lundi 27 mai 2013

Des couleurs et du papier



Petite exposition très intéressante sur ces papiers créés dans les ateliers des cartiers, dominotiers et graveurs d'images entre 1700 et 1850.

Les papiers dominotés imprimés à la planche de bois ont longtemps servi
de couverture d'attente aux livres brochés. Leur fragilité explique le peu d'échantillons parvenus jusqu'à notre époque. En revanche, les papiers dorés gaufrés ou dorés vernis allemands on servi à habiller les pages de garde des beaux livres.


Ce sont ceux-là que l'on peut voir, avec quelques ouvrages dominotés français ou italiens.




Et puis, cette exposition est l'occasion d'entrer dans la très belle bibliothèque Mazarine. Jusqu'au 7 juin, du lundi au vendredi de 10 h à 18 h.



samedi 25 mai 2013

Caroline Nin à Paris pour "Hymne à Piaf"


Après plusieurs tournées australiennes et une nomination aux "Helpmann Awards" (équivalent de nos Molières), Caroline Nin propose son show "Hymne à Piaf" tous les mercredis à 20 h au Théâtre de l'Essaïon (75004) et ce jusqu'au 26 juin.

De La vie en rose à Mon Dieu, en passant par L'Accordéoniste, La Foule ou Mon Légionnaire, Caroline
nous offre le meilleur de son talent, sabelle voix puissante et charnue mais qui sait également être caressante et sensuelle et qui, à coup sûr, nous touche au plus profond.



Caroline chante avec son coeur et sa voix, sa propre personnalité, sans chercher à imiter la Mome Piaf, mais en nous proposant des adaptations plus jazzy, des rythmes plus lents...







Entre chaque chanson, elle nous raconte Piaf, ses amours, ses succès, ses douleurs... en anglais puisque le show fut créé pour des anglophones, d'ailleurs très présents dans le public parisien.







Elle est accompagnée - très bien - par Antoine Lefort au piano et Shankar Kirpalani à la contrebasse 5 cordes.






Au final, le public est convié à scander "Padam, padam, padam" et chacun quitte la salle voûtée sourire aux lèvres et un peu de joie au coeur.



vendredi 24 mai 2013

Encore des disparitions... avec un brin d'humeur !

Ce printemps 2013 ne se contente pas d'être détestable, il faut, de surcroît, qu'il décime le monde artistique musical !

Je rends hommage donc :

  • au "Métèque" Georges Moustaki qui fut un des grands auteurs-compositeurs de la chanson française. De Piaf à Gréco en passant par Montand et Reggiani mais sans oublier Barbara, beaucoup l'ont chanté. Je ne m'étends pas sur cette triste nouvelle, vos médias habituels en ont largement rendu compte. Adieu Milord !




  • au grand compositeur que fut Henri Dutilleux - et là, on ne peut pas dire que les journaux télévisés de nos grandes chaînes nationales ou autres se soient vraiment sentis concernés par cette information...- Heureusement, l'honneur est sauf avec France Musique qui a carrément dédié la journée d'hier à la diffusion de l'intégrale de la musique de Dutilleux, entrecoupée d'interview du Maître à différentes occasions de sa carrière.
    Henri Dutilleux avait 97 ans et a marqué la seconde moitié du XXème siècle. Contrairement à Messiaen et Boulez, il ne fonda aucune école et ne se réclamera d'aucune chapelle. Travaillant
    lentement, il laisse un catalogue peu fourni en regard de sa longévité. Mais ses oeuvres sont ciselées et on y trouve une étrange poésie, créée par des couleurs et des sonorités étranges et de nature onirique. Il n'écrivit que tardivement pour la voix et j'assistai à la création de Le temps l'horloge par Renée Fleming au TCE. Un grand moment !
    Le Maître supporta les jeunes compositeurs et suivit toute sa vie l'avant-garde musicale. Boulez ne dirigea jamais une oeuvre de Dutilleux mais ce dernier assista à beaucoup de concerts de Boulez !
    Les plus grands solistes créèrent ses oeuvres : Rostropovitch : concerto pour violoncelle Tout un monde lointain en 1970, Charles Munch dirige la création de sa seconde symphonie Le double en 1959, George Szell avec l'Orchestre de Cleveland créent Les Métaboles en 1965.

