mardi 27 mars 2012

Des doubles, une Veuve, un atelier, des miniatures et La Loingtaine...

I - Miniatures Flamandes 1404-1482


La BNF (site F. Mitterrand) propose, jusqu'au 10 juin, une très importante et très belle exposition sur les maniatures flamandes du XVème siècle.
Les manuscrits sont produits sous Jean-sans-Peur, Philippe le Bon et Charles le Téméraire, les ducs de Bourgogne qui ont alors la main sur les anciens Pays-Bas méridionaux. Les foyers artistiques se situent en Flandre, Artois, Hainaut et Brabant. Les manuscrits enluminés voient le jour à Bruges, Gand, Anvers ou Bruxelles mais aussi à Hesdin, Lille et Valenciennes. L'héritage est donc commun à la France et à la Belgique, et les fonds sont partagés entre la Bibliothèque royale de Belgique et la Bibliothèque nationale de France.

De la "Vie de Catherine d'Alexandrie" aux livres de chasse en passant par les
épopées chevaleresques et les romans courtois, le meilleur de la production des meilleurs enlumineurs du moment est proposé à nos yeux émerveillés. En effet, la Cour des Ducs de Bourgogne passera des commandes tout au long du XVème siècle et les plus grands enlumineurs de l'époque produiront des manuscrits fabuleux de créativité et de richesse, des ateliers d'où sortiront des oeuvres collectives ou des techniques particulières comme la "grisaille".


La plupart des pages présentées datent pour l'essentiel des années 1404 à 1477 (année de la mort de Charles le Téméraire), les plus belles et les plus intéressantes. Après 1480, cet art dégénère rapidement, les lavis bleus ou verts meublent l'espace et le dessin devient moins précis et bien moins détaillé. Personnellement, les miniatures tardives me captivent moins. Le relais est pris par les peintres primitifs flamands entre autres, qui s'inspireront des enlumineurs.

II - La Veuve Joyeuse - Opéra Garnier le 22 mars

Après tout ce sérieux, je filai m'encanailler à l'Opéra Garnier en assistant à "La Veuve Joyeuse" de Franz Lehar. Enfin, m'encanailler, c'est beaucoup dire car la production de Jorge Lavelli (reprise) n'offre pas trop l'occasion de s'esclaffer.

La légèreté a pris du plomb dans ce grand décor abstrait et grandiloquent et ces éclairages à contre-jour qui assombrissent le devant de la scène, là où chantent les interprètes qui se trouve à l'ombre d'une lumière blafarde bien tristounette. On est loin de la fantaisie débridée d'un Pelly (oui. Encore !)

La direction d'Asher Fisch est plan-plan et la belle voix de Susan Graham a du mal, elle aussi, à alléger son chant. Alors, bien sûr, c'est très beau mais il faut bien reconnaître qu'il ne se passe pas grand chose.


En revanche, Bo Skovhus campe un Danilo virevoltant, soutenu par un beau timbre à la diction parfaite. Un vrai séducteur d'opérette !

Ana Maria Labin, Daniel Behle, Franois Piolino, Franz Mazura, Claudia Galli composent une distribution honnête et homogène. Harald Serafin n'arrive plus à chanter mais à plus de 80 ans on lui reconnaît l'interprétation scénique d'un Baron Mirko désopilant.


Seul le magnifique can-can final réussira à réveiller la salle et à nous ramener dans l'atmosphère de l'opérette ! ça c'est Paris !!

III - A Paris toujours, en plein centre, le Centre Pompidou nous entraîne, jusqu'au 18 juin, dans l'univers de Henri Matisse au travers de ses "paires et séries".


Quelques-uns des tableaux les plus connus, faits et refaits par l'artiste en deux, trois ou quatre exemplaires (voire +). Le doute, la remise en cause, l'exploration de la peinture elle-même, nous sont proposés dans toutes leurs variantes : le cadre, le dessin, la touche ou les couleurs. Une même idée plusieurs fois exprimée. L'occasion pour ceux qui ne connaissent pas de s'imprégner du cheminement du peintre. Pour les autres,le plaisir de voir ou revoir le même tableau confronté à ses doubles


IV - A ceux qui, comme moi, n'y étaient jamais entré, l'Atelier Brancusi présenté sur la Piazza du Centre (côté Rambuteau), libre d'accès, vous permettra de voir le leg fait à l'Etat Français par Constantin Brancusi, de l'intégralité de son atelier avec tout le contenu, sous réserve de le reconstituer tel qu'il se présentera le jour de son décès.

Une intéressante visite en quatre parties où sont disposées les oeuvres, les matériaux et les outils, dans l'atmosphère du créateur. Indépendamment ou en complément d'une visite au Centre Pompidou, un moment hors du temps dont l'accès, je le répète, est libre... !

V - Enfin, par ce superbe soleil printanier, c'est sur les bords du Loing et en lisière de la Forêt de Fontainebleau que je me suis rendue pour un concert à "La Loingtaine".

