dimanche 19 février 2012

Deci - delà mais... toujours de l'opéra !

Le mouvement du calendrier me semble toujours s'accélerer me laissant de moins en moins de temps pour vous faire part de mes émotions diverses et variées. Je vais donc vous en livrer, en un seul jet, quelques-unes ressenties ces dernières semaines à Londres, Fontainebleau (via N.Y.) et à Paris.

Tout commence donc de l'autre côté du Tunnel au tout début du mois. Premier concert chez nos ennemis intimes dans la très jolie salle "Wigmore Hall" pour un très agréable récital piano-chant.


La soprano Martina Jankova et la mezzo-soprano Bernarda Fink, accompagnées par Roger Vignoles, nous ont distillé de très belles mélodies de Dvorjàk, Brahms et Schumann. Les voix de ces deux chanteuses se mêlent avec beaucoup de délicatesse et .
musicalité, les deux timbres s'accordent avec un bel équilibre harmonique et beaucoup de sensibilité, bien souligné par l'accompagnement du piano joué avec le même engagement de justesse expressive.


Autre salle londonienne : The Royal Opera House
Quelques jours après une répétition générale d'un spectacle de ballets - pas de grandes chorégraphies mais l'occasion de voir danser le Corps de Ballet de Covent Garden qui vit éclore le talent de Margot Fonfeyn et dont les qualités techniques et de cohésion, sont bien préservées - nous prenions place le 3 février pour la représentation de Don Giovanni dans la mise en scène de Francesca Zambello.

Un très beau décor unique en demi-cercle, utilisé sous toutes ses faces, permettait la lisibilité de l'évolution de l'action, dans de très beaux éclairages. Comme toujours avec Zambello, des moments d'urgence intenses et une belle utilisation de l'espace. Elle dédaigne l'aspect philosophiquement sombre et dramatique pour une vision plus vive, plus mobile mais sans agitation désordonnée et une lecture distanciée et quelque peu dérisoire des agissements du plus célèbre des "tombeurs"



L'ensemble parfaitement servi grâce à une très bonne direction d'acteurs.

Vocalement, la première réflexion qui me vient est l'homogénéité. Indépendemment du rôle titre, magnifiquement interprèté par Gerald Finley - très beau timbre, style mozartien impeccable, volume et tessiture idéaux, le tout allié à un physique très avantageux dans sa belle tenue rouge... un vrai DON GIOVANNI ! - je loge dans un même concert d'éloges : Hibla Gerzmava en Donna Anna, Katarina Karnéus en Donna Elvira, Adam Plachetka en Masetto et surtout, Matthew Polenzani qui nous a enchantés dans le rôle de Don Ottavio. Légèrement en-deça de l'ensemble, la Zerline de Irini Kyriakidou, le Commandeur de Marco Spotti (insuffisant surtout au finale) et le Leporello de Lorenzo Regazzo. Bonne prestation de l'orchestre et des choeurs du Royal Opera House, emmenés par Constantinos Carydis.

Une très belle soirée à Covent Garden.

De retour à Paris, c'est dans le cinéma Ermitage de Fontainebleau que je prenais place pour la retransmission en direct de la dernière journée du Ring au MET.

En premier lieu je tiens à dire que je suis de plus en plus touchée par cette partition qui clôt cette oeuvre de Richard Wagner et qui n'est pas loin de rejoindre Walkyrie dans mon Panthéon.


Sinon, il ne fallait pas s'attendre à ce que Robert Lepage innove ici davantage que dans les trois ouvrages précédents, comme certains déçus semblaient l'avoir pensé. De la même manière que Krämer à Paris, Lepage lancé dans une idée maîtresse dont le fondement est descriptif et s'appuie sur un décor "moniteur d'images" parfois très réussies - le Rhin -, parfois moins - le finale -, ira jusqu'au bout de sa créativité. On a donc retrouvé les pâles-à-tout-faire avec plus ou moins de bonheur selon leur usage. Quelques bonnes idées : la scène des Nornes, le sang dans le Rhin, le Rhin et ses "filles", le cheval dans la première utilisation, les sillons du bois en coupe pour le Frêne dont le centre servit à Wotan pour tailler sa lance (c'est mon interprétation...)..

