théâtre des Champs-Elysées et mes pas - ou plutôt le bus 70 - me menèrent souvent jusqu'à la Maison de la Radio pour l'enregistrement de deux "Portraits de Famille" avec Philippe Cassard et quatre "Plaisirs du Quatuor" de Stéphane Goldet.

Philippe Jordan
Le Chevalier à la Rose donc, reprise de la miroitante mise en scène de Herbert Wernicke dans laquelle je constatai, cette fois-ci, une action un peu diluée sur ce grand plateau. Peut-être, aussi, est-ce le manque de consistance (sauf le personnage du Baron Ochs) des chanteurs qui en est la cause... Car si de la fosse montaient des sonorités subtilement fabuleuses sous la baguette ensorcelée de Philippe Jordan, les interprètes sur le plateau ne sont pas parvenus à m'émouvoir.

Peter Rose


Globalement pourtant, la prestation charme et laisse l'impression d'une agréable soirée. Le niveau des nombreux seconds rôles est excellent. Le couple d'intrigants (Dietmar Kerschbaum et Eve-Maud Hubeaux) intrigue à souhaits avec de belles voix. Faninal (Martin Gantner) est un peu "transparent" aux côtés d'un Baron Ochs (Peter Rose) qui tient toute la place tant par sa présence scénique que par ses qualités vocales.




Daniela Sindram
Erin Morley
Côté voix féminines, la Sophie de Erin Morley est très convenablement chantée, avec de beaux aigus.
L'Octavian de Daniela Sindram parvient à habiter suffisamment le personnage pour m'intéresser, grâce à une belle aisance vocale et scénique.






Michaela Kaune
Mais ce spectacle se trouvait dans mon abonnement pour y entendre La Maréchale de Anja Harteros. Las ! La malchance me poursuivant cette saison, la soprano avait annulé toutes ses représentations ! Et malheureusement, Michaela Kaune qui la remplaçait, fut une très pâle Maréchale. Timbre banal, aigus mal assurés, justesse parfois vacillante et, surtout, manque total d'émotion dans ce rôle tout en délicatesse et subtilité.


Restons à Bastille. Clôturant mon abonnement ONP, le concert symphonique de l'Orchestre emmené par son chef, Philippe Jordan.
En apéro, la symphonie n° 1 en Ré Majeur de Prokofiev "Classique". Le jeune compositeur (1916) rend hommage à Haydn avec cette partition qu'il écrit en pensant "que s'il avait vécu encore, Haydn aurait certainement agrémenté sa musique d'éléments nouveaux tout en conservant sa façon de composer".
D'abord surprise par la forme très classique, effectivement, de cette oeuvre, j'ai pris beaucoup de plaisir à en découvrir la clarté tonale des trois mouvements.

Philippe Jordan
Ravel, avec le concerto pour piano en Sol par Alexandre Tharaud, poursuivait le concert. Beaucoup moins
Alexandre Tharaud
compétente en "instrumental" qu'en "lyrique", j'ose à peine vous parler de ma petite déception à l'écoute de cette interprétation d'une oeuvre que j'apprécie et connaît plutôt bien. Virtuose, Alexandre Tharaud a très bien emmené les mouvements 1 et 3, faisant brillamment "sonner" le piano et parfaitement accompagné par l'orchestre et ses excellents solistes. En revanche, je n'ai pas été saisie par l'habituel frisson que me procure le legato de l'Adagio central. J'ai mal ressenti un sensible manque de legato (justement) dans l'accomplissement de cette plage mélodique que, par ailleurs, les bois de l'orchestre ont superbement chantée. Mais n'étant qu'un ressenti personnel, il ne met nullement en doute l'immense talent du pianiste.

Après l'entracte, c'est la grande formation qui prenait place sur la scène pour une brillante interprétation des Tableaux d'une exposition dans l'orchestration de Maurice Ravel. Toutes les forces en présence nous ont véritablement emmenés tout au long de cette promenade picturale, rutilante et sonore. Ravel a probablement, réussi là à démontrer tout son talent d'orchestrateur. Les couleurs se succèdent, des cuivres (trompette magnifique) au bois en passant par les cordes voluptueuses, après des contours vers les cloches et clochettes, les sombres accents des contrebasses alliées au basson, les rythmes de la caisse claire et des timbales... Un feu d'artifice grandiose !