lundi 20 mai 2013

Albert Lance - Marie-Nicole Lemieux

Impossible pour moi de rendre compte d'une soirée lyrique sans vous parler, d'abord, de ma tristesse à l'annonce du décès du ténor franco-australien, Albert Lance, qui fut à l'origine de beaucoup de mes émotions musicales au moment où je découvrais les oeuvres du répertoire en étant figurante à l'Opéra Comique.

De son vrai nom Lancelot, Albert Ingram, Albert Lance était né en 1925 à Adélaïde (Australie). Il débute sa carrière à Melbourne au début des années 50.

Albert Lance et Roger Soyer


Il s'installe à Paris où il est engagé en 1955 dans la troupe de la RTLN (Réunion des Théâtres Lyriques Nationaux). Il prend alors le pseudonyme d'Albert Lance et chante tous les grands rôles du répertoire : Hoffmann, Werther, Mario, Don José, Jean (Hérodiade), Rodolphe (La Bohème), Paillasse, Enée (Les Toyens), Faust (La Damnation de Faust), Hérode (Salomé)...


Parallèlement à sa carrière française, il se produit à Londres, Moscou, San Francisco, au Brésil et en Argentine. Il reçoit sa nationalité Française des mains du Général de Gaulle en 1967.

Après l'arrivée de Rolf Lieberman, il entre dans la troupe de l'Opéra du Rhin d'où il prendra sa retraite en 1977.

Retiré dans le midi, il enseigne au Conservatoire de Nice puis à celui d'Antibes.



Albert Lance s'est éteint le 15 mai dernier à l'âge de 86 ans. Merci à lui pour toutes les joies qu'il aura suscitées par son talent, ses aigus sans faille et toute la gentillesse dont il savait faire preuve avec ses collègues et avec son public qui, je m'en souviens, le lui rendait bien.




Récital de mélodies par Marie-Nicole Lemieux, Roger Vignoles au piano
Auditorium du Musée d'Orsay le 16 mai 2013



On connait la pétulante alto Québécoise, Marie-Nicole Lemieux, dans ses grands rôles à l'Opéra : Giulio Cesare de Händel, Mrs Quickly dans Falstaff de Verdi (récemment à Paris)... Les salles du monde entier se l'arrachent, ses enregistrements font un tabac dans les hit parade du classique... Bref, on s'attendait à beaucoup de bonheur pour ce récital de mélodies, façon salon de musique XIXème siècle.




Et la voilà, imposante stature, robe d'un vert mal défini ornée de dentelles, pas follement élégante, chevelure rousse, allure décidée et physionomie joviale. Elle accroche son bracelet dans ses dentelles et elle rit... Un spectateur se déplace juste dans sa concentration à la reprise, elle s’interrompt, attend et rit ! Il faut reprendre la concentration. Marie-Nicole Lemieux telle qu'on l'attendait en somme...




Et c'est parti, avec Fauré auquel succède Reynaldo Hahn. Beau phrasé, parfaite diction. Et puis ? Et puis, j'y viens. Mais un petit préambule est nécessaire. M.N. Lemieux est dotée d'une très grande voix ; on s'en rend d'autant mieux compte dans cet auditorium de trois ou quatre cents places où ce volume généreux, ample et velouté, nous atteint directement dès les premières notes et qui se déploie pour emplir l'air du lieu dès qu'une phrase permet à la chanteuse de lâcher les chevaux ! Moi, j'adore ! Mais j'ai de suite pensé aux puristes : trop de volume, trop d'effets, trop de lyrisme, trop de chant, trop... de tout !