Alors, oui, le finale est sans conteste le moins bien réussi de cette production. Mais je n'en ai pas encore vu un vraiment réussi, celui de Chéreau à Bayreuth restant sans doute le meilleur de ces dernières decennies mais, à mon sens, pas en complète osmose avec l'impact musical et philosophique de l'oeuvre


Vocalement, je persiste et signe,Deborah Voigt était samedi, en très grande forme. Des aigus charnus et colorés, un beau legato et une belle présence scénique. Reste un médium acide et, certainement en salle, un peu court en volume.

Je persiste et signe également pour la très impressionnante prestation de Waltraud Meyer, même si tout n'est pas parfait dans sa voix maintenant ; la tension qu'elle fait peser sur scène était perceptible en salle (au moins au cinéma...) et l'on aurait entendu les ailes d'un papillon se déplier !

Le meilleur - et de loin - reste Hans-Peter König pour un Hagen d'une grande vaillance, dans un style impeccable et avec un timbre d'une immense richesse.
Le moins bon, pour moi, est le Siegfried de Jay Hunter Morris, très insuffisant vocalement et scéniquement.

Je persiste et signe également pour la très mauvaise prestation de l'orchestre : cuivres faux et couac permanents, absence de souffle surtout dans la Marche Funèbre, départs en cascade chez les cordes... On ne remerciera jamais assez Philippe Jordan et les musiciens de l'ONP pour la qualité musicale du Ring parisien.

Pour terminer, j'assistai ce mercredi au Don Pasquale de Gaetano Donizetti donné au Théâtre des Champs Elysées.
A noter la très mauvaise qualité du public de cette représentation : bruyant, inattentif et particulièrement mal-élevé - certains n'hésitant pas à s'installer à des places qui n'étaient pas les leurs avant que tout le monde ait été placé ! Je vous laisse immaginer les conditions des premières mesures de l'ouverture...

Pour ce qui est de la représentation, je suis restée sur ma faim.

Tout metteur en scène d'opéra sait que, sur un grand plateau, on ne fait pas chanter les interprètes sans décor, celui-ci réfléchissant les voix vers la salle. Or, Denis Podalydès signe une mise en place dans un espace où tout est ouvert, meublant avec une camionnette Citroen années 50 dont on ouvre ou ferme les auvents ; quelques lumières clignotantes et basta !

Une simple mise en place donc, dans trop d'espace où les voix vont se perdre. Si on ajoute à cela l'absence de réelle direction d'acteurs et la tristesse des costumes (pourtant signés Lacroix), il ne reste pas grand chose de cette pantalonnade : du "sous-sous-Pelly".

Dans la fosse, le National est méconnaissable : sans nuance, sans rythme. Le solo de trompette qui précède la sérénade est joué en coulisse, trop haut ! (sans doute n'entendait-il pas bien les autres musiciens). Cela n'a pas facilité la tâche de Francesco Demuro, ténor sarde pour la preière fois à Paris.

Et, puisqu'on en parle, parlons de la distribution... de série B
Le ténor donc : des moyens indéniables, un bel aigu, un timbre agréable sans plus et, surtout, une technique rudimentaire : manque de nuances, chante tout forte alors que ses rares piani sont jolis.
Perfectible donc, encore faut-il qu'on lui en laisse le temps...

Désirée Rancatore est tout sauf Norina. Trop de volume, technique désordonnée, des trous entre médium et aigu, timbre quelconque ; scéniquement, du métier, du charme mais complètement hors sujet.

Le Dr Malatesta de Gabriele Viviani est dans le ton de cette distribution. Un beau timbre de baryton, mais un aigu court et une diction molassonne.


Reste le Don Pasquale : Alessandro Corbelli fut un grand Malatesta. Il n'en a plus les moyens vocaux et nous livre un Don Pasquale très en retrait malgré une présence scénique drôle et savoureuse ainsi qu'une diction parfaite.

Une soirée très en deça de l'attendu et pas à la hauteur du T.C.E. Dommage !