Daniele Gatti
Entre ces deux soirées, la programmation du Théâtre des Champs Elysées nous proposait un Tristan und Isolde de Richard Wagner par l'Orchestre National et son chef en partance pour le Concertgebouw d'Amsterdam, Daniele Gatti. A noter pour info qu'il est remplacé par le chef français Emmanuel Krivine.


De très belles sonorités, une belle ampleur lyrique et beaucoup de souffle dans la direction du chef italien. Personnellement, je continue à trouver cette direction un peu trop lente et un brin pesante.

Côté chanteurs et jouant toujours de malchance, Rachel Nicholls remplaçait Emily Magee initialement prévue. Et dès le début, le timbre acide et rude de cette interprète m'a déplu. Un déplaisir qui s'est accentué au fur et à mesure, la puissance vocale ne compensant pas l'approximation de la justesse ni le tiraillement des aigus. Du coup, le finale a, pour moi, été presque insupportable et m'en a voilé les belles performances des autres interprètes. Mais peut-être que six représentations de ce rôle très lourd ont-elles élimé ses qualités.

Torsten Kerl est un Tristan convaincant dans le médium. Les graves sont cependant parfois enroués et il est à la peine dans les aigus, surtout après le second acte. La ligne de chant souffre un peu, probablement de la fatigue accumulée après cinq représentations.

Belles prestations de Steven Humes en Roi Marke tout en simplicité et de Brett Polegato en Kurwenal fidèle de Tristan, lumineux et vaillant. A l'inverse, Andrew Rees est un Melot percutant. Michelle Breedt ne parvient, malheureusement, pas à créer avec son timbre vulgaire, l'osmose attendue entre le chant de Brangäne  et celui d'Isolde, trop acidulé ce soir-là.

La très esthétique mise en scène de Pierre Audi, relevée par les beaux clairs obscurs de Jean Kalman, nous aurait entièrement conquis si il avait su diriger ses chanteurs.


Ces deux derniers mois, c'est donc souvent en bordure de Seine, vers la Maison de la Radio que je me retrouvai souvent pour l'enregistrement de deux "Portraits de Famille" avec Philippe Cassard et quatre "Plaisirs du Quatuor" en compagnie de Stéphane Goldet.

A noter que ces deux producteurs de France Musique nous réjouiront encore la saison prochaine, rescapés - pour notre plus grand bonheur - de la grande valse des programmes que la direction de la chaîne continue de pratiquer en ayant comme seul but l'audimat au détriment de la qualité de leur contenu qui s'effrite d'année en année. Exit ainsi, malheureusement, l'excellente "Matinale culturelle" de Vincent Josse que d'aucuns ont jugée trop culturelle et pas assez musicale et qui faisait de l'ombre à la matinale de France Culture tant elle était de qualité. J'imagine qu'elle sera remplacée par un bla bla inconsistant entre deux tranches de musiquette et où, surtout, on ne va pas "se prendre la tête !" au risque de s'enrichir un peu l'esprit... La tendance est en train de s'inverser et Radio Classique va finir par devenir plus consistante que France Musique ! Quelle tristesse !

Mais bon. Il nous reste Philippe Cassard, son piano et ses pianistes. Si l'on apprend moins qu'avec les "Notes du Traducteur", on s'enrichit néanmoins de la qualité des talents et des interprétations qu'il nous soumet chaque semaine dans "Portraits de Famille".

Lien pour réécouter les "Portraits de Famille" de Philippe Cassard.

Quant à Stéphane Goldet, c'est toujours avec une belle pertinence, un savoir prodigieux qu'elle nous propose, de sa belle voix douce et calme, la découverte de jeunes quatuors très talentueux et nous procure le bonheur d'entendre les talents confirmés des plus renommés d'entre eux. Mes connaissances dans ce domaine, peu exploré par moi, se sont grâce à Stéphane Goldet un peu étoffées et continueront à se développer la saison prochaine.


Lien pour réécouter les opus des "Plaisirs du Quatuor" de Stéphane Goldet.