Le programme initial a été fortement bousculé par la défection du pianiste Alexander Taylor, malade.
Les deux jeunes solistes - Sander Geerts, alto et Yasuko Takahashi, piano - débarqués du Thalis après un concert le matin même à Bruxelles, juste quelques minutes avant le concert, nous ont joué une pièce de de Falla pour alto et piano et une oeuvre d'un compositeur belge dont je vous communiquerai le nom dès que les organisateurs nous l'auront indiqué. Ces deux oeuvres remplaçaient celles prévues initialement par le trio maison (Aki Saulière, violon, Raphael Bell, violoncelle et Alexandre Taylor, piano) à savoir le Scherzo de la sonate F-A-E pour violon et piano et la Sonate de Franck en la majeur pour violon et piano également.

Si l'on peut regretter le contretemps, je tiens à saluer le professionnalisme et les risques pris par les deux musiciens qui nous ont interprété deux oeuvres difficiles dans des conditions particulièrement périlleuses : arrivés sur les lieux dix minutes avant le début du concert pour jouer, dans une ambiance certe conviviale, mais dans une salle qu'ils ne connaissaient peut-être pas, même si elle est de petite taille.

En seconde partie, nous avons eu droit à une triple performance. La jeune pianiste Yasuko Takahashi, après seulement une petite demie-heure de répétition, jouait la réduction d'orchestre pour piano du Concerto pour violon et violoncelle de Brahms dont, vraisemblablement, elle découvrait la partition. C'est avec applomb et beaucoup de brio qu'lle a accompagné les deux solistes. La performance de ces derniers tient dans la première audition publique qu'ils donnaient de ce Concerto, avec une accompagnatrice de secours et après tous le stress qu'ont dû engendrer les avatars de la recherche d'artistes libres et compétents dans les dernières heures d'avant-concert et de leur acheminement
C'est néanmoins avec beaucoup de talent et de style, de musicalité et d'engagement que Aki Saulière et Raphaël Bell nous ont offert cette interprétation de ce Concerto..


Nous avons quitté ce lieu enchanteur dans la douceur de cette soirée ensoleillée.

dimanche 18 mars 2012

Pêle-mêle artistique

Des émotions artistiques diverses ont émaillé ces derniers jours ; en voici le récit.

Je commence par la plus récente, un merveilleux moment de musique pure, vécu lors de l'enregistrement, à Radio-France, de l'émission de Stéphane Goldet "Lettres Intimes".
La partie concert à laquelle nous assistions, mettait en miroir les quintettes pour clarinette et quatuor à cordes de W.A. Mozart et de J. Brahms, deux oeuvres majeures du répertoire.

Dans l'ambiance à la fois feutrée et fervente du Studio 106, les musiciennes du Quatuor Ardeo, plus talentueuses et plus jolies les unes que les autres (voir site avec le lien) et le jeune clarinettiste suisse Reto Bieri, nous ont offert une interprétation exceptionnelle de ces deux monuments que sont le Quintette K581 en la Majeur de Mozart et celui de Brahms op115.

Ces oeuvres sont, pour les deux compositeurs et à un siècle de distance (1789 - 1891), le résultat de leur rencontre avec un clarinettiste et de leur coup de foudre pour les sonorités de cet instrument. Chez Mozart, le catalogue est presque achevé et Brahms pensait sa veine créatrice tarie. Les similitudes ne s'arrêtent pas là car Brahms, fervent admirateur du Quintette de Mozart, cherchera à reproduire une atmosphère équivalente avec une composition de son époque.

Voilà pour l'essentiel sur les oeuvres ; vous en apprendrez beaucoup plus en écoutant l'émission des "Lettres Intimes" du dimanche 1er avril (18 h - 21 h) sur France Musique.

Pour en revenir aux interprètes, leur installation en arc de cercle avec, en son centre, le clarinettiste, a favorisé une osmose entre les instruments et entre les musiciens quasi divine. Alliée à leur talent, cette disposition leur a permis d'exposer toutes les palettes de nuances tour à tour joyeuses, facétieuses, tendres et charmeuses, douces et graves, optimistes et enlevées dans le Mozart. J'ai, pour ma part, été tellement touchée par les modulations de Reto Bieri dans la sublime cantilène du Larghetto que des larmes ont perlé à mes paupières.

Tout aussi riche fut l'interprétation du Brahms : dans l'Allegro, une succession d'exposés divers tourne autour du motif d'entrée. L'Adagio est un "Chant d'amour" que le son moelleux de la clarinette de Reto Bieri a développé en prenant des risques inouïs sur des modulations filées d'un extrême pianissimo ; j'étais en apnée ! Les deux mouvements suivants nous ont offert des variations furtives, menant mon esprit d'une idée à l'autre tour à tour pressée, fiévreuse ou nocturne pour finir. Un enchantement que je vous souhaite de ressentir lorsque vous écouterez l'émission en direct le 1er avril ou, en différé pendant un mois, sur le site de France Musique.

Difficile, après le sublime, de narrer l'à-peu-près ; encore que le moins bon soit nécessaire pour que nous reconnaissions le sublime...