A bientôt pour de prochaines aventures musicales.

dimanche 22 janvier 2012

"Lettres intimes" à Radio France

Il y a bien une différence entre :
- écouter une émission de radio
- assister à l'enregistrement d'une émission de radio.


J'assistai, hier, à l'enregistrement de l'émission de Stéphane Goldet dans les locaux de Radio France.

Je me suis retrouvée, en compagnie d'un petit groupe d'initiés, au second rang du studio 106 où régnait une grande convivialité. Le programme avait été bousculé par la défection d'un artiste malade et Stéphane Goldet nous annonça que nous allions entendre un pianiste (Sodi Braide) et une violoncelliste (Ingrid Schoenlaub), tous deux excellents, dans F. Liszt et Z. Kodaly en lieu et place de Brahms initialement programmé. Qu'à celà ne tienne, le principal était d'entendre et d'entendre parler de la musique ; ce fut le cas pour notre plus grand bonheur.

Je ne saurais donc trop vous engager à venir assister à ces enregistrements publics, si vous en avez la possibilité. Côté public, on a affaire avec des passionnés qui savent pourquoi ils sont là, donc pas de sonorités intempestives dans la salle... Côté concert, des artistes qui offrent le meilleur d'eux-mêmes et, enfin, côté émission publique, des producteurs qui vous parlent un langage clair et intelligent sur la phase cachée des oeuvres. Pour zéro euro, qui dit mieux ? !

En conclusion, écoutez "Lettres Intimes" par Stéphane Goldet.

mardi 3 janvier 2012

Les Voeux de Marie Martine



Que cette année 2012 vous soit douce et vous garde en bonne santé. Qu'elle vous apporte toutes les joies et les bonheurs auxquels vous aspirez et comble vos entreprises des plus belles réussites !
Bien amicalement,
MM

mercredi 29 juin 2011

Concert à Bourron-Marlotte







Notre Association "Au Coeur des Voix" vous convie à son concert de fin d'année à Bourron-Marlotte (Seine et Marne).



Venez partager avec nous cette "Belle Nuit d'Amour" ponctuée d'Opéra, d'Opérette et de chansons,



samedi 2 juillet 2011 à 20 h 30 Salle Jean-Renoir
(à droite de la Mairie)


Attention ! Il est prudent de réserver car le nombre de places est limité : aucoeurdesvoix@gmail.com ou 06 31 78 86 53 (Maud) - Entrée 7 € (gratuit jusqu'à 12 ans).

Nous espérons avoir le grand plaisir de vous compter parmi notre public. Venez nombreux !

lundi 18 avril 2011

DESSINS au LOUVRE

Un petit moment délicieux en compagnie du "Premier peintre du roi"

Deux belles courtes (cinq salles à elles deux) expositions de dessins au Louvre :
- Pietro da Cortona et Ciro Ferry
- Louis de Boullogne
à voir jusqu'au 6 juin 2011.


Il vous faudra commencer par les dessins du peintre italien Pietro da Cortona. Deux salles de dessins préparatoires à des fresques ou des tableaux destinés aux palais et églises romaines.












Mais le plus délicieux, ce sont les très fins et très achevés dessins de Louis de
Boullogne, peintre de Louis XIV. D'une grande délicatesse, ce formidable dessinateur crée une oeuvre d'art à chaque dessin préparatoire. Nus sensuels sur papier bleu, à la pierre noire réhaussée de blanc, chaque détail est dessiné et nous transmet toute la sensibilité de l'artiste.





Pour une visite complète, vous pouvez attendre l'ouverture imminente de l'exposition "Rembrandt et la figure du Christ" qui commence le 21 avril prochain. Une bonne exploration dans les fonds du Louvre.

dimanche 23 mai 2010

Exposition LADURNER



A signaler - TRES LARGEMENT l'exposition de bijoux de
Linda Ladurner dans la
Galerie Didier Guedj
32 rue de Seine
F - 75006 PARIS
+33(0)6 84 62 55 28

du 26 mai au 22 juin 2010

Vous pourrez y admirer les bracelets-manchettes en argent et or et, avec ces merveilleuses pièces, voyager de ville en ville, de Rome à New York, d'Istambul à Paris, de Venise à New York... au pays des lunes en croissant ou lumineuses, dans le scintillement des pierres précieuses. Un vrai bonheur, je vous l'assure !

vendredi 5 mars 2010

Derniers jours des "Arts de l'Islam"

Vite ! encore 9 jours mais ne la ratez pas !