Je souhaite à tous un bel été ensoleillé, joyeux et musical. Je tâcherai de vous donner mes impressions sur les retransmissions télévisées des festivals lyriques de l'été.




mercredi 20 avril 2016

Stéphane Degout/Alain Planès aux Bouffes du Nord - 18 avril 2016

Stéphane Degout et Alain Planès - Bouffes du Nord 18 IV 16
Stéphane Degout a la chance, pour notre plus grand bonheur, d'être doté d'une magnifique voix de baryton au timbre charnu empreint de couleurs multiples qu'il utilise avec subtilité.

Car à ce talent naturel auquel il doit tout et au travail qui le mène vers les sommets et lui promet une brillante carrière lyrique, s'ajoutent la sensibilité et l'intelligence, l'humanité, la lucidité, la profondeur et la finesse, la passion et la délicatesse. En bref, l'intelligence du chant si nécessaire à l'interprétation du programme ambitieux proposé au public des Bouffes du Nord, celui qui a osé prendre place dans l'enceinte magique à l'acoustique incroyablement parfaite.



Car le programme est ardu : une première partie déploie la poésie de Verlaine à Villon en passant par Mallarmé, Jules Renard, Apollinaire, Tristan l'Hermite et Léon-Paul Fargue ! Sur les belles mais compliquées harmonies d'un Claude Debussy qui y a placé toute la subtilité et la redoutable complexité de ses mélodies, Stéphane Degout nous délivre la complexité de ces textes sur l'envolée de cette musique. C'est beau, profond, audacieux et brillant !




Et pour escorter, souligner, accompagner, soutenir ou emmener le chanteur, un magnifique artiste au piano, . Discret et efficace avec un "toucher" tout en légèreté.
Alain Planès


En seconde partie, on se régale du Bestiaire de Francis Poulenc, on pouffe aux drôleries musicales de Satie et on fond devant l'interprétation si raffinée, si élégante, des Histoires Naturelles de Maurice Ravel.

Et, cerise sur le gâteau, deux bis de la même veine poétique alliée à une même aisance vocale dans la difficulté : Don Quichotte à Dulcinée (Morand/Ravel) et Banalités (Apollinaire/Poulenc) !

LA soirée où il fallait être ce lundi 18 avril !

Programme : C. Debussy - Trois poèmes de Paul Verlaine extraits du recueil Sagesse
                                          - La mer est plus belle que les cathédrales
                                          - Le son du cor s'afflige vers les bois
                                          - L'échelonnement des haies
                                       - Trois poèmes de Paul Verlaine extraits des Fêtes galantes
                                          - Les Ingénus, Le Faune, Colloque sentimental
                                       - Trois poèmes de Stéphane Mallarmé
                                          - Soupir, Placet futile, Éventail
                                       - Trois mélodies de Tristan l'Hermite extraites du
                                          Promenoir des deux amants
                                          - Auprès de cette grotte sombre
                                          - Crois mon conseil, chère Climène
                                          - Je tremble en voyant ton visage
                                       - Trois ballades de François Villon
                                          - Ballade de Villon à s'amye
                                          - Ballade que Villon fait à la requeste de sa mère
                                             pour prier Nostre-Dame

                                          - Ballade des femmes de Paris
Sde partie : F. Poulenc    - Cycle du Bestiaire ou Cortège d'Orphée
                                         - Le Dromadaire, La Chèvre du Tibet, La Sauterelle,
                                           Le Dauphin, L'Écrevisse, La Carpe.

                  E. Satie         - Trois mélodies
                                         - La Statue de bronze (Léon-Paul Fargue)
                                         - Daphénéo (Mimi Godebska)
                                         - Le Chapelier (René Chalupt)
                  M. Ravel       - Les Histoires naturelles
                                          - Le Paon, Le Grillon, Le Cygne
                                            Le Martin-pêcheur, La Pintade

dimanche 3 avril 2016

Garnier - Fontainebleau - Bastille

Je vous invite à un petit circuit lyrique pour finir ce mois de mars.