L'Opéra Comique faisait "son Cinéma" le 10 mars dernier. Sur une idée (plutôt bonne) et une présentation (plutôt dynamique) de
Benoît Duteurtre, l'histoire de l'Opéra Comique défilait sur l'écran au gré des extraits de films (muets le plus souvent) illustrant le propos. Quelques airs sortis de derrière les fagots et chantés par Clémence Barrabé (soprano), Julien Dran (ténor) et Lionel Peintre (baryton) ponctuaient le tout avec plus ou moins de bonheur. La première partie fut plaisante. La seconde, une fois passée l'intervention savoureuse de Gabriel Bacquier (baryton)
qui fit les belles heures de cette scène, manqua furieusement d'intérêt et, surtout, "zappa" les années entre 1954 et 1968 comme si rien ne s'était plus déroulé dans la Salle Favart. Or, c'est à cette époque et dans ce lieu bénit que je découvris l'opéra et que presque chaque soir j'allais écouter, dans le désordre : Mady Mesplé, Michel Dens, Jean-Pierre Laffage, Monique Depondeau, Yves Bisson, Michèle Herbé, Christiane Castelli, Suzanne Sarroca, Andrée Esposito, Rita Gorr, Jacques Mars, Denise Monteil, Alain Vanzo, Albert Lance, Robert Massart, Eliane Manchet, Marie-Luce Bellary, Jane Rhodes, Christiane Eda-Pierre, Christiane Stutzmann, Michel Sénéchal... En même temps, Maurice André jouait trompette solo dans la fosse et cette scène voyait la création en France d'oeuvres comme : Zoroastre (Rameau), l'Ange de Feu (Prokofiev), la Fille du Far-West (Puccini), Lulu (Berg), etc... Bref, espérons que la prochaine édition de cette série reviendra sur cette période trop vite éludée ce 10 mars et qui remplissait la salle à 80 %, pourcentage supérieur à celui de la Comédie Française à la même époque. Le "zapping" m'est resté sur l'estomac !

Sinon, grâce à la générosité d'une amie, j'ai participé à l'inauguration de la nouvelle exposition du Musée d'Orsay : Degas et le nu. Très intéressant parcours sur "le corps comme inspiration" dans l'oeuvre du peintre, qui nous rappelle qu'il ne s'est pas intéressé qu'aux petites danseuses et qu'il a, au fil des années, enrichi sa palette (surtout ses craies à pastel) de tons surprenants, nuancés et chatoyants. Beaucoup de dessins d'études et préparations de belle qualité. Musée d'Orsay jusqu'au 1er juillet.

Enfin, le 15 mars, l'Atelier Lyrique de l'ONP nous proposait un hommage à Jules Massenet en un concert à Garnier. L'Atelier Lyrique accueille de jeunes chanteurs (25-30 ans environ) en fin de cursus. Ils sont mi-élèves/mi-professionnels et l'Atelier Lyrique leur apporte un perfectionnement, en particulier sur le chant français.

Les ouvrages choisis et la qualité des chanteurs ont présenté un intérêt variable. Pour ma part, j'ai retenu deux excellents barytons :

- le français Florian Semper qui a interprété l'air de Lescaut (Manon, acte III) avec vaillance, une voix bien timbrée et beaucoup de style.

- le polonais Michal Partyka doté d'un très beau timbre alié à un legato impeccable, des aigus vaillants et bien placés. Il a interprété, avec beaucoup de style, l'air d'Hérode (Hérodiade, acte II)


ainsi qu'une excellente mezzo-soprano française, Mariane Crebassa
qui s'est illustrée dans le rôle du Prince (Cendrillon, acte III) avec beaucoup de style, une belle ligne de chant et de beaux aigus bien timbrés.


Pour Cyrille Dubois, ténor français au volume un peu restreint, je relève les qualités suivantes : un beau style, une belle vaillance, un engagement scénique certain et un aigu sans faille dans l'air de Lentulus (Roma, acte III).

Une semaine écoulée en grande partie sous le soleil printanier et qui, bien que terminée sous la pluie, fut ensoleillée par les Quintettes avec clarinette de Mozart et de Brahms !

mercredi 7 mars 2012

Parsifal au Théâtre des Champs-Elysées


Daniele Gatti : direction




Christopher Ventris : Parsifal
Mihoko Fujimura : Kundry
Kurt Rydl : Gurnemanz
Lucio Gallo : Klingsor
Detlef Roth : Amfortas
Andreas Hörl : Titurel
Michael Laurenz, Robert Jezierski : chevaliers
Manuel Günther, Andreas Früch : écuyers
Julia Borchert, Katharina Peetz : écuyères et filles-fleurs de Klingsor
Martina Rüping, Carola Guber, Christiane Kohl,
Jutta Maria Böhnert : filles-fleurs de Klingsor
Orchestre National de France
Chœur de Radio France direction : Matthias Brauer
Maîtrise de Radio France direction : Sofi Jeannin

Puisque, pour ce Parsifal, pas besoin de parler de mise en scène (ouf !), je commence tout de suite par la direction d'orchestre.