Mais que l'on ne pense pas pour autant que le style n'y est pas. Il est là avec de magnifiques phrases en apnée, beaucoup de musicalité, une très belle articulation. Et ce timbre chaud, velouté, coloré, des aigus flamboyants, des graves profonds, de la clarté et de l'expression...

Les "Five little songs" sur des poèmes en anglais de Robert Louis Stevenson mis en musique par R. Hahn sont cinq pépites heureuses dans ce récital francophone.

Après l'entracte - et le placement tardif d'un spectateur - ce sont cinq belles mélodies de Charles Koechlin et, pour finir en beauté, cinq des plus belles mélodies de Henri Duparc. Du miel dans l'extase...

Dans les bis, La Villanelle des Nuits d'été de Berlioz, enlevée et rieuse. Et parce que (je cite) "on n'avait pas prévu autant de bis... Espérons que ce sera aussi bien que la 1ère fois (rire) ou bien très différent, qui sait ?" elle reprend "Après un rêve" de Fauré. C'était aussi bien, sinon mieux...



Un mot sur l'excellent accompagnateur qu'est Roger Vignoles, entendu l'an passé au Wigmore Hall de Londres où il accompagnait Bernarda Fink et et Martina Jankova. Son jeu est dans l'esprit, toujours attentif, soulignant le chant et donnant tout leur poids aux partitions très riches de Fauré et de Duparc. C'était une première collaboration comme nous le confiera Marie-Nicole (et oui, ça y est on est copines...). Il pourrait y en avoir d'autres (des collaborations, pas des copines).




Merci à l'impétueuse chanteuse venue des terres francophones lointaines avec tout son talent.


mardi 30 avril 2013

Bon Premier Mai !

Don Carlo de G. Verdi au T.C.E.

Ce fut, hier soir, une excellente soirée d'opéra au Théâtre des Champs Elysées.

L'orchestre et le choeur du Teatro Regio Torino, sous la direction de Gianandrea Noseda, ainsi que les solistes en grande partie italiens, nous on régalés de cette oeuvre magistrale de Giuseppe Verdi, Don Carlo, qu'ils venaient de représenter dans la ville italienne.
Don Carlo à Turin - L. Tézier et B. Frittoli

Il existe plusieurs versions de Don Carlo :
  • la première en cinq actes et en français sans ballet, de 1866
  • la version de Paris, création le 11 mars 1867 : Verdi ajoute le ballet "La Pérégrina" et remanie l'oeuvre pour maintenir la durée à trois heures. Il supprime surtout la première partie de l'acte I
  • la seconde, dite Version de Milan (1884), en quatre actes, révisée par le compositeur, sans l'acte I dit "de Fontainebleau" mais sauvant l'air du ténor replacé au début du II et sans ballet, créée à La Scala en 1884. Il manque également dans cette version, un très bel ensemble entre Philippe II et Carlo + quelques choristes au troisième acte, après la mort de Don Posa
  • Version de Modène (1886) : ici, on retrouve l'acte I dans sa forme abrégée de la création à Paris ; il s'agit d'une version hybride entre les versions de 1867 et de 1884.
  • de multiples autres versions ont été représentées, réintroduisant le premier acte et effectuant d'autres coupures par ailleurs... 
  • Les choses sont encore compliquées par des découvertes récentes qui ont été faites de partitions de la version originale. La question de la "bonne" version reste donc ouverte... !
Hier soir, c'est la version de 1884 qui nous a été représentée.

Les choristes du Teatro Regio Torino, grands habitués de ce répertoire, nous ont gratifiés d'un bel ensemble de belles voix, homogène et sonore. Ils ont fourni une belle prestation surtout dans la scène dite "de l'autodafé" au III.
Gianandrea Noseda
L'orchestre, quant à lui, emmené avec précision et vigueur, lyrisme et maturité par son chef Gianandrea Noseda, a très largement contribué aux grandes émotions qui nous ont parcourus lors de cette soirée.