1/ IOLANTA/CASSE-NOISETTE Piotr Ilyitch Tchaïkovski à l'Opéra Garnier

Il est des soirées qui laissent d'étranges impressions. Celle-ci en fait partie. A la fois la satisfaction d'un bon spectacle et la sensation d'avoir été piégée.
Piégée par cette seconde partie de ballet aux multiples facettes, aux trop différentes ambiances qui ont obligé mon esprit à se prêter à de multiples contorsions, ce qu'il a ordinairement beaucoup de difficultés à opérer...
Alice Renavand - Marion Barbeau - Stéphane Bullion
Sous l'impulsion du metteur en scène Dmitri Tcherniakov qui en a réinventé le livret, trois chorégraphes se sont partagé le difficile travail de réécriture du conte fantastique d'Hoffmann.
Durant toute la première partie (l'anniversaire de Marie), signée Arthur Pita, je me suis un peu ennuyée à voir évoluer les protagonistes de cette "surprise-party" qui m'a plutôt fait penser au "Bal des Cadets".

C'est pourquoi, lorsque tout explose sous l'effet d'on ne sait quel cataclysme, j'ai ressenti un soulagement qui n'a, malheureusement, pas duré. Car après La Nuit chorégraphié par Edouard Lock et où les survivants dansent dans les gravas, le magnifique pas de deux sur les mêmes débris poussiéreux sous vidéo de flocons noirs m'a beaucoup gênée, surtout à regarder la gestuelle saccadée et répétitive imposée par la chorégraphie de Sidi Larbi Cherkaoui. Au bout de quelques minutes, c'est assommant ! Et ça revient dans Les Fleurs et là, on a carrément envie de dire : STOP !

Je tiens cependant à saluer le magnifique travail du Corps de Ballet de l'Opéra, toujours au top de son talent et, principalement, Marion Barbeau, Stéphane Bullion et Alice Renavand.

Je termine par le début puisque cette représentation commence dans l'intimité d'un salon très cosy où la jeune Iolanta, fille du Roi René et aveugle de naissance, est remisée, ignorante de son infirmité. Dans la conception de Tcherniakov, le printemps provençal moyenâgeux devient hiver russe sous le règne d'Alexandre II et les manteaux de fourrure se gardent même au creux du salon bourgeois. Sans doute pour faire + cossu... Tchaïkovski compose les deux oeuvres (Iolanta et Casse-Noisette) à la même époque et elles sont créées ensemble en 1892.




Sonya Yoncheva nous révèle une Iolanta tout en transparence et en clarté. Le timbre est soyeux et la vocalité parfaite. Nuances et sentiment sont au rendez-vous et la longueur de voix est impeccable. La soprano émerge d'une distribution de très belle tenue ; je souligne la superbe voix de basse de Alexander Tsymbalyuk en Roi René compatissant et protecteur.

Direction d'orchestre précise et nerveuse d'Alain Altinoglu.

Alors ? Où était le piège qui m'a laissée sur ma faim au terme de cette soirée d'opéra au sens le plus complet ? Probablement dans la parfaite esthétique des décors, costumes, lumières et vidéos. Car les gravas post-explosion, la gestuelle saccadée énervante, les jouets géants patauds et grotesques, la multiplicité des "Marie" et "Vaudémont", le salon à l'atmosphère douillette se succèdent avec une pareille beauté, une féerie resplendissante et harmonieuse, une cohésion qui emportent l'adhésion et laissent, au final, à l'esprit une impression de bonne soirée.
2/ La Guildhall School of Music & Drama de Londres au Théâtre de Fontainebleau

Dans le charmant Théâtre Municipal de Fontainebleau, les élèves de la Guildhall School de Londres nous réjouissaient en ce dimanche de Pâques et nous proposaient un concert de Scènes d'Opéra.

Dans un large éventail d’œuvres du répertoire, ces jeunes gens ont déversé une bouffée de fraîcheur lyrique démontrant les diverses facettes de leur talent prometteur.

Si l'on peut reprocher quelques libertés stylistiques, dans Mozart et Richard Strauss notamment, leur enthousiasme, leur dynamisme et leur réel engagement ont apporté beaucoup d'émotion dans Peter Grimes de Britten, dans Eugène Onéguine de Tchaïkovski, dans le troisième acte de La Bohème de Puccini et dans la scène finale de Carmen de Bizet.

Les voix sont bien en place, parfaitement projetées. Si l'on doit distinguer une qualité vocale plus affirmée, ce sera cette du ténor John Findon dont le timbre sombre et large, la diction parfaite et l'engagement total sont pour une grande part dans l'émotion que je citai plus haut.