Les options choisies par Daniele Gatti - une extrême lenteur de tempi par moments, des déchaînements tranchants à d'autres, la part belle laissée aux solistes de l'Orchestre National de France - n'appartiennent qu'à lui et donnent à l'ensemble une lecture dramatique et solennelle, très évocatrice, qui éclaire l'oeuvre d'une touche d'italianité qui peut dérouter mais livre des émotions diverses - pas toujours d'un niveau exaltant - mais forçant la réflexion.

A la limite de la rupture parfois, la lenteur alliée à des pianissimi d'une grande intimité, Daniele Gatti nous offre une exécution déroutante mais habitée.

Les Choeurs et la Maîtrise de Radio France, très bien préparés par leurs Chefs respectifs (Matthias Brauer et Sofi Jeannin), sont d'un excellent niveau. On peut regretter que les enfants aient été relégués en coulisse, sans doute pour une évocation plus céleste, mais ce qui diminue l'ampleur et le volume. Reste une interprétation sans mièvrerie.

A noter que la distribution est très proche de celle dirigée par Daniele Gatti à Bayreuth en 2011 et de celle que je verrai au Feldspielhaus en Août prochain.

J'ai trouvé les Filles-Fleurs très moyennes et manquant d'homogénéité. Sans doute la battue très lente de Gatti en est-elle la raison ?

Detlef Roth ne possède pas tout à fait le volume nécessaire au rôle d'Amfortas mais chante avec beaucoup de style. Le timbre assez banal rend difficile la force dramatique du rôle.

Lucio Gallo est un Klingsor tout à fait honnête avec un beau timbre et beaucoup de conviction. Belle ligne de chant.

Malgré son magnifique timbre sombre de contralto et le volume impressionnant de sa voix, Mihoko Fujimura ne convainc pas en Kundry. Elle s'époumonne sous la direction lente de Gatti, perdant le contrôle de sa technique vocale dans ce rôle particulièrement difficile et n'arrivant pas à donner un seul aigu potable.

Kurt Rydl a très agréablement surpris tout le monde en chantant le rôle très lourd de Gurnemanz malgré une carrière - certes brillante - mais déjà bien remplie depuis longtemps.
Une fois passées les vingt à trente premières mesures où la voix vibre, la ligne de chant se stabilise et on goûte alors ce timbre d'une très grande richesse, cette ampleur, cette élocution et ce style parfaits. Tout à fait à son aise au troisième acte, il en devient même carrément éclatant ! Châpeau Monsieur !!

Quant au Parsifal de Marc Ventris, je le trouve un "peu léger". Surtout au troisième acte où j'aurais aimé une voix plus affirmée, plus colorée, plus vaillante aussi pour coller davantage à ce personnage fort de libérateur et de rédempeur. Mais il n'y a rien à reprocher au ténor, ni stylistiquement ni vocalement.

Une belle ovation a salué les interprêtes, de la part d'un public un peu clairsemé mais à l'écoute particulièrement attentive.

dimanche 19 février 2012

Deci - delà mais... toujours de l'opéra !

Le mouvement du calendrier me semble toujours s'accélerer me laissant de moins en moins de temps pour vous faire part de mes émotions diverses et variées. Je vais donc vous en livrer, en un seul jet, quelques-unes ressenties ces dernières semaines à Londres, Fontainebleau (via N.Y.) et à Paris.

Tout commence donc de l'autre côté du Tunnel au tout début du mois. Premier concert chez nos ennemis intimes dans la très jolie salle "Wigmore Hall" pour un très agréable récital piano-chant.


La soprano Martina Jankova et la mezzo-soprano Bernarda Fink, accompagnées par Roger Vignoles, nous ont distillé de très belles mélodies de Dvorjàk, Brahms et Schumann. Les voix de ces deux chanteuses se mêlent avec beaucoup de délicatesse et .
musicalité, les deux timbres s'accordent avec un bel équilibre harmonique et beaucoup de sensibilité, bien souligné par l'accompagnement du piano joué avec le même engagement de justesse expressive.


Autre salle londonienne : The Royal Opera House
Quelques jours après une répétition générale d'un spectacle de ballets - pas de grandes chorégraphies mais l'occasion de voir danser le Corps de Ballet de Covent Garden qui vit éclore le talent de Margot Fonfeyn et dont les qualités techniques et de cohésion, sont bien préservées - nous prenions place le 3 février pour la représentation de Don Giovanni dans la mise en scène de Francesca Zambello.

Un très beau décor unique en demi-cercle, utilisé sous toutes ses faces, permettait la lisibilité de l'évolution de l'action, dans de très beaux éclairages. Comme toujours avec Zambello, des moments d'urgence intenses et une belle utilisation de l'espace. Elle dédaigne l'aspect philosophiquement sombre et dramatique pour une vision plus vive, plus mobile mais sans agitation désordonnée et une lecture distanciée et quelque peu dérisoire des agissements du plus célèbre des "tombeurs"



L'ensemble parfaitement servi grâce à une très bonne direction d'acteurs.