Je salue les quatre rôles très épisodiques de la distribution : Dario Prola, Luca Casalin, Sonia Ciani et Erika Grimaldi. Cette dernière, soprano au joli timbre et à la légèreté tout aussi céleste que la "voix céleste" qu'elle incarne au III.

La très jeune et très belle basse de Roberto Tagliavini nous promet, d'ici quelques années, des rôles plus consistants que celui du Moine d'une très belle tenue.

Marco Spotti



La très puissante scène où s'affrontent et se défient, vocalement les deux grands rôles de basse de l'oeuvre a été d'une très grande intensité. Le Grand Inquisiteur, en la personne du jeune Marco Spotti, voix ample, timbre percutant, affrontait le velours du timbre de Ildar Abdrazakov en Philippe II, non dénué pour autant de vaillance ni d'autorité. Un très grand moment !



Ildar Abdrazakov


Un moment d'une grande émotion également, l'air de Philippe II qui entame le IIIème acte. IldarAbdrazakov l'interprète presque exclusivement en demi-teinte, bien timbrée, très soutenue avec des phrasés d'une incroyable longueur. Et lorsqu'il lâche la bride à sa puissance et au lyrisme voulu, c'est tout simplement héroïque ! La longue salve d'applaudissements qui a salué cet air, de même que son salut final, fut à la hauteur du talent de ce chanteur.



Ludovic Tézier

Autre grand moment de cette oeuvre, le duo entre Philippe II et Don Posa au second acte. Là encore, deux personnalités se mesurent, deux conceptions du mondes, deux intelligences, deux sensibilités enfin qui vont se trouver et, finalement, s'accorder. Face à la basse russe, Ludovic Tézier a été, malgré son handicap physique passager, d'une très grande présence. Gêné surtout dans le médium, il lâcha ses aigus (sauf un) sans défaillance et nous assura d'un beau duo avec Carlo au I et dans la scène 2 du IV où il meure "en beauté" si j'ose dire... 



Stefano Secco



Stefano Secco qui a sauvé la soirée, aura été, tout au long de l'oeuvre, un Carlo tout à fait honorable.
Certes son timbre n'est pas d'une grande richesse et les aigus manquent de rondeur ; mais ils sont là, le style également et l'engagement dans le rôle d'une grande sensibilité.





Daniela Barcellona




La Princesse Eboli, en la personne de la mezzo Daniela Barcellona, possède une voix vaillante agréablement timbrée. Son air "O don fatal" est d'une excellente ferveur vocale et d'une belle maîtrise.




Barbara Frittoli


Dans Don Carlo, Elisabeth de Valois doit attendre le dernier acte pour déployer pleinement sa vocalité sa personnalité. Son air la rétablit dans sa maturité et donne là, toute sa force sensible, ce qui manque un peu à ce personnage dans le reste de l'oeuvre. Barbara Frittoli, malgré, elle aussi, son indisposition passagère, ne sera que peu gênée dans le médium. Ses aigus sont vaillants, le style d'une belle tenue.



Au final, nous avons, grâce à Verdi et à cette oeuvre que j'adore et dans laquelle j'ai toujours pensé qu'il n'y avait pas une note de trop dans ces trois heures, une très belle soirée d'opéra, où les chanteurs ont pu nous émouvoir et nous procurer un immense plaisir, sans falbalas mais sans partition ni pupitre, simplement en interprétant ce qui est écrit et composé, sans intellectualisme de bazar...

Merci au T.C.E. pour ce moment magique !










samedi 13 avril 2013

Siegfried à Bastille - 11 avril 2013

"Petit garçon dans la cour des grands"
Siegfried et Fafner (Torsten Kerl et Peter Lobert)

J'ai recherché dans mes archives mes impressions sur la représentation de la première série du Ring concernant cette seconde journée. Je ne l'ai pas trouvée, ce qui tendrait à prouver que je n'en ai rien dit...