A noter - car il n'y a pas que les chanteurs - les deux accompagnateurs qui se sont partagé la lourde tâche de jouer successivement des styles aussi différents que Mozart, Tchaïkovski, R. Strauss ou B. Britten en passant par Rossini, Janacek ou Bizet. Bravo également à toute l'équipe, technique, vocale et scénique.

On espère revoir ces jeunes talents cet été et au printemps prochain pour un aussi riche concert.


3/ De Nuremberg, des Maîtres réjouissants, Wagner, Bastille

Débarrassée de la pompe pesante façon "Congrès du IIIème Reich", dépourvue des longs manteaux gestapistes et libérée de la posture statique d'un chœur empanaché, cette production festive des Maîtres Chanteurs de Nuremberg mise en scène par Stefan Herheim m'a enchantée.


J'ai tout aimé, ou presque, des éléments meublant le décor et se transformant en tribune géante, de la façade" d'une bibliothèque devenue façade d'immeuble à l'acte suivant, des ravissants costumes colorés aux déguisements en personnages de Grimm ou de Perrault, les trois niveaux où s'étagent les choristes (même si je ne voyais pas tout depuis ma place), la scène débridée du petit matin où se mélangent les chemises et bonnets de nuit avec les Sept Nains ou le Petit Chaperon Rouge et autre Loup, le défilé des Maîtres chahuté par la jeunesse, les éclairages, la drôlerie et les moments d'émotion... Il y avait longtemps que je n'avais passé une aussi belle soirée lyrique !

D'autant que sur le plateau, la distribution très homogène a su assurer vocalement cette belle mais très lourde partition. De cette homogénéité, je dégage l'excellent Beckmesser de Bo Skovhus ridicule et méchant à souhait, sans céder sur la qualité de son chant.
Gérald Finley
Et puis, bien qu'éprouvé par la série de représentations assurées (celle-ci était la dernière), la magnifique prestation de Gérald Finley dans le rôle écrasant de Hans Sachs. Tout en finesse et en élégance, drôle dans céder à la face, attachant sans céder à la mièvrerie et émouvant dans ses élans amoureux réprimés. Bien que vocalement fatigué, il assure une belle ligne de chant que colore un beau timbre de baryton-basse.

Si j'ajoute à tout cela l'opulente harmonie du chœur et les magnifiques sonorités de l'orchestre de l'ONP qui suit la légère et claire baguette de Philippe Jordan nous donnant à entendre des bois somptueux, des cuivres au son stable et rond, des timbales qui sonnent sans tapage et des cordes d'une grande limpidité dans la rondeur, vous aurez compris que j'ai assisté à une grande soirée wagnérienne.


  

jeudi 25 février 2016

Le "blues" des Victoires

Quatuor Ellipse
Après une belle séance d'enregistrement, ce lundi, de la prochaine émission des Plaisirs du Quatuor en compagnie de Stéphane Goldet, au cours de laquelle le Quatuor Ellipse nous a régalés avec le Quatuor en fa majeur K 590 de W.A. Mozart, une belle interprétation du Quatuor à cordes en sol mineur Op. 10 de Claude Debussy (1862-1918) ainsi que de la découverte (pour ma part) d'un quatuor inachevé du très jeune (17 ans) Guillaume Lekeu (1870-1894),


Halle aux Grains - Toulouse



je m'installai confortablement hier soir devant mon petit écran pour suivre la cérémonie de remise des Victoires de la Musique Classique 2016, en direct de la Halle aux Grains de Toulouse.



Bien que n'étant pas fan de ce type de soirées, mon attachement à la musique et à ce qui fait son actualité m'impose cet exercice. Étant donné le peu de fois dans une année où les chaînes généralistes françaises nous proposent ce type de programme, je tiens à enrichir de mon assiduité le résultat de l'audimat.


En éteignant mon téléviseur au terme de la retransmission, un curieux mélange de sentiments plus ou moins négatifs (plutôt + que -) m'amenait à une réflexion approfondie sur ce rituel. Le talent des musiciens et chanteurs n'est absolument pas à mettre en cause, chacun ayant défendu - et j'emploie ce terme à dessein - comme il a pu son "passage" compte tenu du climat ambiant et des contraintes de la soirée.