Je ne l'ai parcourue que très récemment dans les salles de l'Institut du Monde Arabe et il ne vous reste plus que 9 jours pour m'imiter (jusqu'au 14 mars). Alors, si vous ne devez en voir qu'une dans ces 9 jours, que ce soit celle-là !

Prévoyez du temps car les trésors qu'elle recèle sont nombreux et nécessitent du temps pour les contempler. Depuis la calligraphie des Corans jusqu'à la céramique, en passant par la pierre ciselée, le stuc ou l'ivoire sculpté, le bois incrusté, le verre peint ou les masaïques, la collection de Nasser Khalili offre un ensemble complet et merveilleux décrivant les voluptés du paradis selon Mahomet.


A cela, s'ajoute la partie profane de la collection avec ses miniatures persanes toutes plus magnifiques les unes que les autres, les carafes, les bijoux et autres objets, l'ensemble s'étendant du IXème au XIXème siècles avec un même bonheur !

Chhuuuutt...

Edvard Munch ou l'"Anti-CRI" Vous, vous le connaissiez peut-être ? Moi, je l'avoue, pas du tout ! "Le Cri", je l'avais croisé au détour de quelques pages relatives soit à l'époque et son style, soit au thème. Le nom de son créateur n'avait pas même pénétré le plus profond des tiroirs de ma mémoire...
Après avoir rapidement parcouru le web pour
en savoir +, je me suis rendue Place de La Madeleine pour en voir +.
J'avais compris grâce à son titre que dans cette expo, justement, je ne verrais pas cette toile. C'est donc vierge de tout a priori que j'ai suivi le parcours de Munch au Gré des influences (Fauvisme, Impressionnisme...) reçues, subies et retranscrites par l'artiste dans ses oeuvres, de paysages en portraits, de ses suites de gravures exceptionnelles
"Madone" (1895) ou "Jalousie" (1907) dont la modernité prélude à l'Expressionnisme nordique.
Beaucoup d'oeuvres en provenance, surtout, de collections privées qui, par leur variété et leur qualité, permettent de sortir de l'expo avec un bel aperçu de l'oeuvre du peintre norvégien.

mardi 2 février 2010

Si la perfection existait, elle aurait la voix de Kaufmann


Il y a des journées qui commencent mal et, fort heureusement, qui se terminent dans une apothéose, une jubilatoire allégresse, un état de grâce extravagant où l’on se déplace sans voir et sans entendre le monde réel autour de soi. Tel était mon état hier soir en sortant de l’Opéra Bastille après une représentation de Werther qui restera – sans doute à jamais – gravée dans ma mémoire de lyricomane.

Après la retransmission T.V. du 26 janvier, j’étais pareillement anxieuse et impatiente d’assister à la représentation de cette production. Anxieuse à l’idée d’être déçue par ceux-là même qui m’avaient enchantée. Impatiente d’entendre « pour de vrai » ces chanteurs qui avaient si magnifiquement participé à ce plaisir, Jonas Kaufmann surtout.

Et sans autre circonlocution, dès les premiers accords orchestraux et, surtout, dès la première phrase chantée par le ténor, plus rien n’existait que ce drame auquel j’allais assister et qui allait me surprendre, me saisir et m’émouvoir au plus profond, comme – non pas comme – bien mieux encore qu’il ne le fit un soir dans ma dix-septième ou dix-huitième année alors que je découvrais en même temps l’œuvre et l’Art Lyrique.

Finalement, d’une manière indéfinissable et irrationnelle, ce « bien mieux » du ressenti tient à peu de choses en définitive. En 1965-1966, Paul Finel (excellent ténor français) chantait un de ses derniers « Werther », plutôt bien, avec beaucoup de style et de beaux restes vocaux. Même costume bleu, décor un peu plus poussiéreux, oubli du reste de la distribution…Mais beaucoup d’émotion déjà ! Aujourd’hui, prise de rôle par un Jonas Kaufmann en ascension, tellement imprégné du personnage de Goethe qu’il emmène toute la distribution à se surpasser. Qui, à l’heure où j’écris ces lignes et pour longtemps je crois, osera se frotter à ce rôle après lui ?

