mardi 10 février 2026

Le très bon cru de 2026

 C’était il y a quelques semaines déjà,  devant la salle de Garnier presque remplie que les jeunes chanteurs en résidence à l’Académie de l’ONP se sont produits le mardi 20 janvier.

Titré « La Nuit et l’Amour », le programme en deux parties était particulièrement bien conçu, que ce soit par la contemporanéité des œuvres, toutes du début du XXème siècle, ou qu’il s’agisse du choix de l’enchaînement des extraits.

L’Orchestre de l’Opéra qui accompagnait les jeunes artistes était dirigé par Stéphanie Childress, cheffe franco-britannique qui fut un an en résidence à l’Académie. Le bras est sûr, la battue précise et attentive.

Côté chanteurs, on est ravis par la qualité des voix de cette cession et du, déjà, grand professionnalisme des six soprano, deux mezzo-soprano, deux ténors, un baryton et un baryton-basse.

En résidence à l’Académie depuis l’automne dernier, la soprano brésilienne Lorena Pires ouvre le concert avec un air de la cantate de Debussy « L’Enfant prodigue ». Le timbre est rond, la voix ample et l’étendue vocale large.

Le duo dit "de la fontaine", extrait de Pelléas et Mélisande du même Debussy, nous permet d'entendre Sofia Anissimova (Ukraine)et Clemens Alexander Frank (Autriche). La première, plus soprano que mezzo (pour le moment du moins), livre une belle interprétation de Mélisande, face à un Pelléas un peu mou et désincarné.

Deux scènes emblématiques des Dialogues des Carmélites  de Poulenc nous sont ensuite offertes. Celle dite "du fer à repasser" nous dévoile le timbre léger mais solide de Sima Ouahman, française d'origine irano-marocaine. La vitalité de la voix aux suraigus magnifiques s'allie à une belle présence scénique. Ce talent fait paraître un peu ternes le timbre métallique  et l'articulation paresseuse de la soprano américaine Isobel Anthony

On se retrouve ensuite dans le parloir du carmel pour le tableau qui s'ouvre sur la visite du Chevalier de la Force à sa sœur Blanche. Le ténor américano-norvégien Bergsvein Toverud possède cette voix à la fois légère et percutante qui convient parfaitement à ce rôle difficile. Avec un peu plus d'investissement de la soprano, on aurait pu y croire...

L'enchaînement Poulenc-Britten semble aller de soi. L'air de "Ellen Orford", acte 3 scène 1 de Peter Grimes, révèle toute la musicalité et la sensibilité de la soprano ukrainienne Daria Akulova.

Dans le quatuor de l'acte 2 scène 1, la belle voix de la mezzo-soprano française Amandine Portelli nous donne envie de sa prestation à venir dans la deuxième partie.

Nous retrouvons Britten après l'entracte avec Ana Oniani, soprano georgienne ; jolie voix bien timbrée, qui manque un peu de volume, pour sa prestation dans un air de The Rape of Lucretia.

Le quatuor du Songe d'une nuit d'été (A midsummer Night's Dream) se déploie, emmené par Amandine Portelli à nouveau, entourée du ténor américain Matthew Goodheart, d'Isobel Anthony et de Clemens Alexander Frank. Un très beau moment lyrique.

Nous finirons, en beauté, la soirée avec Ravel. D'abord une scène de L'Enfant et les sortilègesNeima Fischer, soprano franco-allemande, est la Princesse et la mezzo-soprano Sofia Anissimova est l'Enfant. Deux belles voix ; on aurait peut-être aimé un peu plus de présence de la part des deux interprètes. 

Luis-Felipe Sousa, baryton-basse brésilien, n'hésite pas, lui, à oser bouger pour sa belle interprétation de Don Iñigo (L'heure espagnole). Le timbre est riche, la voix ample et prometteuse (il est jeune pour ce type de voix). À suivre. 

Amandine Portelli & Matthew Goodheart


Le bonheur complet nous viendra ensuite, grâce à Amandine Portelli qui nous régalera de sa prestation dans le rôle de Concepción. Le timbre est rond et riche, l'ampleur et la tessiture généreuses, le tempérament et l'incarnation énergiques, le volume étendu. Elle est jolie aussi... On devrait la revoir très bientôt sur nos scènes.

Une belle soirée lyrique qui nous rassure sur la qualité de la relève !


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