Chaque artiste a donné le meilleur de lui-même et si ce meilleur n'était pas au rendez-vous, la faute est à chercher ailleurs.

Et cet ailleurs, je le situe dans l'organisation ringarde, empesée et tristounette de ce qui devrait être une véritable fête. S'il suffisait pour réussir ce type de retransmission, d'aligner des talents dans n'importe quel ordre, de confier la présentation à deux personnalités "vedette" même pas capables de mémoriser leur texte, à défaut de le comprendre (!) et de multiplier les moulinets de caméras (au risque de nous donner le mal de mer), le tout habillé de lumières multicolores et de scintillements compulsifs, le pari aurait été gagné !

Las ! A vouloir à la fois séduire un public plus large et moins averti et préserver l'intérêt des mélomanes plus éclairés, on prend le risque de ne satisfaire personne.

Il va donc falloir trancher, ce qui ne serait pas satisfaisant, ou bien réinventer la formule. Et d'abord, arrêter de penser que Monsieur Lodéon va "éduquer" son auditoire en une soirée, à grand renfort d'anecdotes simplistes et maintes fois rabâchées. Ce rôle doit revenir à l'Education Nationale car c'est bien dans les écoles que ce "savoir" doit être enseigné aux enfants afin de leur faire toucher du cœur la sensibilité qui leur ouvrira les porte de connaissances, non pas livresques mais riches en apport d'émotions et de vibrations variées. Et puis, Madame Chazal, il ne suffit pas d'inviter le téléspectateur à participer via Tweeter pour captiver et capter un auditoire plus varié. La technologie ne comble pas le vide culturel.

Ensuite, il est primordial de confier la réalisation du concept à une personne qui sait de quoi elle parle, qui possède une belle expérience des plateaux télé et qui soit musicalement compétente et donc crédible. Une personne qui penserait la soirée autour d'un véritable projet. Quelqu'un comme Jean-François Zygel par exemple... qui ne tomberait pas dans la vulgarisation à n'importe quel prix, mais partagerait son savoir avec intelligence et bonne humeur.

Car la gaieté, la joie de faire de la musique, de chanter, le bonheur de la partager qui est ce que nos artistes ont tous en commun, ont cruellement manqué hier soir. De plus, quelques grossières erreurs ont été commises :
- programmer la jeune Lucienne Renaudin-Vary en ouverture quand on sait quel instrument ingrat est la trompette ! On confie le premier passage à un talent confirmé, pas à une musicienne de 17 ans qui, morte de trac a saboté sa prestation. Heureusement, nous on sait qu'elle vaut mieux que ces quelques minutes d'enfer pour elle, sa Victoire de Révélation Instrumentiste le prouve. Il n'en demeure pas moins que c'est une faute majeure des organisateurs
- autre erreur et non des moindres : évoquer la disparition de Pierre Boulez en trois mots et deux photos !ou on en parle - et le développement vaut mieux que ça, avec extraits filmés - ou bien on n'en parle pas. Là, c'était affligeant !
- et puis, on évite (mais pour ça, faut préparer un minimum) d'écorcher le nom des participants ou des compositeurs que l'on cite ! Sinon, c'est l'incompétence affirmée.

Il faut ajouter à tout ça une prise de son déplorable alors que les musiciens-metteurs-en-ondes de France Télévision et de France Musique sont réputés pour leur professionnalisme. Décidément, ce n'était pas le bon soir...

On comprend, avec tout ça, que la jeune Elsa Dreizig (Victoire Révélation Lyrique) ait eu envie de mettre un coup de pied dans la fourmilière, même si son intervention intempestive n'avait pas lieu d'être à ce moment-là et soit demeuré quelque peu hermétique.

A noter, tout de même et pour terminer sur une note positive, quelques moments d'émotion grâce à Bertrand Chamayou avec F. Liszt, à Jérôme Pernoo avec une oeuvre de Connesson, à Adam Laloum avec Mozart et à Karine Deshayes, très en forme, avec l'air de La Reine de Saba de Gounod.