Quant à cette représentation de Siegfried, si elle ne me laissera pas un souvenir impérissable, elle aura au moins permis que je m'interroge sur le manque d'intérêt que continue de susciter, pour moi, cette seconde journée de la Tétralogie.

Car, en effet, il s'avère au fil des représentations déjà vues, que la musique de Richard Wagner n'entre, en définitive, que pour très peu dans mon imperméabilité - j'ai même ressenti jeudi soir, grâce à Jordan et à son orchestre, de belles émotions lyriques - mais que ce magnifique héros dont l'imagerie descend du fond des légendes nordiques et germaniques, ne parvient pas à me convaincre de son essence "humaine surnaturelle". Même pas au troisième acte lorsqu'il est atteint par les mystères de l'amour et de la peur.

J'ajouterais que mon désintérêt à son endroit n'est qu'un supplément à sa malchance. Car enfin, voici le petit-fils du dieu des dieux, conçu dans l'inceste par les jumeaux dudit Wotan et d'une terrienne, donc davantage divin qu'humain, et destiné à devenir le super héros chargé de toutes les qualités physiques (beauté, force, vitalité et héroïsme forcément) dans la tête duquel on a placé un petit pois ! Ses émois, ses réflexions, ses choix sont primaires. Sa solitude devrait émouvoir, elle énerve. Ses actions devraient être éclatantes, il n'hésite pas à éliminer, plutôt férocement, tout ce qui l'entoure, y compris son grand père - certes, il ne sait pas qu'il l'est, mais tout de même ! -. Sa bêtise me navre, et je lui préfère les turpitudes des Nibelungen et autres dragons.
Siegfried et Mime (Torsten Kerl et Wolfgang Ablinger-Sperrhacke)

Que penser donc, de ce modèle auquel s'est identifiée toute une génération en Allemagne ?

Je comprends mal, enfin, que Brunehilde, la vierge courageuse de la première journée, quitte sa condition de divinité pour convoler avec cet énergumène naïf, certes séduisant et brave, mais dont la simplicité ne peut que la conduire à sa perte. Il en est malheureusement des personnages d'opéra comme des êtres qui nous entourent, on ne comprend pas toujours leurs motivations... 

Il est bien évident que la mise en scène ridiculement réductrice de Günter Krämer, en grossissant les effets, en maintenant Torsten Kerl dans cet infantilisme jusqu'au bout, en déguisant Mime en vieil homo des années soixante-dix, n'aide pas vraiment à élever le débat.

Qu'à cela ne tienne, je ne manquerai en aucune façon la troisième et ultime journée qui verra l'effondrement de la puissance divine !

Pour en revenir à cette représentation de jeudi, elle doit comme je l'ai dit plus haut, toute sa force de persuasion à son directeur musical, Philippe Jordan, et au merveilleux orchestre de l'Opéra de Paris qui ont produit des sonorités merveilleuses de cette partition, une clarté, un moelleux, une sensualité qui nous ont enchantés, particulièrement au cours du prélude et pendant le duo du dernier acte.

Côté chanteurs, Egils Silins (le Voyageur-Wotan), souffrant, a tenu à assurer sa participation, ce qui est courageux mais, avec des moyens très amoindris, ce qui s'est surtout ressenti dans les actes II et III. 
Egils Silins et Peter Sidhom (Le Voyageur et Alberich)

Pas de miracle non plus du côté de Torsten Kerl (Siegfried) qui chante avec style mais dont le beau timbre de ténor est par trop faible, presque absent dans le médium, et qui ne retrouve un peu de vaillance vocale que dans le suraigu. 

Les deux "Peter" - Sidhom (Alberich) et Lobert (Fafner) sont excellents vocalement et scéniquement.

Contrairement à son partenaire, Alwyn Mellor (Brunehilde) passe facilement l'orchestre et emplit Bastille de sa puissante voix. Son chant n'est pas pour autant dénué d'imperfections dans les aigus, souvent à l'arrachée, criés ni dans la justesse quelquefois approximative.