Vocalement, la première réflexion qui me vient est l'homogénéité. Indépendemment du rôle titre, magnifiquement interprèté par Gerald Finley - très beau timbre, style mozartien impeccable, volume et tessiture idéaux, le tout allié à un physique très avantageux dans sa belle tenue rouge... un vrai DON GIOVANNI ! - je loge dans un même concert d'éloges : Hibla Gerzmava en Donna Anna, Katarina Karnéus en Donna Elvira, Adam Plachetka en Masetto et surtout, Matthew Polenzani qui nous a enchantés dans le rôle de Don Ottavio. Légèrement en-deça de l'ensemble, la Zerline de Irini Kyriakidou, le Commandeur de Marco Spotti (insuffisant surtout au finale) et le Leporello de Lorenzo Regazzo. Bonne prestation de l'orchestre et des choeurs du Royal Opera House, emmenés par Constantinos Carydis.

Une très belle soirée à Covent Garden.

De retour à Paris, c'est dans le cinéma Ermitage de Fontainebleau que je prenais place pour la retransmission en direct de la dernière journée du Ring au MET.

En premier lieu je tiens à dire que je suis de plus en plus touchée par cette partition qui clôt cette oeuvre de Richard Wagner et qui n'est pas loin de rejoindre Walkyrie dans mon Panthéon.


Sinon, il ne fallait pas s'attendre à ce que Robert Lepage innove ici davantage que dans les trois ouvrages précédents, comme certains déçus semblaient l'avoir pensé. De la même manière que Krämer à Paris, Lepage lancé dans une idée maîtresse dont le fondement est descriptif et s'appuie sur un décor "moniteur d'images" parfois très réussies - le Rhin -, parfois moins - le finale -, ira jusqu'au bout de sa créativité. On a donc retrouvé les pâles-à-tout-faire avec plus ou moins de bonheur selon leur usage. Quelques bonnes idées : la scène des Nornes, le sang dans le Rhin, le Rhin et ses "filles", le cheval dans la première utilisation, les sillons du bois en coupe pour le Frêne dont le centre servit à Wotan pour tailler sa lance (c'est mon interprétation...)..

Alors, oui, le finale est sans conteste le moins bien réussi de cette production. Mais je n'en ai pas encore vu un vraiment réussi, celui de Chéreau à Bayreuth restant sans doute le meilleur de ces dernières decennies mais, à mon sens, pas en complète osmose avec l'impact musical et philosophique de l'oeuvre


Vocalement, je persiste et signe,Deborah Voigt était samedi, en très grande forme. Des aigus charnus et colorés, un beau legato et une belle présence scénique. Reste un médium acide et, certainement en salle, un peu court en volume.

Je persiste et signe également pour la très impressionnante prestation de Waltraud Meyer, même si tout n'est pas parfait dans sa voix maintenant ; la tension qu'elle fait peser sur scène était perceptible en salle (au moins au cinéma...) et l'on aurait entendu les ailes d'un papillon se déplier !

Le meilleur - et de loin - reste Hans-Peter König pour un Hagen d'une grande vaillance, dans un style impeccable et avec un timbre d'une immense richesse.
Le moins bon, pour moi, est le Siegfried de Jay Hunter Morris, très insuffisant vocalement et scéniquement.

Je persiste et signe également pour la très mauvaise prestation de l'orchestre : cuivres faux et couac permanents, absence de souffle surtout dans la Marche Funèbre, départs en cascade chez les cordes... On ne remerciera jamais assez Philippe Jordan et les musiciens de l'ONP pour la qualité musicale du Ring parisien.

Pour terminer, j'assistai ce mercredi au Don Pasquale de Gaetano Donizetti donné au Théâtre des Champs Elysées.
A noter la très mauvaise qualité du public de cette représentation : bruyant, inattentif et particulièrement mal-élevé - certains n'hésitant pas à s'installer à des places qui n'étaient pas les leurs avant que tout le monde ait été placé ! Je vous laisse immaginer les conditions des premières mesures de l'ouverture...

Pour ce qui est de la représentation, je suis restée sur ma faim.

Tout metteur en scène d'opéra sait que, sur un grand plateau, on ne fait pas chanter les interprètes sans décor, celui-ci réfléchissant les voix vers la salle. Or, Denis Podalydès signe une mise en place dans un espace où tout est ouvert, meublant avec une camionnette Citroen années 50 dont on ouvre ou ferme les auvents ; quelques lumières clignotantes et basta !

Une simple mise en place donc, dans trop d'espace où les voix vont se perdre. Si on ajoute à cela l'absence de réelle direction d'acteurs et la tristesse des costumes (pourtant signés Lacroix), il ne reste pas grand chose de cette pantalonnade : du "sous-sous-Pelly".

Dans la fosse, le National est méconnaissable : sans nuance, sans rythme. Le solo de trompette qui précède la sérénade est joué en coulisse, trop haut ! (sans doute n'entendait-il pas bien les autres musiciens). Cela n'a pas facilité la tâche de Francesco Demuro, ténor sarde pour la preière fois à Paris.