Mais je m’égare… Revenons à hier…



Les accents de l’intro, sous contrôle de Michel Plasson (royal), le Noël des enfants, bien en place grâce aux gronderies de Alain Vernhes à la belle présence vocale et scénique ; et voici l’entrée du héros : « Alors… c’est bien ici la maison du Bailly ? Merci… » Et nous, avec lui, on « ne sait si on veille où si l’on rêve encore… » Car, avec ce premier air, hymne à la Nature comme tout bon romantique qui se respecte, J.K. nous emporte dans son monde, naturellement, sans affectation, sur un legato tellement sans effet qu’il semble nous parler de la voix la plus belle qui soit et nous faire découvrir avec lui « …ce mur et ce coin sombre, cette source limpide et la fraîcheur de l’ombre ».
Viennent ensuite la rencontre et l’irrésistible attirance qui les surprend tous les deux. Le duo du « Clair de lune » est une pure merveille, hissé au niveau d’un duo wagnérien par ce quatuor sublime composé de l’Orchestre, de Michel Plasson, de Sophie Koch et de Jonas Kaufmann.

Plus rien, là, de la légère pesanteur des sons, de l’effet barytonnant du timbre. Chaque note est à sa place, que le son soit forte ou pianissimo ; aucune défaillance, même minime, de la voix et rayonnement des aigus bien plus lumineux que le 26 janvier. Si la perfection existait, elle aurait la voix de Kaufmann hier soir.

Quelques minutes plus tard, sous les éclairages crus des halls de Bastille, Kathleen bouleversée, m’avouait avoir déjà pleuré… Je n’en avais pas été loin moi-même…

Le second acte est un ouragan où les sentiments tumultueux de chacun s’exacerbent, balayant tout. Ludovic Tézier pose un Albert puissant et sûr de lui - « ...je connais trop le prix du bien qui m'est donné pour ne comprendre pas que sa perte est cruelle...». Sophie voit s’envoler son rêve de soleil - « … M. Werther, je vous invite, pour le premier menuet… » - en nous gratifiant des lumières de la jolie voix aérienne de Anne-Catherine Gillet. Charlotte, en plein doute, passe du recueillement religieux – « Comme on trouve en priant une force nouvelle… » - bien vite dissipé sous les feux de son amour inavouable pour Werther – « … Pensez à Charlotte au contraire… » - exprime tout cela par la voix de Sophie Koch très en forme, très sensible, dans un beau legato nuancé, tour à tour, de fougue et de calme. Quant à Werther, le tourment qui est le sien le porte à déjà parler de suicide – « Quand un enfant revient d’un voyage avant l’heure… » - avec des accents tellement déchirants et tellement beaux que l’on en pleure à l’avance.


Cet acte a « décoiffé » tout le monde !


Le dénouement dramatique de cette confusion de sentiments, tellement bien palpable tout au long de l’œuvre dans cette mise en scène dépouillée de l’encombrant superflu qui n’est qu’accessoire… interviendra après que Charlotte nous ait relu les sublimes lettres qu’elle a reçues de Werther, si chères à son cœur – « … je les relies sans cesse ! avec quel charme mais, aussi, quelle tristesse… » - et qu’elle ait déversé son trop plein de larmes – « … et de leurs patientes gouttes, martèlent le cœur, triste hélas… » - Magnifique interprétation de Sophie Koch très en voix, qui a mis dans ces deux airs toute l’intensité qu’il y fallait. Un beau volume malgré quelques graves un peu ternes, beau legato et larges aigus au service d’une implication totale.

Voulue par le compositeur, l’ambiance décalée entre ces deux airs, par le passage de Sophie, rieuse et enjouée malgré l’atmosphère pesante. Belle assurance vocale, légère et nuancée, de Anne-Catherine Gillet que l’on attend impatiemment dans un rôle plus consistant.

