jeudi 15 octobre 2026

Crépuscule agité et embrumé

 Quoiqu'arrivée très en avance par le Faubourg Saint-Antoine, les lycéens avaient déjà investi toute la place autour de la Colonne, sous la protection du Génie de la Bastille. L'ambiance était bruyante et plutôt joyeuse. 

          
L'administration de l'Opéra avait choisi d'ouvrir très tôt une porte pour laisser entrer les premiers spectateurs. Le contraste était manifeste (forcément !) entre les bouilles réjouies encore enfantines et les têtes chenues qui attendaient. Les services de sécurité de l'ONP ont pu, grâce à leur stratégie efficace, faire entrer tous les spectateurs ; la représentation a pris quelque retard mais rien de bien méchant. Alexander Neef, le Directeur, après avoir accueilli une bonne partie de son public, est venu nous remercier de notre présence ainsi que son service de sécurité pour son action déterminante, tout en souhaitant que, compte tenu de la durée de l'œuvre, les manifestants aient quitté la place avant notre sortie...

Mais venons-en à ce Crépuscule des Dieux. Un plateau de grands chanteurs qui ont délivré cinq heures d'une œuvre intense à un public captivé et attentif.

Pablo Heras-Casado

Le Chœur tout d'abord, toujours d'une grande qualité. L'orchestre ensuite, lui aussi au meilleur de sa forme sous la baguette, bien affermie depuis les premières battues de l'Or du Rhin, de Pablo Heras-Casado. 

Les trois filles du Rhin : Margarita Polonskaya, Isabel Signoret et Katharina Magiera et les trois Nornes : Aude Extrémo, Marie-Andrée Bouchard-Lesieur et Sinead Cambell Wallace (cette dernière endossant également le rôle délicat de Gutrune) ont superbement mêlé leurs timbres pour de belle sonorités mélodieuses. 


E-M Hubeaux

Belle voix sombre de Eve-Maud Hubeaux pour une Waltraute de belle tenue.





Mika Kares, basse vocalement irréprochable campe un Hagen perturbé et diabolique.

Mika Kares


J. Martin Kränzle

Gunther, falote marionnette aux mains de Hagen, se sert de Siegfried pour séduire Brünnhilde et croit en sa réussite. Belle voix de baryton et interprétation incarnée de Johannes Martin Kränzle


Andreas Schager


Le couple Siegfried/Brünnhilde
Tamara Wilson
a plané sur cette distribution de haut vol. Andreas Schager a fière allure et une belle voix d'heldentenor, ample et stable. Quant à Tamara Wilson, les sonorités de son timbre son riches, l'ampleur formidable, les aigus impressionnants et les piani bien timbrés. Une grande Brünnhilde !

A noter que le mise en scène de Calixto Bieito, toujours désordonnée et souvent incompréhensible est, des quatre opéras de la Tétralogie, la plus "sage". J'ai apprécié l'énorme métier à tisser manipulé par les Nornes au début de l'œuvre. C'est surtout dans les détails (le cheval de Brünnhilde...) que ses idées sont urticantes. Et surtout, on déplore le non embrasement final où la scène est seulement embrumée de vapeurs, comme celles que l'on craignait de trouver dehors à notre sortie...

Nous sommes ressortis, six heures plus tard, la tête encore emplie de sonorités incroyables sans rencontrer le moindre drapeau ni la moindre pancarte contestataire !! Alexander Neef l'avait souhaité, Wagner a eu raison des lycéens !

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