Et, puisqu'on en parle, parlons de la distribution... de série B
Le ténor donc : des moyens indéniables, un bel aigu, un timbre agréable sans plus et, surtout, une technique rudimentaire : manque de nuances, chante tout forte alors que ses rares piani sont jolis.
Perfectible donc, encore faut-il qu'on lui en laisse le temps...

Désirée Rancatore est tout sauf Norina. Trop de volume, technique désordonnée, des trous entre médium et aigu, timbre quelconque ; scéniquement, du métier, du charme mais complètement hors sujet.

Le Dr Malatesta de Gabriele Viviani est dans le ton de cette distribution. Un beau timbre de baryton, mais un aigu court et une diction molassonne.


Reste le Don Pasquale : Alessandro Corbelli fut un grand Malatesta. Il n'en a plus les moyens vocaux et nous livre un Don Pasquale très en retrait malgré une présence scénique drôle et savoureuse ainsi qu'une diction parfaite.

Une soirée très en deça de l'attendu et pas à la hauteur du T.C.E. Dommage !

A bientôt pour de prochaines aventures musicales.

dimanche 22 janvier 2012

"Lettres intimes" à Radio France

Il y a bien une différence entre :
- écouter une émission de radio
- assister à l'enregistrement d'une émission de radio.


J'assistai, hier, à l'enregistrement de l'émission de Stéphane Goldet dans les locaux de Radio France.

Je me suis retrouvée, en compagnie d'un petit groupe d'initiés, au second rang du studio 106 où régnait une grande convivialité. Le programme avait été bousculé par la défection d'un artiste malade et Stéphane Goldet nous annonça que nous allions entendre un pianiste (Sodi Braide) et une violoncelliste (Ingrid Schoenlaub), tous deux excellents, dans F. Liszt et Z. Kodaly en lieu et place de Brahms initialement programmé. Qu'à celà ne tienne, le principal était d'entendre et d'entendre parler de la musique ; ce fut le cas pour notre plus grand bonheur.

Je ne saurais donc trop vous engager à venir assister à ces enregistrements publics, si vous en avez la possibilité. Côté public, on a affaire avec des passionnés qui savent pourquoi ils sont là, donc pas de sonorités intempestives dans la salle... Côté concert, des artistes qui offrent le meilleur d'eux-mêmes et, enfin, côté émission publique, des producteurs qui vous parlent un langage clair et intelligent sur la phase cachée des oeuvres. Pour zéro euro, qui dit mieux ? !

En conclusion, écoutez "Lettres Intimes" par Stéphane Goldet.

mardi 3 janvier 2012

Les Voeux de Marie Martine



Que cette année 2012 vous soit douce et vous garde en bonne santé. Qu'elle vous apporte toutes les joies et les bonheurs auxquels vous aspirez et comble vos entreprises des plus belles réussites !
Bien amicalement,
MM

mercredi 29 juin 2011

Concert à Bourron-Marlotte







Notre Association "Au Coeur des Voix" vous convie à son concert de fin d'année à Bourron-Marlotte (Seine et Marne).



Venez partager avec nous cette "Belle Nuit d'Amour" ponctuée d'Opéra, d'Opérette et de chansons,



samedi 2 juillet 2011 à 20 h 30 Salle Jean-Renoir
(à droite de la Mairie)


Attention ! Il est prudent de réserver car le nombre de places est limité : aucoeurdesvoix@gmail.com ou 06 31 78 86 53 (Maud) - Entrée 7 € (gratuit jusqu'à 12 ans).

Nous espérons avoir le grand plaisir de vous compter parmi notre public. Venez nombreux !

lundi 18 avril 2011

DESSINS au LOUVRE

Un petit moment délicieux en compagnie du "Premier peintre du roi"

Deux belles courtes (cinq salles à elles deux) expositions de dessins au Louvre :
- Pietro da Cortona et Ciro Ferry
- Louis de Boullogne
à voir jusqu'au 6 juin 2011.


Il vous faudra commencer par les dessins du peintre italien Pietro da Cortona. Deux salles de dessins préparatoires à des fresques ou des tableaux destinés aux palais et églises romaines.












Mais le plus délicieux, ce sont les très fins et très achevés dessins de Louis de
Boullogne, peintre de Louis XIV. D'une grande délicatesse, ce formidable dessinateur crée une oeuvre d'art à chaque dessin préparatoire. Nus sensuels sur papier bleu, à la pierre noire réhaussée de blanc, chaque détail est dessiné et nous transmet toute la sensibilité de l'artiste.





Pour une visite complète, vous pouvez attendre l'ouverture imminente de l'exposition "Rembrandt et la figure du Christ" qui commence le 21 avril prochain. Une bonne exploration dans les fonds du Louvre.

dimanche 23 mai 2010

Exposition LADURNER



A signaler - TRES LARGEMENT l'exposition de bijoux de
Linda Ladurner dans la
Galerie Didier Guedj
32 rue de Seine
F - 75006 PARIS
+33(0)6 84 62 55 28

du 26 mai au 22 juin 2010

Vous pourrez y admirer les bracelets-manchettes en argent et or et, avec ces merveilleuses pièces, voyager de ville en ville, de Rome à New York, d'Istambul à Paris, de Venise à New York... au pays des lunes en croissant ou lumineuses, dans le scintillement des pierres précieuses. Un vrai bonheur, je vous l'assure !

vendredi 5 mars 2010

Derniers jours des "Arts de l'Islam"

Vite ! encore 9 jours mais ne la ratez pas !