Philippe Hersant
Allez ! Ça y est, j'ai craché mon venin... Ce sera mieux l'an prochain !
Fin du palmarès :
Philippe Jordan

                   Compositeur : Philippe Hersant
                     
Enregistrement : Philippe Jordan et l'Orchestre de l'Opéra National de Paris
                       


                             
                   

Karine Deshayes
Bertrand Chamayou
                                      Artiste lyrique : Karine Deshayes
                       



 Soliste instrumentiste : Bertrand Chamayou







Honneur : Menahem Pressler

mardi 16 février 2016

Dutilleux, Korngold, Quatuor Arod, Il Trovatore

Vous avez maintenant l'habitude du regroupement en un seul article de mes impressions sur divers concerts rapprochés.

Le temps - vous savez, cet insaisissable décompte qu'égraine le sablier... - me parait accélérer sa fuite en cet automne de ma vie de spectatrice. Toujours est-il qu'il ne m'en reste jamais assez pour venir vous parler de mes émotions musicales. Non qu'elles se soient raréfiées, ni atténuées, fort heureusement car elles sont la part essentielle et indispensable à ma santé, l'exigence salutaire à mon bon équilibre.

Centenaire Henri Dutilleux - 21 janvier 2016 - Auditorium de Radio France


Concert hommage au compositeur disparu il y a presque 3 ans déjà. Ses liens avec la radio pour laquelle il a composé nombre de pièces et qui, en retour, a créé certaines des oeuvres du Maître (de la 1ère Symphonie (1951) jusqu'à Le Temps l'Horloge (2009) en passant par beaucoup d'autres)

Cette soirée anniversaire nous proposait :
- Les citations (1985 et 1991 - hautbois, clavecin, contrebasse et percussions)
   Deux courtes dédicaces aux couleurs chatoyantes, rythmées par les pizz de la contrebasse et les sons de la
   percussion.
- Métaboles (1964)
   Commande de George Szell pour l'Orchestre de Cleveland. Henri Dutilleux considérait cette oeuvre  
   comme "un concerto pour orchestre". Les cinq parties qui s'enchaînent exploitent, tour à tour, chaque
   famille d'instruments : bois, cordes, percussions, cuivres et l'ensemble en conclusion.
   Orchestration volumineuse qui produit des sonorités variées dont l'éclatant finale.
Maroussia Gentet
- Après l'entracte, la jeune et jolie pianiste Maroussia Gentet nous livrait une      interprétation tout en délicatesse des "Préludes pour piano" (1973, 1977 et     1988). Trois œuvres douces et légères, fluides ou  immobiles, suspendues         par les sonorités impalpables que le compositeur a fait naître.
- Et pour finir, la symphonie n°2 "Le Double" (1958-1959)
   Avec des effets d'écho, des coupures de rythmes et des tonalités variées,         cette symphonie est éclatante et son expression solaire.

Belle soirée de musique contemporaine dans l'Auditorium de Radio France.



Erich Wolfgang Korngold (1897-1957)

Toujours à la Maison de la Radio, mais au Studio 104 cette fois, malheureusement bien peu rempli, le baryton Christian Immler accompagné au piano par Danny Driver, nous proposait une soirée de lieder autour de E.W. Korngold.
Christian Immler
Danny Driver

De Mozart à Zemlinsky en passant par Mahler et Schoënberg, le baryton allemand est un interprète reconnu de lieder. Il nous a régalés, ce soir-là, d'un éventail particulièrement large et bien choisi d'oeuvres aussi riches que quatre extraits du Knaben Wunderhorn de G. Mahler, du Turmwächterlied und andere Gesänge de Alexander von Zemlinsky et, aussi, d'agréables morceaux comme les Songs of the clown et les Abschiedslieder de Korngold, le tout après Eine Kleine deutsche Kantate de W.A. Mozart.

Superbement accompagné par Danny Driver, la voix souple et ronde de Christian Immler s'est déployée avec style et justesse, beaucoup de présence et une grande sensibilité.

Plaisirs du Quatuor avec le Quatuor Arod - Enregistrement de l'émission de Stéphane Goldet

Et nous voici dans le Studio 106 pour entendre deux œuvres qui sont l'objet de l'émission diffusée le dimanche 10 février sur France Musique. Les invités étaient les jeunes membres du Quatuor Arod, quatre très jeunes hommes particulièrement talentueux.
Quatuor Arod
Ces musiciens nous ont d'abord offert une superbe version du Quatuor en sol Majeur, K.387 de Mozart, dédié à Joseph Haydn que Mozart compose en un jour (!) le 31 décembre 1782.