Qiu Lin Zhang est toujours, en dépit du vibrato, la magnifique Erda que son contralto déploie avec aisance.
Siegfried - Mime (Wolfgang Ablinger-Sperrhacke
Le triomphateur de ce plateau reste, sans conteste, le ténor Wolfgang Ablinger-Sperrhacke dans le rôle de Mime. La voix est exactement celle qui convient à cette tessiture singulière. Quant à sa prouesse scénique, elle est époustouflante de drôlerie, de justesse dans les déplacements, les mimiques et les gestes. Si, comme je l'ai dit, on peut souhaiter un Mime plus tortueux, plus noir, ce qu'il réalise ici en suivant, j'imagine, la direction d'acteur indiquée par Krämer, est assez prodigieux.

Globalement, j'ai ressenti une fatigue certaine de tous les chanteurs. La série est resserrée, les rôles lourds pour certains et la saison déjà bien avancée.


Rendez-vous en juin pour la suite du feuilleton...
















mercredi 10 avril 2013

Zao Wou-ki : le Maître des Espaces Vertigineux

Zao Wou-Ki à Paris en 2003
Ce Maître franco-chinois de l'abstraction lyrique, venu de sa Chine lointaine en 1948, a cessé de vivre hier, à 93 ans, en Suisse.

Zao Wou-Ki Portrait de femme - 1949
Né à Pékin le 1er février 1920, T'chao Wou-Ki est issu d'une famille d'intellectuels. La calligraphie habite son enfance et à quinze ans, il entre à l'Ecole des Beaux-Arts de Hangshou où, avec les techniques de la peinture à l'encre, il étudie l'art occidental. Mais l'académisme l'ennuie, il lui préfère l'impressionnisme, le fauvisme qui éclatent en Europe. Ce qu'il veut c'est  "juxtaposer des formes, les assembler pour qu'on y retrouve le souffle de l'air sur le calme de l'eau".

"La nécessité de quitter la Chine pour venir m'installer en France a été le premier geste chirurgical pratiqué sur ma propre culture pour commencer à régler définitivement le problème. C'était ça ou mourir"  Débarqué à Marseille après un mois de bateau, il prend le train pour Paris. Au chauffeur de taxi qui le charge à son arrivée, il n'indiquera que le seul mot français qu'il connaissait : "Montparnasse"

Dès son arrivée, il opte pour son pseudonyme "Zao Wou-Ki" et file au Louvre. Très vite, il s'entoure de nouveaux amis : Giacometti, Soulages, Henri Michaux... Il rend hommage à Matisse dans un de ses premiers tableaux. Pas encore familiarisé avec la langue française, il s'inscrit dans le mouvement qui porte les peintres de cette époque vers l'expérimentation de l'abstrait. En 1951, sa rencontre avec Paul Klee est déterminante. Le Maître l'invite "à déconstruire son style".
Zao Wou-Ki - Dyptique

Passionné d'art et de littérature, Zao Wou-Ki s'immerge très vite dans le milieu parisien mais n'en oublie pas pour autant ses racines chinoises, inscrivant des idéogrammes sur ses compositions où la couleur se déploie en espaces vertigineux.

C'est l'époque où sa peinture devient, comme il le dit lui-même "illisible", tendant vers "une écriture imaginaire, indéchiffrable".

Son ami Henri Michaux écrira, pour la préface d'une exposition à New York en 1952, que l'art de Zao Wou-Ki c'est : "Montrer en dissimulant, briser et faire trembler la ligne directe, tracer, en musant, les détours de la promenade et les pattes de mouche de l'esprit rêveur"
Zao Wou-Ki - Sans titre


A près de 90 ans, il réalise son oeuvre ultime en expérimentant un nouveaux talent artistique : des vitraux. Ceux du Prieuré de Saint-Cosme en Touraine que son ami, le poète français François Cheng, le convainc d'orner à l'encre de Chine.