Je ne l'ai parcourue que très récemment dans les salles de l'Institut du Monde Arabe et il ne vous reste plus que 9 jours pour m'imiter (jusqu'au 14 mars). Alors, si vous ne devez en voir qu'une dans ces 9 jours, que ce soit celle-là !

Prévoyez du temps car les trésors qu'elle recèle sont nombreux et nécessitent du temps pour les contempler. Depuis la calligraphie des Corans jusqu'à la céramique, en passant par la pierre ciselée, le stuc ou l'ivoire sculpté, le bois incrusté, le verre peint ou les masaïques, la collection de Nasser Khalili offre un ensemble complet et merveilleux décrivant les voluptés du paradis selon Mahomet.


A cela, s'ajoute la partie profane de la collection avec ses miniatures persanes toutes plus magnifiques les unes que les autres, les carafes, les bijoux et autres objets, l'ensemble s'étendant du IXème au XIXème siècles avec un même bonheur !

Chhuuuutt...

Edvard Munch ou l'"Anti-CRI" Vous, vous le connaissiez peut-être ? Moi, je l'avoue, pas du tout ! "Le Cri", je l'avais croisé au détour de quelques pages relatives soit à l'époque et son style, soit au thème. Le nom de son créateur n'avait pas même pénétré le plus profond des tiroirs de ma mémoire...
Après avoir rapidement parcouru le web pour
en savoir +, je me suis rendue Place de La Madeleine pour en voir +.
J'avais compris grâce à son titre que dans cette expo, justement, je ne verrais pas cette toile. C'est donc vierge de tout a priori que j'ai suivi le parcours de Munch au Gré des influences (Fauvisme, Impressionnisme...) reçues, subies et retranscrites par l'artiste dans ses oeuvres, de paysages en portraits, de ses suites de gravures exceptionnelles
"Madone" (1895) ou "Jalousie" (1907) dont la modernité prélude à l'Expressionnisme nordique.
Beaucoup d'oeuvres en provenance, surtout, de collections privées qui, par leur variété et leur qualité, permettent de sortir de l'expo avec un bel aperçu de l'oeuvre du peintre norvégien.

mardi 2 février 2010

Si la perfection existait, elle aurait la voix de Kaufmann


Il y a des journées qui commencent mal et, fort heureusement, qui se terminent dans une apothéose, une jubilatoire allégresse, un état de grâce extravagant où l’on se déplace sans voir et sans entendre le monde réel autour de soi. Tel était mon état hier soir en sortant de l’Opéra Bastille après une représentation de Werther qui restera – sans doute à jamais – gravée dans ma mémoire de lyricomane.

Après la retransmission T.V. du 26 janvier, j’étais pareillement anxieuse et impatiente d’assister à la représentation de cette production. Anxieuse à l’idée d’être déçue par ceux-là même qui m’avaient enchantée. Impatiente d’entendre « pour de vrai » ces chanteurs qui avaient si magnifiquement participé à ce plaisir, Jonas Kaufmann surtout.

Et sans autre circonlocution, dès les premiers accords orchestraux et, surtout, dès la première phrase chantée par le ténor, plus rien n’existait que ce drame auquel j’allais assister et qui allait me surprendre, me saisir et m’émouvoir au plus profond, comme – non pas comme – bien mieux encore qu’il ne le fit un soir dans ma dix-septième ou dix-huitième année alors que je découvrais en même temps l’œuvre et l’Art Lyrique.

Finalement, d’une manière indéfinissable et irrationnelle, ce « bien mieux » du ressenti tient à peu de choses en définitive. En 1965-1966, Paul Finel (excellent ténor français) chantait un de ses derniers « Werther », plutôt bien, avec beaucoup de style et de beaux restes vocaux. Même costume bleu, décor un peu plus poussiéreux, oubli du reste de la distribution…Mais beaucoup d’émotion déjà ! Aujourd’hui, prise de rôle par un Jonas Kaufmann en ascension, tellement imprégné du personnage de Goethe qu’il emmène toute la distribution à se surpasser. Qui, à l’heure où j’écris ces lignes et pour longtemps je crois, osera se frotter à ce rôle après lui ?

Mais je m’égare… Revenons à hier…



Les accents de l’intro, sous contrôle de Michel Plasson (royal), le Noël des enfants, bien en place grâce aux gronderies de Alain Vernhes à la belle présence vocale et scénique ; et voici l’entrée du héros : « Alors… c’est bien ici la maison du Bailly ? Merci… » Et nous, avec lui, on « ne sait si on veille où si l’on rêve encore… » Car, avec ce premier air, hymne à la Nature comme tout bon romantique qui se respecte, J.K. nous emporte dans son monde, naturellement, sans affectation, sur un legato tellement sans effet qu’il semble nous parler de la voix la plus belle qui soit et nous faire découvrir avec lui « …ce mur et ce coin sombre, cette source limpide et la fraîcheur de l’ombre ».
Viennent ensuite la rencontre et l’irrésistible attirance qui les surprend tous les deux. Le duo du « Clair de lune » est une pure merveille, hissé au niveau d’un duo wagnérien par ce quatuor sublime composé de l’Orchestre, de Michel Plasson, de Sophie Koch et de Jonas Kaufmann.