Mais c'est surtout La Jeune Fille et la Mort, le quatuor de Franz Schubert que j'attendais. Stéphane Goldet nous met en condition par ses explications passionnantes et passionnées. Et là, la passion va transcender la formidable interprétation que les musiciens vont nous donner de cette musique. Le nombreux public du Studio 106 retenait son souffle et décrire l'émotion qui fut la nôtre ce soir du 1er février est indicible. Je vous engage plutôt à écouter l'émission sur le site de France Musique en suivant ce lien. Vous verrez, c'est extraordinaire !

Il Trovatore de Giuseppe Verdi - 11 février 2016 à l'Opéra Bastille

Ah ! Je l'attendais cette soirée de mon abonnement ONP pour lequel j'avais pris soin de choisir une date où LA Netrebko se produisait. De plus, cette représentation étant retransmise en direct au cinéma, je me croyais tranquille... Et patatras ! Voilà que la belle Anna, malade, ne chante pas ! J'en voulais à la terre entière tant ma frustration était grande.

Je passai néanmoins les contrôles sécurité de l'entrée et me retrouvai dans la salle où pas un siège n'était libre.

Je passe sur la mise en scène dépouillée de Alex Ollé aux décors (Alfons Flores) et costumes (Lluc Castells) aussi ternes que le ciel parisien en cette soirée. Seul avantage, pas de gesticulation bruyante si ce n'est le pas des soldats de 14-18 casqués et bottés de lourd.

Je glisse également sur la direction d'orchestre appliquée et sonore mais sans réel souffle de Daniele Callegari.

Excellente prestation du Choeur de l'Opéra de Paris dont on a pris, maintenant, l'habitude au risque de la trouver normale.

Je tiens à souligner la très belle performance des chanteurs dans leur ensemble, qui ont honoré cette représentation de tout leur talent. C'est important avant que vous lisiez la suite.

Hui He

A commencer par la soprano chinoise Hui He qui, bien que distribuée pour les représentations après le 15 février, a eu à convaincre de la qualité de sa voix, les spectateurs (dont moi) venus entendre Anna Netrebko. Le timbre est chaud, la voix puissante dans le médium, les piani aériens. Là s'arrêtent les qualités. La prononciation est nulle et la voix trop courte escamote les aigus. Je rageais à nouveau quand j'imaginais la Diva à sa place et le moment de grâce absolue que j'aurais vécu...



Roberto Tagliavini


Mention toute particulière à la basse italienne Roberto Tagliavini. Belle couleur, legato, agilité et style. Il
est jeune, la voix devrait prendre de l'ampleur encore. Cela augure de belles prestations à venir puisqu'on le retrouve dans plusieurs distributions de la saison prochaine.





Marcello Alvarez



Marcello Alvarez a été fidèle à lui-même. Puissant, sonore, impliqué. Le timbre du ténor argentin est beau, le legato très stable. Il manque malheureusement un peu de souffle quand le tempo s'accélère et de technique pour atteindre des aigus plus sûrs. Une belle prestation d'ensemble cependant.




Et j'en viens aux deux super talents de la soirée : Ekaterina Somenchuk, mezzo russe et notre baryton national, Ludovic Tézier.
Ekaterina Somenchuk
Ils ont été les pourvoyeurs de l'émotion que j'étais venue chercher. Et je ne peux que regretter, encore une fois... mais non, là j'arrête ! Tous deux, dans chacune de leurs interventions, qu'elle soit lente avec un legato fabuleux ou rapide avec toute l'agilité voulue, ont été magnifiques. Le timbre rond et cuivré de Ludovic Tézier, l'ampleur et la sûreté des aigus. La voix riche et ample de Ekaterina Somenchuk, sa force et son tempérament, ses aigus magnifiques et ses graves profonds jamais poitrinés, le style et l'engagement...

Ludovic Tézier
De très grands moments lyriques grâce à eux deux et grâce à la musique de Verdi dont cet opéra foisonnant d'airs, d'ensembles, de chœurs..., m’enthousiasme toujours beaucoup.

J'attends maintenant Anna Netrebko dans Iolanta à Garnier, très bientôt... A suivre...