L’arrivée impromptue, mais tellement souhaitée par Charlotte, de Werther plus ténébreux encore, est ponctuée des longs silences à l’orchestre (et dans la salle : on aurait entendu la neige tomber… !) entre les phrases d’arrivée – « Oui… c’est moi… je suis venu… pourtant sur le seuil de la porte… je résistais encore…» -

La dernière tempête alors, avec les vers d’Ossian – « Pourquoi me réveiller… » d’une intensité telle que j’étais en apnée, suspendue à cette voix aux accents déchirants et si merveilleusement beaux !

Et puis la déferlante du baiser – « … bonheur tant espéré qu’aujourd’hui j’entrevois… » et la fêlure dans la carapace de devoir de Charlotte qui la fait fuir en laissant là un Werther au cœur brisé, fracassé même, qui part accomplir son fatal destin.

Le dernier tableau, dans la chambre sous la neige, réunit une Charlotte enfin libérée rendant son baiser à l’homme qu’elle aime depuis le premier regard – « … ton baiser, du moins, je te l’aurais rendu… » - et un Werther ensanglanté et mourant, livrant ses dernières sublimes volontés sur l’emplacement de sa tombe – « Là bas, au fond du cimetière, il est deux grands tilleuls. C’est là que pour toujours j’aimerai reposer… ». Jonas Kaufmann est, à ce moment, un être brisé qui retient son peu de vie restante pour exprimer ce vœux suprême. Nous sommes tous morts avec lui…


L’explosion des acclamations de la salle, ressuscitée, à l’issue de cette fantastique et mémorable représentation n’a d’égal que l’immense talent d’un ensemble très homogène et d’un Jonas Kaufmann absolument phénoménal.

A noter, du jamais vu à Bastille, la relève du rideau après fermeture et allumage de la salle alors que 99 % des spectateurs et les musiciens au grand complet, debout, tapaient dans leurs mains en cadence en criant BRAVO !

dimanche 24 janvier 2010

Décès du merveilleux baryton français Camille Maurane


Son chant était le plus limpide que j'ai jamais entendu. Une articulation sans pareille, une luminosité, un phrasé très élégant faisaient de lui le meilleur interprète de la mélodie française.

Professeur pendant près de trente ans au Conservatoire de Paris, il est mort jeudi à l'âge de 98 ans.

Grand "Pelléas", il a laissé un célèbre enregistrement sous la direction de Ernest Ansermet,"admirable par sa diction, le sens qu'il apportait aux phrases" (Michel Sénéchal).

Sopranissima

samedi 23 janvier 2010

WAR REQUIEM - Pleyel 20 janvier 2010


Salle Pleyel

Orchestre de Paris
Choeurs de l’Orchestre de Paris – Maîtrise de Paris
Direction : Ingo Metzmacher
20 janvier 2010

War Requiem – Benjamin Britten

« La vieille haine de l’homme pour l’homme était du coup justifiée : tuer était excusé par mourir. »
(Marguerite Yourcenar, Quoi ? L’Eternité)

C’est le hasard d’une défection (merci Kathleen !) qui décida Linda à acheter ce billet et m’amena à l’accompagner. Et comme le hasard le fait souvent si bien, ce concert fut un éblouissement merveilleux.

Eblouissement de l’œuvre, éblouissement de cette interprétation, éblouissement de la qualité des interprètes.

L’œuvre donc : Benjamin Britten compose « War Requiem » entre 1961 et début 1962 pour la re-consécration de la cathédrale de Coventry. Après diverses compositions antérieures sur le thème (Sinfonia da Requiem 1940, Cantata misericordium 1963), le compositeur anglais, sans doute animé, à un premier degré, d’un désir compositionnel : les Requiem de Mozart, Berlioz, Verdi ou Fauré – pour ne citer que ceux-là – étaient des preuves aussi éclatantes que dissemblables de la force dramatique et émotionnelle latente dans la liturgie des morts, et il était inévitable qu’un compositeur aussi littéraire que Britten ne souhaite tôt ou tard se confronter à ce matériau. Intérêt doublé d’une intention historique et morale : il s’agit, alors que s’amorce la deuxième moitié d’un siècle déjà déchiré par deux conflits mondiaux et traumatisé par l’arme nucléaire, d’adresser un message de responsabilité, à l’esprit à la fois commémoratif et pacifiste.