Plus rien, là, de la légère pesanteur des sons, de l’effet barytonnant du timbre. Chaque note est à sa place, que le son soit forte ou pianissimo ; aucune défaillance, même minime, de la voix et rayonnement des aigus bien plus lumineux que le 26 janvier. Si la perfection existait, elle aurait la voix de Kaufmann hier soir.

Quelques minutes plus tard, sous les éclairages crus des halls de Bastille, Kathleen bouleversée, m’avouait avoir déjà pleuré… Je n’en avais pas été loin moi-même…

Le second acte est un ouragan où les sentiments tumultueux de chacun s’exacerbent, balayant tout. Ludovic Tézier pose un Albert puissant et sûr de lui - « ...je connais trop le prix du bien qui m'est donné pour ne comprendre pas que sa perte est cruelle...». Sophie voit s’envoler son rêve de soleil - « … M. Werther, je vous invite, pour le premier menuet… » - en nous gratifiant des lumières de la jolie voix aérienne de Anne-Catherine Gillet. Charlotte, en plein doute, passe du recueillement religieux – « Comme on trouve en priant une force nouvelle… » - bien vite dissipé sous les feux de son amour inavouable pour Werther – « … Pensez à Charlotte au contraire… » - exprime tout cela par la voix de Sophie Koch très en forme, très sensible, dans un beau legato nuancé, tour à tour, de fougue et de calme. Quant à Werther, le tourment qui est le sien le porte à déjà parler de suicide – « Quand un enfant revient d’un voyage avant l’heure… » - avec des accents tellement déchirants et tellement beaux que l’on en pleure à l’avance.


Cet acte a « décoiffé » tout le monde !


Le dénouement dramatique de cette confusion de sentiments, tellement bien palpable tout au long de l’œuvre dans cette mise en scène dépouillée de l’encombrant superflu qui n’est qu’accessoire… interviendra après que Charlotte nous ait relu les sublimes lettres qu’elle a reçues de Werther, si chères à son cœur – « … je les relies sans cesse ! avec quel charme mais, aussi, quelle tristesse… » - et qu’elle ait déversé son trop plein de larmes – « … et de leurs patientes gouttes, martèlent le cœur, triste hélas… » - Magnifique interprétation de Sophie Koch très en voix, qui a mis dans ces deux airs toute l’intensité qu’il y fallait. Un beau volume malgré quelques graves un peu ternes, beau legato et larges aigus au service d’une implication totale.

Voulue par le compositeur, l’ambiance décalée entre ces deux airs, par le passage de Sophie, rieuse et enjouée malgré l’atmosphère pesante. Belle assurance vocale, légère et nuancée, de Anne-Catherine Gillet que l’on attend impatiemment dans un rôle plus consistant.

L’arrivée impromptue, mais tellement souhaitée par Charlotte, de Werther plus ténébreux encore, est ponctuée des longs silences à l’orchestre (et dans la salle : on aurait entendu la neige tomber… !) entre les phrases d’arrivée – « Oui… c’est moi… je suis venu… pourtant sur le seuil de la porte… je résistais encore…» -

La dernière tempête alors, avec les vers d’Ossian – « Pourquoi me réveiller… » d’une intensité telle que j’étais en apnée, suspendue à cette voix aux accents déchirants et si merveilleusement beaux !

Et puis la déferlante du baiser – « … bonheur tant espéré qu’aujourd’hui j’entrevois… » et la fêlure dans la carapace de devoir de Charlotte qui la fait fuir en laissant là un Werther au cœur brisé, fracassé même, qui part accomplir son fatal destin.

Le dernier tableau, dans la chambre sous la neige, réunit une Charlotte enfin libérée rendant son baiser à l’homme qu’elle aime depuis le premier regard – « … ton baiser, du moins, je te l’aurais rendu… » - et un Werther ensanglanté et mourant, livrant ses dernières sublimes volontés sur l’emplacement de sa tombe – « Là bas, au fond du cimetière, il est deux grands tilleuls. C’est là que pour toujours j’aimerai reposer… ». Jonas Kaufmann est, à ce moment, un être brisé qui retient son peu de vie restante pour exprimer ce vœux suprême. Nous sommes tous morts avec lui…


L’explosion des acclamations de la salle, ressuscitée, à l’issue de cette fantastique et mémorable représentation n’a d’égal que l’immense talent d’un ensemble très homogène et d’un Jonas Kaufmann absolument phénoménal.

A noter, du jamais vu à Bastille, la relève du rideau après fermeture et allumage de la salle alors que 99 % des spectateurs et les musiciens au grand complet, debout, tapaient dans leurs mains en cadence en criant BRAVO !