Zao Wou-Ki Académicien


Mondialement célèbre, des rétrospectives lui sont consacrées tout au long de sa carrière et de nombreuses distinctions lui sont remises. En France, il reçoit la médaille de Grand Officier de la Légion d'Honneur des mains de Jacques Chirac et est élu à l'Académie des Arts et Lettres.




Il sera invité à revenir en Chine en 1983 pour y exposer à Pékin et Hangzhou. Il y retourne en 1985 pour enseigner et faire découvrir à ses élèves l'art occidental, auparavant prohibé.

Espérons que sur les cendres colorées du grand artiste Franco-Chinois, les héritiers cesseront leur polémique, survenue en 2012 quand son épouse, Françoise Marquet, décida de quitter le quartier de sa vie, Montparnasse, pour s'installer en Suisse. La bataille oppose en effet l'épouse à son beau-fils né d'un premier mariage et qui l'accuse d'avoir provoqué ce déménagement pour faire main basse sur l'oeuvre de l'artiste. Cette dernière, de son côté, invoque les meilleures conditions de soins que nécessite l'état de santé du peintre atteint d'Alzheimer.

Le Maître des Espaces Vertigineux méritait mieux, au soir de sa vie, que cette querelle familiale dictée par l'intérêt.
Zao Wou-Ki dans son atelier de "Montparnasse"


A Paris, on peut voir des oeuvres de Zao Wou-Ki principalement au Centre Pompidou et au Musée d'Art Moderne de la Ville de Paris.


mardi 26 mars 2013

Le son des cloches de N.D. de Paris

Avec tous mes souhaits de très Joyeuses Pâques, je vous convie à écouter le son des nouvelles cloches et bourdon de Notre-Dame de Paris, vidéo réalisée, pour vous, lors de la première sonnerie du 22 mars dernier.


Attention ! : n'oubliez pas le son...

vendredi 22 mars 2013

Chagall entre guerre et paix

Outre le titre emprunté à Tolstoï, la vie de Chagall - né Moïshe Zakharovitch Chagalov en 1887 en Biélorussie - se déroule dans les soubresauts des pogroms et des guerres qui secouèrent l'Europe au long de la première moitié du XXème siècle.

L'exposition s'articule en quatre étapes de la vie et de l'oeuvre du peintre : la Russie en guerre, l'entre-deux guerres en France, l'exil aux Etats-Unis et le retour en France après guerre.

Dans une première partie, des dessins à l'encre, réalisés au cours de la première guerre en Russie, sont d'une grande qualité et de nombreuses oeuvres sur papier créées à Paris, de même que les gravures et Eaux-Fortes qui illustreront la Bible et les gouaches préparatoires réalisées après son voyages en Palestine, nous plongent dans le monde mystique et sacré.

Durant son exil américain, conscient de la souffrance humaine, sa peinture s'assombrit de scènes de guerre, d'exode et de villages en flammes. Le thème de la crucifixion devient récurrent et il y mêle les objets rituels du culte juif, associant les vocabulaires du judaïsme et du christianisme.



Son épouse, Bella, décède pendant l'exil. Tout devient ténèbres alors et la peinture ne cesse d'être un vibrant hommage à son épouse défunte.










A son retour en France, en 1949, il parviendra peu à peu à retrouver la sérénité. Les thèmes s'ensoleillent dans des séries : Paris et ses monuments, bouquets...


Une belle exposition, complète, où l'oeil se ravit des couleurs crues et des rêveries du peintre après avoir côtoyé ses tristesses et ses blessures.

Musée du Luxembourg jusqu'au 21 juillet.



Attention ! La file d'attente s'allonge déjà ! Il est à craindre que le phénomène s'accentue au fil des mois. Un conseil : visez le matin (10 h), l'heure du déjeuner ou les nocturnes des lundis et vendredis car l'expo est dense et les salles petites !!!