Le pacifisme de Britten amène le compositeur à la décision fondamentale de travailler sur un matériau verbal hétérogène. Aux six grandes sections de l’ordinaire de la messe des morts, il superpose des poèmes de Wilfred Owen (1893-1918) mort sous le feu allemand à 25 ans. Pour Britten, rien ne ressort de la guerre que l’absurdité de la mort.

L’exécution de cette œuvre nécessite d’énormes moyens : trois solistes vocaux, un grand chœur, un chœur d’enfants, un orgue, un grand orchestre ET un orchestre de chambre !

Comme le veut la spatialisation des différentes parties, la Maîtrise de Paris sera cachée à notre vue et chantera derrière l’estrade et le son de l’orgue sera éloigné afin d’estomper et de distancier ces éléments sonores.

Ces différentes masses sonores, qui alternent et se répondent pour composer une poignante dramaturgie, procèdent souvent par contrastes avant de converger à la fin de l’œuvre.

Les six parties de toutes ces composantes orchestrales installent tour à tour un climat de désolation, d’espoir et de sérénité, d’horreur et de dégoût, de colère et d’épouvante, d’angoisse, de violence… Quant à nos sens, sous cette déferlante harmonique, ils sont tendus de la première à la dernière note ; nous sommes littéralement renversés dans nos fauteuils, soulevés dans des hauteurs vertigineuses, la gorge nouée par l’extrême émotion poignante de « l’Agnus Dei », le souffle suspendu aux dernières notes de « l’Amen » final.

Pas une note qui ne touche, pas une qui n’exprime une valeur forte, rien de gratuit.



Le Chef allemand Ingo Metzmacher a maîtrisé cette direction multiple avec précision et lyrisme, justesse, sans emphase dans les forte, sans mièvrerie dans les piani, sans jamais oublier aucune des interventions – chœurs, chanteurs, orchestres…


L’Orchestre de Paris et le Chœur (amateur, rappelons-le) ont magnifiquement interprété cette œuvre difficile.


On ne peut pas mieux chanter la partie de ténor que Paul Groves l’a fait hier soir. Intonation, nuances, projection du timbre à la fois aérien et sonore, implication et émotion… C’était la perfection.


De même, Matthias Goerne a su nous émouvoir par son timbre chaud, sombre et coloré, sa puissance et la qualité de ses notes filées, de ses pianissimi, et l’expressivité de son interprétation.

Tous deux étaient très « habités ».



Quant à la soprano américaine Indra Thomas, c’est Léontyne Price ressuscitée ! Le timbre, la puissance, l’ampleur, la longueur de la tessiture, la couleur très riche… Magnifique ! Mais, n’ayant pas de référence, je me demande tout de même si c’est bien la chanteuse qui convenait pour cette œuvre… ? Entendez-moi bien : cela n’enlève rien à toutes ses très nombreuses et belles qualités. C’était peut-être un peu trop de tout… ? Mais ne boudons pas notre plaisir, trop est toujours mieux que pas assez !


Une sublime soirée de musique – ENCORE ! – La première pour moi cette nouvelle année où le sublime se doublait de la découverte.


Sopranissima
21 janvier 2010




Pour remplacer "Et l'Art Alors ?"


Bonjour !
En ce début 2010, l'occasion m'est donnée de vous tenir informés de l'actualité artistique parisienne - et autre accessoirement - puisque beaucoup d'entre vous ont regretté la disparition de mon site Et l'Art Alors ?

J'essaierai donc - autant que mes activités me le permettront... ! - de vous dire ici toutes mes impressions à propos des expos, concerts, représentations lyriques... auxquels j'aurais assisté.

Vous pourrez me donner vos commentaires (recommandé) et ne pas hésiter à m'indiquer les améliorations ou modifications que vous souhaiterez que j'apporte à ce blog.

A très bientôt sur ART à TOUT FAIRE
Sopranissima